‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 53 sur 74 · DIVERSES · texte numérisé non relu

DIVERSES

son bonheur pour la sotte gloire d'étfe cdnnu pour l'auteur d'un livre où l'on ne s'est occupé que du bien , public ? Le bien public que peui &ire un particulier ' dans nos gouvememens modernes est-il ailleurs que ^ans la destruction des préjugés funestes, et dans la révélation des vérités qui les combattent? Qu importe le nom de l'écrivain courageux qui prend sur lui une si pénible tâche ? Ne péut-on être incognito le bienfaiteur de ses semblables? et doit-on s'exposer à devenir inutilement la victii;ae de lenvie contemporaine?...

Vous me demandez s'il est bon d'instruire le peuple* Et pourquoi l'instruction pourrait*eUe nuire? Si quel-^ ques hommes ont intérêt à tromper , nul n'a intérêt à être trompé. Il faut donc laisser à tout le .monde la plus grande liberté d'examiner le pour et le contre. C'est le seul moyen sur d'empêcher qu'on ne tit>mpe , et qu'on n'ait la tentation de nous tromper. Cçs vues générales sont claires. Onir-elles des dangers dans la pratique?

Observez d'abord qi^'il est assez, inutile de s'opposer ail progrès des lumières : il est inévitable. Pour, les cir* conscrire dans de certaines limites^ le génie d^potique de Richelieu n'a pu imaginer que les académies^ où les e;sprits, pour ainsi dire éjointés, n'avaient que la liberté de prendre le vol qui conviendrait au protecteur qui les soudoyait. Heureusement nos meilleurs philosophes ne se sont pas laissé prendre à ce piège. Quelques-uns se sont bien glissés dans ces corps; mais, par .la circonspection de leur conduite , ils ont fait tolérer la hardiesse de leurs idées. Si les académies n ont point propagé les connaissances humaines y du moins elles n'y ont pas nui comme les universités.

Observez que les peuples anciens^ quoiqu'ils n'eus-

. sent point de corps enseignant , nom jamais pensé que

l'ignorance fut bonne à quelque chose; que César et

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Cicëron , dans le sëflat romain , osaient parler de vérrlés délicates qu'on trouverait hardies dans nos sociétés particulières y et qu'en Angleterre même on blâmerait en public. «

Observez encore que c'est chez les peuples où Ton k entretenu l'ignorance qu'il y a eu le plus de fanatisme, de Crimes de tojit genre, et d'opposition aut bonnes lois , quand il a pris fantaisie aux despotes ou à leurâ ministres d'en faire. L'ignorance est le plus arbitraire des tyrans; il faut des siècles pour s'en délivi-er : au lieu qu'un instant dé révolution chez un peuple éclairé suffit pour lui rendre tous ses droits à la liberté- Ce n'est pas là ce que cherchent les gouvernemens. Ils favorisent les lumières jusqu'à un certain point où iU voudraient les arrêter. Mais cela n'est guère en leur puissance. On ne peut les retarder qu'avec beanconp de vexation^ qui irritent les esprits , excitent le murmure, répandent l'aigreur dans les ouvrages fu ni fs,* et les rendent parla plus dangereux.

Qu'a fait notre police moderne? de petits règlemens, d'inutiles persécutions qui ont donné plus de cours et de célébrité aux livres prohibés. Elle n'a fait de ses défenses et de ses censtires que des privilèges exclusifs au profit de la sottise.

Il parait donc que les gens en place, les seigneurs, de paroisse, les curés et les prêtres, se croient seuls intéressés à l'ignorance du peuple , pour le mieux tromper, et le conduire par là phis à leur aise. Je vois bien ce qu'ils espèrent gagner à l'abrutir pour le soumettre; mais je ne vois pas que l'esclave ignorant soit plus utile au bonheur de son maître, ni qu'un peuple avili relève davantage la dignité de son prince.

On dit : le peuple instruit est processif. — En effet , le paysan qui sait lire est chicaneur. Mais si tous savaient aussi bien lire que lui, croit-on que Téquilibre

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des lumières ne produisit pas équilibre de foroie ^ eiope^ tous connaissant mieux leurs droits, les unsitlenteH' raient ^ ceux des autres par des procès -coûteux .datit l'issue est toujours incertaine ? . • • •<ru:rri

Il est indocile. — Quelle nécessité y a-t-'il Cjull se laisse si facilement opprimer par. des * fripons' dé toute espèce ? Vous vous rappelez la réponse de «on garde-cbasse, à qui je reprocbaik' de faire souffrir les lapins qu'il portait dans sa gibecière : «Monsieur, » disait-il , il sont maui^is ; ils ne veulent pas se laisser » tuer. )) '

Il est mécréant. — Je le crois bien. Pourquoi le prêtre , qui lui précbe tant le précepte , le persuade-t-fl si peu par son exemple ? Le peuple doif-il mieux^ valoir que ses guides? peut-on lui faire un crime de ne pas raisonner aussi mal qu'eux , quand ils démentent par leur conduite la vérité d'iine re||igion qu'annoïKJtet leurs discours? Le bon sens du peuple lui dit sfsSez qu'on ne persuade bien- que ce- dont oa est convailicu soi-même. Et , sans trop d-«xamen , il imagine que la vraie conviction est mpins dans l'éloquence dea pa'roles qne dans celle des jetions. N'a-t<-Qp pas raison de se défier des poltrons qui vantent la bravoure? ' .- '

Il est insolent. — P/)urquoi cberche*tKin ài'humi*^ lier, à le mépriser et à l'opprimer? Pourquoi veut-on s'arroger le pouvoir d'être impunément injuste avec lui? J'aime la noble réponse d'un Anglais grand seign^r à qui un paysan répondait avec fierté. « Quoi 1 4ui: disait » un* Français, vops souffrez ainsi l'insolence de^vos » paysans ! — Non-seulement je le souffre , répondit- D il, mais jc' lestime : c'est signe.qu'ils n'ont pas'be*» » soin de moi , et qu'ils sentent kur égalité avec toàt 3> autreilipomme. » t r i < ;

Il n'y adisnià attendre d'un peuple ignorant qui méconnatt sa dignité, et ne sait faire aucun usage de sa

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