CHAP. VU. — DU COMMERCE EXTÉRIEUR
pital lui rapporterait alors 40 au lieu de 20 pour cent. Mais si, en raison du bas prix de tous les articles auxquels lui, ainsi que les autres consommateurs , employaient tout leur revenu , ils peuvent épargner 200 1. sur chaque 1,000 1. de leur dépense antérieure, ils augmenteront la richesse réelle du pays. Dans l'un des deux cas, l'épargne viendrait de l'augmentation du revenu ; dans l'autre, de la diminution de la dépense.
Si l'introduction des machines opérait une baisse de 20 pour cent dans la valeur de toutes les marchandises auxquelles mon revenu est employé, j'épargnerais autant que si mon revenu s'était accru de 20 pour cent; mais, dans l'un de ces cas, le taux des profits serait resté stationnaire ; et, dans l'autre, il aurait haussé de 20 pour cent.
Si, par l'introduction de marchandises étrangères à bas prix, je puis épargner 20 pour cent sur ma dépense, le résultat sera précisément le même que si les frais de production eussent été diminués au moyen des maclnnes; mais létaux des profits ne haussera pas.
Ce n'est donc point en raison de l'étendue du débouché que le taux des profits augmente, quoique cette extension augmente la masse de nos produits, et nous donne le moyen d'augmenter les fonds destinés à payer le travail industriel, et à multiplier les matières premières susceptibles d'être travaillées. Il importe tout autant au bonheur des hommes d'augmenter leurs jouissances par une meilleure distribution de travail, que de parvenir au même but par un accroissement dans le taux des profits, et cette distribution est toujours meilleure lorsque chaque pays produit les choses qui s'accordent le mieux avec son climat, sa situation et ses autres avantages naturels ou artificiels, et lor3qu'il les échange pour les marchandises des autres pays.
Dans tout le cours de cet ouvrage, j'ai cherché à prouver que le taux des profits ne peut jamais hausser qu'en raison d'une baisse des salaires % et que cette baisse ne peut être permanente qu'autant qu'il y aura une diminution dans le prix des denrées que l'ouvrier achète avec ses gages. Si, par l'accroissement du commerce étranger, ou par des perfectionnements dans les machines, on peut fournir aux travailleurs la nourriture et les autres objets de première nécessité à plus bas prix, les profits hausseront. Si, au lieu de récolter du blé chez nous, et de fabriquer nous-mêmes l'habillement
* Loi fatale, et qae j'ai réfutée au chapitre des Salaires. A. F,
et les objets nécessaires pour la consommation de l'ouvrier, nous découvrons un nouveau marché où nous puissions nous procurer ces objets à meilleur compte, les salaires devront baisser et les profits s'accroître. îiîais, si ces choses que l'on obtient à meilleur compte, soit par l'extension du commerce étranger, soit par le perfectionnement des machines, ne servent qu'à la consommation des riches, le taux des profits n'éprouvera pas de changement. Le taux des salaires ne saurait changer, quoique le vin, les velours, les soieries, et autres objets de luxe, éprouvent une baisse de 50 pour cent; et par conséquent les profits resteront les mêmes \
C'est pourquoi le commerce étranger, très-avantageux pour un pays, puisqu'il augmente le nombre et la variété des objets auxquels on peut employer son revenu, et qu'en répandant avec abondance les denrées à bon marché, il encourage les économies et favorise l'accumulation des capitaux, ce commerce, dis- je, ne tend nullement à accroître les profits du capital, à moins que les articles importés ne soient de la nature de ceux que l'ouvrier consomme.
* Cette assertioi, pour être catégorique, n'en est pas moins parfaitement insoutenable. — Si les prix bai -sont, c'est que les sommes destinées à acheter ces velours, ces soieries, ces superfiuités dont parle Ricardo, ont diminué ou pris une autre direction. Supposez une année de disette oii les populations, inquiètes sur leur existence, voient leurs épargnes se dissiper en achats de blé; une année oij les appels de la faim étouffent tous les autres désirs, toutes les autres jouissances : supposez encore un revirement dans le goût des consommateurs, un de ces caprices soudains et inexplicables qui font préférer telle étoffe à telle autre, telle école de coiffure ou de parure à telle autre école, et dans les deux cas vous aboutissez à faire payer par l'industrie les frais de ces anomalies des saisons ou des esprits ; — dans les deux cas, c'est le travail qui comble le déficit créé par la famine, les crises financières ou les mobiles décrets de la mode. Or, dès que l'on voit diminuer la somme de travail à répartir entre les ouvriers, dès que s'affaiblit la demande de bras, on peut en conclure hardiment que la valeur du travail, en d'autres termes, les salaires doivent bientôt fléchir. En effet, ce qui constitue la dotation de l'industrie, ce sont les capitaux; si ces capitaux diminuent par la baisse des prix, il y a atteinte grave portée au budget des travailleurs, et, dès lors, la partde chacun doit s'affaiblir. Les profits de l'entrepreneur s'amioindrissent, et avec eux l'épargne au moyen de laquelle se créent les fortunes, et avec l'épargne, enfin, ces fortunes mêmes qui sont la source d'oii naissent les salaires. Dire que les profits peuvent diminuer sans qu'une diminution analogue atteigne la rémunération de l'ouvrier, c'est donc dire que les sources d'un ileuve peuvent se tarir sans que le niveau du fleuve s'abaisse immédiatement ; c'est commettre une erreur que le souvenir des désastres de IManclies'er, de Spitalfieds, de Coventrv et de l'Amérique eût dû épargner n Kicardo. A. F-