‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 43 sur 74 · LETTRE XXXII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXII

Mademoiselle protégeait Tabbé Cotin ; la reine protège l'abbé Trublet ; c^est le sort des grands génies :

Pmntcipihfs plaeuisse vins non uUinutlaus est.

On m'assure cependant que M. Saurin entrera cette fois-ci : cela est juste; quand on a reçu un sot^ il faut avoir un homme d'esprit pour faire le contrepoids. Vous allez sans doute à Voré. Mes respects à Midas ^"^ avant votre départ; mais mille amitiés à M. Saudn.

LETTRE XXXIIL

J E suppose f mpn cher philosophe , que vous jouissez, à présent des douceurs de la retraite à la campagne. Plût à Dieu que vous.goûtas^ez les dpuoeurs. plus nécessaires d'une entière indépendance ^ et que vous, pussiez vous livrer à ce noble amour de la .vérité , sansi craindre ses indignes ennemis I Elle est donc plus per-

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DE VOL'TAIEE A HELVETItlS. :î37

secutée ^e jamais : voilà ua pauvre bavard rayié dtt tableau des baivards ^ et la consultation de mademoiselle 'Clairon incendiée. Une pauvre fille demande à être chrétienne , et on ne veut pas qu^elIe le soit« Eh ! messieurs les inquisiteurs/ accordez - vous donc; vous condamner ceux que vous soupçonnez de n'être pas chrétiens ; vbus brûlez les requêtes des filles qui veulent communier : on ne sait plus comment faire avec vous.

Les jansénistes, les convulsionnaires , gouvernent donc Paris. jP'est bien pis que le règne dos jésuites : il y avait des accommodemens avec le ciel du temps qu'ils avaieoil du crédit ; mais les jansénistes sont impitoya-" blés. Est- ce que la proposition honnête et modeste d'étrangler le dernier jésuiteavec les boyaux du dernier j^iiséniste ne pourrait amener les choses à quelque conciliation ? •

Je suis bien consolé de voir Saurin de l'Académie. Si Le Franc de Pompignan avait eu d^ns notre troupe l'autorité qu'il y prétendait, j'aurais prié qu*on me rayât du tableau , comme on a exclus Huern de la matricule des avocats.

Je trouve que notre philosophe Saurin a parlé bien ferme; il y a mente un trait qui semble vous regarder, et désigner vos persécuteurs. Cela est d'une âme vigoureuse. Saurin a du courage dans l'amitié, et ^^* ne le fiiît pas trembler. Il me revient que cet *** est fort méprisé de tous les gens qui pensent. Le nombre est petit, je l'avoue; mais il sera toujours respectableé C'est ce petit nombre qui &it le public^ le reste est te vulgaire. Travaillez donc pour ce petit public, sans vous exposer à la démence du grand nombre. On n'a point su quel est l'auteur de Y Oracle desjidèles.ll n'y /a point de réponse à ce livre. Je tiens toujours qu^il doit avoir fait un grand effet sur ceux qui l'ont lu avec atten*

St^O LETTRES

ruineuse pour une nation. Je pars demain malin pour ma terre. Je n'aique le temps de mm assurer de mon respect, et de prier Dieu (ju'il voifiWit toujours en sa sainte garde.

Adieu I mon illustre maître* f^ale ^ et m^.semper

P'HELVÉTIUS A VaLTAIRE. ,

fc *

Js ^is fatigué, monsieur et chtt* ami, d'avoir tant écrit de vile prose sans aucune espérance d'en voir jamais rien imprimé de mon vivant. Je n'ai plus le courage de &ire de longues entreprises de travail; ma mémoire s'affaiblit tous fes jours. Il me faut des occupations que je puisse quitter et reprendre à volonté. J'ai repris le goût des vers, pour lesquels vcmis m'aviez si fort passionné il y a vingt-cinq ans et plus. On veut que je finisse le poëme à\i Bonheur. Il s'en faut bien que j'en aie si bonne opinion que mes amis. Vos vers m'ont dé* goûté des miens. Mais vous n'aimeriez pas me voir coihmenter, comme Newton, \ Apocalypse. Pour amuser ma vieillesse, je ferai des vers. Avantde m'y remettre, cependant, je vous envoie cet échantillon. Dites-moi sincèrement si vous me conseillez de continuer. Je ne suis point attaché à cet ouvrage. Au nom de l'amitié^ souvenez-vous , .vivant de me donner votrç avis, que le médiocre eu poésie est insoutenable.

Totustuus^T^.

De Voré, ce i5 octobre 1771.

DE MOirT£SQUI£U A HELVÉTfUS.

Mon cher , Ta&ivesesl fiole, «t de la nmUeare grfiœ da monde. Je crains qne voos n^ajez eo <{aek|Qe p^ne ]»des9iis; et je ne Toodrais donner aiacane p^ne à mon cher HelTedos. Mais je sois Inen aise de tous remercier des marques de votre amitié. Je vous dédare, de plos^ que je ne toos ferai plus de complimens; et, au lieu de oomplîmensy qui cacîient ordinaironent les sentimens qm ne sont pas, mes sentimens cacheront toujours mes complimens. Faites mes complimens non< complimens à notre ami Sauiin. J^ai usurpé sur, lui^ je ne sais comment, le titre d'ami , et me suis venu fourrer en tiers. Si vous autres me chassez, je reviendrai, ta^ men usquè recurreL A Tégard de ce qu on peut reprocher, il en est comme des vers de CrébîUon : tout cela a été fait quinze ou vingt ans auparavant.

Je suis un admirateur sincère de Catilma , et je ne sais comment cette pièce m'inspire du respect. La lecture m'a tellement ravi , que j'ai été jusqu'au cinquième acte sans y trouver un seul déÊiut » ou du moins sans le sentir. Je crois bien qu'il y en a beaucoup y puisque le public y en trouve beaucoup; et, de plus, je n'ai pas de grandes connaissances sur les choses du th^tre ; de plus, il y a des cœurs qui sont faits pour certaine genres de dramatique; le mien, en particulier, est fait pour celui de Crébillôn; et comme dans ma jeunesse je devins fou de Rhadamiste, j'irai aux Petites*Maisons pour Catilina : jugez si j'ai eu du plaisir quand je vous ai entendu dire que vous trouviez le caractère de Catilina peut-être le plus beau qu il y eût au théâtre. En un Tome IIL i6

^2 IiSTTAHS

mot f je ne prétends point donner mon opinion pour }(SS autres. Qùaûd un sultan est dans son sérail, va-t-ii choisir la plus belle? Noo : il dit je laime, il la prend y etc. Voilà comment décide ce grand personnage. Mon cher Helvétius, je ne sais pes si ¥0UB êtes autant au-dessus des autres que je le sens; mais je sens que vous êtes ainlessus des autres : et moi je suis an^leisus de vous par Tamitié*

MàrCTÉSQVIE0.

ASanlt-Seariii, ce ii février 1749.

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