F.A FÉE
MADEMOISELLE DF. KERDIC.
Voyonsdonc. (Elle lit.) « Mortel, tu te crois on fou parmi les « sages, et tu es un sage parmi les fous. Entre la terre et le «ciel, il est une région intermédiaire peuplée d’êtres supé- « rieurs à l’homme, inférieurs à la divinité. Je suis un de « ces êtres. Je suis une fée. Tes secrets hommages m’ont « touchée. Mon destin m’appelle loin d’ici. Mais de ce jour « en trois mois, à la naissance du crépuscule, trouve-toi « seul, si tu en as le courage, dans la vieille forêt armori- « caine de Broeelyande, près de la fontaine de Merlin. J’v
« serai .» (En achevant celle lecture, mademoiselle de Kerdic sourit. François fait entendre un ricanement singulier. Le comte les regarde. Mademoiselle de Kerdic reprend :) Mais c’était une mystification manifeste ! (François se retire.)
LF. COMTE. '
Je n’en doutai pas plus que vous, Mademoisolle, et cependant ... telle fut la curieuse faiblesse de mon esprit que j'attendis, et que me voici.
MADEMOISELLE de kerdic.
Et êtes-vous venu seul à ce rendez-vous redoutable ?
LE COMTE
C’était mon dessein. Mais un de mes amis, seul confident de ce mystère, le vicomte HeetordeMauléon, mauvaise tête et brave cœur, a voulu m’accompagner jusqu’à la lisière du bois. 11 a d’ailleurs à son service un garçon né dans ce pays, qui devait nous tenir lieu de guide et d’interprète, et qui n’a fait que nous impatienter par sa poltronnerie superstitieuse. Je les ai laissés dans ma voiture. Mais déter- . miné comme je l’étais à ne sortir en aucun cas de celle forêt, j’ai fait promettre au vicomte de quitter la place après une heure d’attente. Je suppose donc qu’il est déjà
loin... et maintenant, Mademoiselle, me pardonnerez-vous l’importunité ridicule dont je vous ai rendue victime?