CHAP. VU. — DU COMMERCE EXTERIEUR
Ce que je viens de dire du commerce extérieur s'applique également au commerce intérieur. Le taux des profits n'augmente jamais par une meilleure distribution du travail, ni par l'invention des machines, l'établissement des routes et des canaux, ou par tout autre moyen d'abréger le travail, soit dans la fabrication, soit dans le transport des marchandises. Toutes ces causes influent sur les prix, et sont toujours très-avantageuses au consommateur, à qui elles permettent de se procurer avec le même travail, ou avec le même produit, une plus grande quantité de la denrée dont la production a été facilitée par ses perfectionnements ; mais elles n'exercent aucune influence sur les profits. D'un autre côté, toute diminution dans les salaires des ouvriers accroît les profits, mais ne produit aucun effet sur le prix des choses. L'un est avantageux pour tous les membres de la société, car tous sont des consommateurs; l'autre n'est utile qu'aux producteurs, qui seuls gagnent davantage, tandis que rien ne change de prix. Dans le premier cas, ils reçoivent autant que par le passé; mais tout ce qu'ils consomment a diminué de valeur échangeable.
Cependant le même principe qui règle la valeur relative des choses dans un pays, ne règle pas celle des articles échangés entre deux ou plusieurs pays.
Dans un système d'entière liberté de commerce, chaque pays consacre son capital et son industrie à tel emploi qui lui paraît le plus utile. Les vues de l'intérêt individuel s'accordent parfaitement avec le bien universel de toute la société. C'est ainsi qu'en encourageant l'industrie, en récompensant le talent, et en tirant tout le parti possible des bienfaits de la nature, on parvient à une meilleure distribution et à plus d'économie dans le travail. En même temps l'accroissement de la masse générale des produits répand partout le bienêtre ; l'échange lie entre elles toutes les nations du monde civilisé par les nœuds communs de l'intérêt, par des relations amicales, et en fait une seule et grande société. C'est ce principe qui veut qu'on fasse du vin en France et en Portugal, qu'on cultive du blé en Pologne et aux États-Unis, et qu'on fasse de la quincaillerie et d'autres articles en Angleterre.
Dans un même pays, les profits sont en général toujours au même niveau, ou ne diffèrent qu'en raison de ce que le capital peut être consacré à un emploi plus ou moins sur et agréable. Il n'en est pas de même d'un pays à l'autre. Si les profits des capitaux employés dans le Yorkshire surpassaient ceux des capitaux employés à Londres? les fonds passeraient bien vite de Londres dans le Yorkshire, et les
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profits se nivelleraient. Mais si le sol de l'Angleterre devenait moins productif, ou si l'accroissement des capitaux et de la population Tenait à faire monter les salaires et à faire baisser les profits, il ne s'ensuivrait pas pour cela que le capital et la population dussent nécessairement abandonner rAngieterre, et se porter en Hollande, en Espagne ou en Russie, où les profits pourraient être plus élevés.
Si le Portugal n'avait aucune relation commerciale avec d'autres pays, au lieu d'employer son capital et son industrie à faire du vin, avec lequel il achète aux autres nations le drap et la quincaillerie nécessaires pour son propre usage, ce pays se trouverait forcé de consacrer une partie de ce capital à la fabrication de ces articles, qu'il n'obtiendrait plus probablement qu'en qualité inférieure et en quantité moindre.
La masse de vin que le Portugal doit donner en échange pour le drap anglais n'est pas déterminée par la quantité respective de travail que la production de chacun de ces deux articles a coûté ; — ce qui arriverait s'ils étaient tous deux fabriqués en Angleterre ou en Portugal.
L'Angleterre peut se trouver dans des circonstances telles qu'il lui faille, pour fabriquer le drap, le travail de cent hommes par an, tandis que, si elle voulait faire du vin, il lui faudrait peut-être le travail de cent vingt hommes par an : il serait donc de l'intérêt de l'Angleterre d'importer du vin , et d'exporter en échange du drap.
