LETTRE XII
ri/Lojn jeune Apollon , j'ai reçu votre charmante lettire^ Si je n'étais pas avec madame du Châtelet^ je voudrais être à Montbar. Je ne sais commenta je m'y prendrai pour %nvoyer une courte et modeste réponse que j'ai Élite aux anti-Newtoniens. Je suis ^enfant perdu d'uli parti dont M* de Buffon est le chef; et je suis asse2 comme les soldats qui se battent de bon cœur , sans trop entendre les intérêts de leur prince. J'avoue que j'aimerais infiniment mieux recevoir de vos ouvrages que vous envoyer les miens. PTaurai-je point le bon*heur, mon cher ami, de voir arriver quelque gros paquet de vous avant mon départ? Pour Dieu, donnezmoi au moins une épître. Je vous ai dédié nia quatrième épttre, sur la Modération; cela m'a engagé à la retoucher avec soin : vous me donnez de l'émulation ; mais donnez-moi donc de vos ouvrages. Votre métaphysique n'est pas l'ennemie de la poésie. Le père i Mallebranche était quelquefois poète en prose; mais
vous, vous savez l'être en vers. Il n'avait de l'imagina* tioa. qu'à x^ontre-temps. . .
Madame du Châtelet a amené avec elle à Paris son Kaening, qui n'a de l'imagination en aucun sens, mais qui , comme vous savez , est ce qu'on appelle grand métaphysicien. Il sait à point nommé de quoi la ma^^ tière est composée; et il jure, d'après Leibnitz, qu'il est démotitré que l'étendue est composée de monades non étendues, et la matière impénétrable composée df Tome III. i4
^tô tEtTRÏS
|ieiitc9 monaded pénétrables ; U croît que chaque mo-' fiadc est tm miroir de son univers. Quand on croit tout cela , on mérite de croire aux miracles de saint Paris. D'ailleurs, il est très-bon géomètre, comme vous savez; et, ce qui vaut mieux, très-bon garçon. Nous irons bientôt philosopher à Bruxelles ensemble; car on n'a point sa raison à Paris : le tourbillon du monde est cent fois pkis pernicieux qvtp cepx de Descartes. Je n*âi encore eu ni le temps de penser, ni celui.de vous écrire. Pour madame du Châtelet , elle est toute dîfférente : elle pense toujours, ellç a toujours son. ««tprit; et si elle ne vous a pas écrit, elle a tort. Elle vous fait
mille complimens, et en dit autant à M. de Buffon. Le D*** espère que vous ferez un jour quelque chose
pour lui, après Montmirel s'entend; car. il faut que
chaque chose soit à sa place.
Si je satais où loge votre aimable Montniirel^ fi j'avais
achevé Mahomet, je me conifîerais à lui in nomine tuo f
mais je ne suis pas encore prêt, et je pourrai bien vous
envoyer de Bruxelles mon Âlcoran.
Adieu , mon cher ami. Envoyez^moi donc ces vers
dont un seul dit tant de choses. Faites ma cour, je
vous en prie, à M. de Buffon;, il me plaît tant; que je
voudrais bien ,lui plaire. Adieu; je suis à vous pour le
resté de m£> vie. ,
3 novembre, à Paris.