LETTRE XXX
Mqjs cher philosophe 3^ l'ombre et le sang de Corneflte vous remercient de votre noble zèle. Le roi a daigné |)ern^ettre que son nom fût à la tête des souscripteurs popr deux cents exemplaires. Ni M''* *** ni M*'* *** ne suivront ni l'exempledu roi ni le vôlpe. Il y a l'infini etitre les pédans orgueilleux et les cœurs nobles , entre des con vulsionnaires et des esprits bien faits^ U y a des gens qui sont faits poi^r honorer la nation , €% d'autres
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ponr Tavilir. Que pensera la poslénlé , quand elle yem d'un côté les belles scènes de Çinna» et de l'autre le discours de M*'* le Daim prononce du côté du gref ? Je crois que les Français descendent des centaures , qui étaient moitié liommes et mmtié chevaux de bât : cet deuK moitiés se sont aéparées ; il est realé des hcnnaies comme vous^ par exemple, et quelques autres; et il est resté des chevaux , qui ont achelé des charges de oons^Ilers p et qui se sont feits docteitrs de Sorbonne.
Rîen ne presse pour les souscriptions de Corneille ; on donne son nom , et rien de plus ; et ceux qui auront dit : Je veux le livre , lauront» On ne recevra pes une seule souscription d'un bigot. Qu'ils aillent souscrite pour les. méditations du R. P% Croiset.
Peut'^étre que les remarques qu'on mettra au bas de chaque page seront une petite poétique , mais non pas comme La Motte en faisait à l'occasion de Romuius, à l'occasion des Machabées. Ah! mon ami, défiez-vous des charlatans qui ont utarpé en tout temps une répa«« tation de passade !
Je vous embrasse ea Épicure » en Lucrèce , Cioéron , Platon, en tutti quantù Y.
32 juillet.
LETTRE XXXÏ.
V ous me donnez , mon illustre philosophe , l'espérance la plus consolante el la plus chère. Quoi! vous seriez assez bon pour venir dans mes déserts ! Ma fin approche; je m'affaiblis tous les jours : ma mort sera douce^ si je ne meurs point sans vous avoir vu;
Oui, sans doute, j'ai reçu votre réponse à la lettre que je vous avais écrite par fabbé. Je n'ai pas actuellement un seul Philosophe ignorant. Toute l'édition
DE YOLTAIBE A HELVETIUS. i35
cpM le» Cramers avaient faite ^ et qu'ils avaient en-** voyée en France , leur a été renToyéeJûen proprement par la chambre syadÎGale : elle est en clie»ain , et je n'en aarai qiie dané trois semaines* Ce petit livre est,, comme vous savez > de labbé TiUadet ; mais on m'im«^ pute tout ee que les Cramers impriment^ et tout ce qui parait à Genève, en Suisse et en Hollande : ce^ un malheur attache à oetté célébrité fatale dont vous avec eu à vous plaindre 8ussi4Men que moi» Il vaut mieux sans doute être ignoré et tranquille, que d*étre connu et pMsécttté. Ce que vous avez essuyé pour un livre qui aurait été. chéri des La Rochefoucauld doit faire fré-
inir long-têmp^ tous lëâ gèiis de lettres; Cette barbarie
m'est toujours présente à l'esprit, et je vous aime toujours davantage.
Je vous envoie une petite brochure d'un avocat ié fiesatiçon , dans laquelle vous verrez des choses relatives à uùe barbarie bien plus horrible ; je crains encore qu'on ne tn'iâipnte cette petite brochure. Les gens de lettres , et même nos meilleurs amis , se rendent lea uns aux autres de bien mauvais services, par la fureur qu'ils ont de vouloir toujours deviner les auleurs de certains livres. De qui est cet ouvrage attribué à Boling-* broke, à Boulanger, à Fréret? Eh! mes amis, qu'importe l'auteur de l'ouvrage ; ne voyez -vous pas que le v^in plaisir de deviner devient une accusation formelle, dont les scélérats abusent? Vous exposez l'auteur que vous soupçonne;s ; vous le livrez à toilte la rage des fanatiques; vous perdez celui que vous voudriez sauver. Ix)in de voua piquer de deviner si cmellem^t , falti^ au eontrâire tous les efforts possibles pour dé-* tourner les soupçons. Quoi ! dé misérables moines n'snront qu'uti même esprit , tin ttiêinè ceetir , Ife défendront les intérêts du eouvettt jtïSqtfà la mort, et ceux qui éclairent lès hôtomes ne èérônt qu'un troupeiui dis-
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perse > tantât dévorés par les loups i et taiitât se donaanl )es uns aux lautres des coups de dents I
Qm peut rendre pluâ de services que vous à la raison et à la vertu? qui peut. être plus utile au monde ^ans se compromettre avec les pervers ? Que de choses f aurais à vous dire , et que j'aurai de plaisir à vous ourvrir mon cœur et à lire dans le vôtre , si je ne meurs pas sans vous avoir embrassé! du moins je vous embrasse de loin , et c'est avec une amitié égale. à mon es-*, time. V. .
27 octobK 1766.
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