En Portugal, la fabrication du vin pourrait ne demander que le travail de quatre-vingts hommes pendant une année, tandis que la fabrication du drap exigerait le travail de quatre-vingt-dix hommes. Le Portugal gagnerait donc à exporter du vin en échange pour du drap. Cet échange pourrait même avoir lieu daus le cas oii on fabriquerait en Portugal l'article importé à moins de frais qu'en Angleterre. Quoique le Portugal pût faire son drap en n'employant que quatre-vingt-dix hommes, il préférerait le tirer d'un autre pays où il faudrait cent ouvriers pour le fabriquer, parce qu'il trouverait plus de profit à employer son capital à la production du vin , en échange duquel il obtiendrait de l'Angleterre une quantité de drap plus forte que celle qu'il pourrait produire en détournant une portion de son capital employé à la culture des vignes, et en l'employant à la fabrication des draps.
Dans ce cas, l'Angleterre donnerait le produit du travail de cent hommes en échange du produit du travail de quatre-vingts. Un pareil échange ne saurait avoir lieu entre les individus du même pays.
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On ne peut échanger le travail de cent Anglais pour celui de quatrevingts autres Anglais ; mais le produit du traA ail de cent Anglais peut être échangé contre le produit du travail de quatre-vingts Portugais, de soixante Russes ou de cent vingt Asiatiques. Il est aisé d'ex pliquer la cause de la différence qui existe à cet égard entre un pays et plusieurs : cela tient à l'activité avec laquelle un capital passe constamment, dans le même pays, d'une province à l'autre pour trouver un emploi plus profitable, et aux obstacles qui en pareil cas s'opposent au déplacement des capitaux d'un pays à l'autre \
^ Un pays qui, par sa supériorité dans les machines et l'habileté de ses ouvriers, fabrique avec une plus grande économie de main-d'œuvre que ses voisins , peut , avec les produits de son industrie, faire venir du dehors le blé nécessaire à sa consommation, lors même que son sol serait plus fertile, et que le blé y viendrait avec moins de travail que dans le pays d'ofi il tirerait son approvisionnement. Supposons deux ouvriers sachant l'un et l'autre faire des souliers et des chapeaux : l'un d'eux peut exceller dans les deux métiers ; mais en faisant des chapeaux il ne l'emporte sur son rival que d'un cinquième, ou de 20 pour cent, tandis qu'en travaillant à des souliers, il a sur lui un avantage d'un tiers, ou de 33 pour cent. Ne serait^l pas de l'intérêt de tous les deux que l'ouvrier le plus habile se livrât exclusivement à l'état de cordonnier, et le moins adroit à celui de chapelier ? ( Note de l'Juteur. )
Les explications données ici, soit dans le texte, soit dans la note qui précède , tendent de plus en plus à faire sentir la folie du système exclusif qui prohibe les produits étrangers pour favoriser les produits indigènes. Tout ce qu'une nation peut consommer se produit chez elle ; elle ne peut consommer aucune valeur qui n'ait été produite chez elle " ; car avec quoi peut elle acheter un produit de la Chine, si ce n'est avec un produit qu'elle a créé, ou, ce qui revient au même, avec le prix de vente d'un produit qu'elle a créé ? De même que les Anglais fabriquent leur vin en draps, on peut dire que les Français, en faisant des étoffes de soie, fabriquent du sucre. Et si, par le moyen du commerce, le sucre qui leur vient des îles leur coûte moins que celui qu'ils pourraient tirer de leur sol, il leur convient, il convient à l'État, comme aux particuliers, qu'on le fasse venir du dehors. Ces principes, déjà exposés dans la Richesse des Nations de Smith, et dans mon Traité d' Économie polUique, ne sauraient être trop reproduits sous différentes formes.
Les douanes ne sont donc jamais bonnes pour favoriser l'industrie d'un pays ^ mais on peut en prendre la défense comme d'une machine fiscale; et jusqu'au moment oii les hommes auront appris les moyens de se faire gouverner à bon marché, ils doivent supporter de forts droits d'entrée aussi bien qu'un fort impôt sur les terres. ** — J. -B. Say.
