‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 45 sur 74 · LETTRES DIVERSES · texte numérisé non relu

LETTRES DIVERSES

D'HELVÊTIUS A VOLTAIRE.

C'^EST avec la plus grajide reconnaissance, mon illustre maître, que j'ai reçu votre ëpître, et avec le plus grand plaisir que je l'ai ine* Je vais mettre vos leçons en pra« tique. J'envoie paître les cagots de Paris , et je par^ pour la campagne yOJi je noenerai paître des moutons qui sont à moi. C'est à Lomigny , à une terre que j'ai près Rosay en Brie, que je me retire cette année.

J'ai Fâme attristée de toutieff les persécutions qui s'é« lèvent contre les gens de lettre^. Vous savez que rabi)é Coôer, auteur de la Fie de Sobieskiy vient d'étrp exilé ^ qiiO son censeur est à Vincennes, ^t qu'enfin on a défendu jusqu'à YÉpitre au peuple du professeur Thomas,

On a dit de tout temps -que les laides ne veulent près d'elles q«ie des faoanmes aveugles. Certaines gens n'y veulent que desluMames stupides. Vous en savez U raison^

J'ai vtt vos derniers Dialogues, Votre sauvage est mon homme. Tomates i' Achille «qui combattez pour la raison «, Mais vous ocKBihattee contre les dieux : U feudra qu'infini la raison sficooniibe. Que peut-^ie à la longue contre la pNfl^sdoeePOo veut étouffer ici toute espèce d'esprit et de talens; *et l'on ne s'apercevra du tort qtf'on auri» fait à la .nation que lorsque le remède sera impossible* Que Ton considère l'état de bassesse et d'avilissement où se trouvent les Portugais, peuple sans arts, sans industrie, que l'Anglais habille depuis le chapeau jusqu'au soulier; et l'on verra combien l'ignorance est

Vs

rain , demeurent tous à Paris> s'occupent d'aubes emplois et peu d*agriculture. S'ils habitent la campagne , c'est pour peu de temps; c'est plutôt pour pressurer la bourse de leurs fermiers que pour les encourager. Il faut vivre à Paris. On a des enfans à placer ^ des protecteurs à cultiver. C'est donc la forme du gouvernement qui s'oppose à ce que les propriétaires riches restent à la campagne. Quant aux propriétaires malaisés qui sont obligés de s'y fi:Ker , ils sont dans le cas du paysan.

II faut donc commencer tout le traite de l'agriculture p^r un traité de finance et de gouvernement, pour Vendre plus riche l'habitant de la campagne. Qu'il soit de son intérêt d'être industrieux, et laissez faire cet intérêt; vous pouvez être sûr qu'il cultivera bien les terres. C'est alors que les lumières des physiciens pourront être utiles aux agriculteurs. Si Ton ne commence pas par mettre les habitans de la campagne à leur aise^ et que les propriétaires riches n'aient point d'intérêt d'habiter leurs terres, je regarde alors tout ce qu'on dira sur Tagriculture comme inutile. C'est comme un .homme qui ferait une très-^dle machine ,. mais qui^ lorsqu'elle serait faite, ne pourrait agir, faute d'eau ppur la faire mouvoir.

Il est toujours bon cependant que les esprits se tournent vers ce but d'utilité publique et de première nepçssité. A, force d'en parler et de s'en occuper, il peut irenir.dans la fantaisie- d'un ministre d'y penser aussi. Et pourquoi cette fantaisie-là ne lui viendrait-elle pas cQQEime une autre? Alors, en remontant aux vrais prinpipes qj# seraient la base de l'agriculture, les observa^ tions recueillies sur ce sujet trouveraient leur placé ^ et fieraient utiles aux expériences.

^^^^^^^^f^^mmmmmmammmmmmmmmë

Page 1