I.FONORA
Dieu entendu.
CARNIOLI.
Un peu de patience. Il va venir, allez.
LEONORA, avec la même nonchalance.
S’il avait celte incroyable effronterie, osez-vous me dire en face que je le recevrais ?
CARNIOLI.
Permettez, princesse: vous le recevriez mal, vous le passeriez au laminoir de vos plus écrasanls mépris, et vous le renverriez tout éclopé à sa demoiselle : cela n’tsr pas douteux... mais enfin vous vous en donneriez l’émotion.
DALH.A. ' >37
On n'a pas tous les jours un pocte à se mettre sous la dent.
Dites tout de suite que je lui ai jeté mon mouchoir volontairement, et n’en parlons plus.
CARNIOLI.
Je ne dis pas cela.
LEONORA, se dressant sur le diran, arec riolenee.
Vous le pensez ! Est-ce que je ne vois pas clairement que vous le pensez? Soyez franc une fois en votre vie ! Vous avez cru que j’obéissais servilement, comme une esclave de harem, aux odieusps suggestions dont vous m’aviez circonvenue toute la soirée !... Vous êtes un misérable !... Ah! certes, j’en suis fâchée pour ce jeune homme, qui est bien innocent de toutes vos manœuvres... mais s’il vient, malheur à lui ! Je le ferai souffleter par un valet !... J’écraserai sur sa joue vos indignes soupçons !
MaTTF.O, entrant.
Un jeune homme est là qui insiste pour qu’on remette cette carte à madame la princesse. (Léonora prend la carte>y jcite les yeux cl se mel à rire.)
Sortez, Matleo; je vous rappellerai. (Maiteo sori,- àCarninli.)
C’est lui. Que me conseillez-vous?
CARNIOLI, très-grave.
Princesse, il est dangereux de rire avec vous : je viens de vous entendre qualifier avec une étrange sévérité quelques plaisanteries dont le goût pouvait être équivoque, mais dont l’intention assurément ne l’était pas. Il est humiliant pour moi d’avoir à vous apprendre que mon idolâtrie artistique ne va point jusqu’à immoler sur les autels de mon
ISS
fétiche les sentimentales plus inviolables de l’amitié et de l’honneur. — Pour ne pas m’exposer deux Fois à de telles méprises, je ferai une réponse sérieuse à une question qui, je pense, ne l’est guère : il ne faut point, madame, recevoir ce jeune homme.
LRONOR A.
Pourquoi ?
, CARNIOLI.
Parce que ce serait un scandale. Cela crcvc les yeux.
LEONOIIA.
Ne vouliez-vous pas vous-même tantôt que je l’invitasse à
souper ?
' carnioli.
Sans doute ; mais antre chose est, madame, de recevoir un homme à titre d’invité ou en qualité de galant castillan qui s’aventure dans les maisons sur la foi d’un bouquet et d’un mouchoir tombés à ses pieds. La distraction que vous avez eue cesserait d’en être une aux yeux du monde, si vous alliez justifier en quelque sorte la manière avantageuse dont ce garçon semble l’avoir interprétée.
, leonora.
Et ne m’avez -vous pas suppliée, dans l’intérêt de l’art et de l’univers civilisé, de me mettre en frais de coquetterie vis-à-vis du jeune maestro?
CARNIOLI.
Je vous ai demandé quelques légères amorces de coquetterie, soit, mais non pas un coup de filet comme celui-là!