Sauf les valeurs qu'on lui apporte du debors sans exiger de retour, comme lorsqu'un homme lait venir dans son pays des revenus acquis au dehors, ** L'illustre économiste ne s'est pas souvenu, en écrivant ces dernières lignes, de ses belles oh-
Dans la supposition que nous venons de faire, les capitalistes de l'xVngleterre et les consommateurs des deux pays gagneraient sans doute à ce que le via et le drap fussent l'un et l'autre faits en Portugal, le capital et l'industrie anglaise passant par conséquent, à cet effet, de l'Angleterre en Portugal.
Dans le cas supposé, la valeur relative de ces deux objets se réglerait d'après le même principe que si l'une était une production de î'Yorkshire et l'autre de Londres ; et dans tout autre cas, si les capitaux affluent librement vers les pays où ils trouvent un emploi plus profitable, il ne pourra exister dans le taux des profits, et dans le prix réel des cboses, de différence autre que celle qui proviendrait du surcroît de travail nécessaire pour les porter aux différents marchés.
Nous savons cependant , par expérience, que bien des causes s'opposent à la sortie des capitaux. Telles sont : la crainte bien ou mal fondée de voir s'anéantir au dehors un capital dont le propriétaire n'est pas le maître absolu, et la répugnance naturelle qu'éprouve tout homme à quitter sa patrie et ses amis pour aller se confier à un gouvernement étranger , et assujettir des habitudes anciennes à des mœurs et à des lois nouvelles. Ces sentiments , que je serais fâché de voir affaiblis, décident la plupart des capitalistes à se contenter d'un taux de profits moins élevé dans leur propre pays, plutôt que d'aller chercher dans des pays étrangers un emploi plus lucratif pour leurs fonds.
fervalions sur l'influence délétère des droits élevés. Il est à peu près admis en économie politique, avijoiird'hui, que des tarifs qui repoussent les consommateurs, des droits d'entrée qui
pmpcchent l'entrée ne sont pas précisément le moyen le plus ellicace de grossir les recettes
du trésor : et s'il était même besoin de faits pour prouver l'éclatante vérité de ce principe, nous les pourrions puisera pleines mains dans l'histoire de la consommation de l'Angleterre depuis trente ou quarante années, et surtout, depuis l'audacieuse tentative de R. Peel, en 1842. Nous y verrions que les importations ont constamment marché en sens inverse des tarifs : les unes fjrandissant à mesure que les autres fléchissaient. Le thé, le café, le sucre, présentent des résultats miraculeux et qui ont peut-être encore été dépassés par l'histoire de la réforme postale. Ainsi, le nombre des lettres en circulation qui. sou« l'ancienne législation, s'élevait à 75,000/JOO en 1835. a atteint pour l'année 1846 le chiffre énorme de 300,000.000 : dans le district de Londres, Vaccroissement a été du double en 5 ans, et ainsi de suite pour les autres villes. Nous avons mêm(^ presque honte d'insister sur de pareils truismes et surtout d'avoir à les rappeler à un esprit aussi éminent que celui de J.-B. Sa y. H est mort sans voir ces magniliques et courageuses réformes, mais il avait en main assez de faits et de logique pour les prévoir facilement. Il suffit même d'une dose d'intelligence trè«-médiocre pour comprendre que la masse des consommateurs— celle qui verse dans les trésors royaux ou autres les pluies d'or des budgets — est entachée du péché originel de pauvreté et que c'est la modicité seule des droits qui lui ouvre l'accès des marchandises de toute nature. Il ne peut entrer que dans la cervelle d'un maltôtieriou d'un Algonquin de couper l'arbre pour avoir les fruits, de tarir les sources pour avoir plus d'eau , de rendre la consommation impossible pour grossir le nombre des consomnialeurs, de ruiner les c^»ntribuables pour augmenter les conMibations. Eux seuls peuvent avoir à ce point des yeux pour ne rien voir et des mains pour tout prendre. A- F.
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L'or et l'argent ajaut été choisis comme agents de la circulation, la concurrence du commerce les distribue parmi les différentes nations du monde, dans des proportions qui s'accommodent au trafic naturel qui aurait eu lieu si de tels métaux n'existaient pas, et si le commerce de pays à pays se bornait à l'échange de leurs produits respectifs.
C'est pourquoi l'on ne saurait envoyer en Portugal du drap, qu'autant que ce drap y rapporterait plus d'or qu'il n'en a coûté dans le pays qui l'expédie; et, par la même raison, il faut, pour qu'on puisse importer du vin en Angleterre, que ce vin s'y vende plus cher qu'il n'a coûté en Portugal. Si ce commerce n'était qu'un pur commerce d'échange, il cesserait du jour où l'Angleterre ne pourrait plus fabriquer du drap à assez bon compte, pour obtenir, moyennant une quantité donnée de travail consacré à la fabrication du drap, plus de vin qu'elle n'en pourrait obtenir en cultivant la vigne. 11 cesserait encore du jour où l'industrie des Portugais ne donnerait plus des résultats inverses.
Supposons maintenant que l'on découvre en Angleterre , pour faire du vin^ un procédé tellement avantageux qu'il fût plus profitable à ce pays de le faire avec son propre raisin que de l'importer; dans ce cas, une partie du capital de l'Angleterre serait détournée du commerce étranger pour être appliquée au commerce intérieur. L'Angleterre cesserait de fabriquer du drap pour l'exportation, et elle ferait du vin pour sa consommation. Le prix en argent de ces articles serait réglé en conséquence. Le vin baisserait en Angleterre, pendant que le drap se maintiendrait à l'ancien prix ; tandis qu'en Portugal il n'y aurait aucun changement dans le prix de l'un ni de l'autre. On continuerait pendant quelque temps à exporter du drap de l'Angleterre en Portugal, où son prix se maintiendrait toujours plus élevé qu'en Angleterre; les Portugais ne paieraient plus alors en vin, mais en argent , jusqu'à ce que l'abondance de l'argent en Angleterre et sa rareté à l'étranger eussent iiiflué tellement sur la valeur du drap dans les deux pays, que son exportation de l'Angleterre cessât d'être profitable. Si le nouveau procédé pour faire du vin offrait de très-grands avantages, il pourrait convenir aux deux pays de changer d'industrie : à l'Angleterre de faire tout le vin , et au Portugal de fabriquer tout le drap pour la consommation des deux pays. Mais cela ne pourrait avoir lieu sans que, par .l'effet d'une nouvelle distribution des métaux précieux, le prix du drap haussât en Angleterre, tandis qu'il baisserait en Portugal. Le prix relatif du
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vin baisserait en Angleterre, par suite des avantages réels du nouveau procédé pour faire le vin ; c'est-à-dire, que son prix naturel baisserait, et que le prix relatif du drap hausserait dans ce pays par l'effet de l'abondance de l'argent.
Supposons encore qu'avant la découverte du nouveau procédé pour faire du vin en Angleterre , le vin s'y vendît 50 1. la pipe , et que le prix d'une quantité déterminée de drap y fût de 45 1. ; tandis qu'en Portugal la même quantité de vin se vendait 45 1. , et la même quantité de drap, 50 1. : le Portugal , dans cette hypothèse, exporterait du vin avec un profit de 5 1., et l'Angleterre , en exportant du drap, aurait un profit pareil.
Maintenant , supposons qu'après l'introduction du nouveau procédé le vin tombe , en Angleterre , à 45 1. , le drap conservant l'ancien prix. Comme toutes les transactions commerciales n'ont d'autre but que l'intérêt, tant que le négociant pourra acheter en Angleterre du drap à 45 1. pour le revendre avec les bénéfices ordinaires en Portugal , il continuera à l'exporter du premier pays dans le second. Pour cela , il n'a simplement qu'à acheter du drap en Angleterre , qu'il paie avec une lettre de change sur le Portugal , et qu'il achète avec de l'argent portugais. Ce que son argent devient lui importe peu ; car, en faisant sa remise , il a acquitté sa dette. Son marché est sans doute réglé par les conditions auxquelles il peut se procurer cette lettre de change ; mais il les connaît bien lorsqu'il fait ses arrangements , et il s'occupe fort peu des causes qui peuvent influer sur le prix courant des lettres de change ou sur le cours du change.
Si les prix, dans les deux marchés, sont favorables à l'exportation des vins du Portugal en Angleterre , le négociant exportateur sera vendeur d'une lettre de change qui sera achetée, soit par le négociant qui importe du drap d'Angleterre, soit par la personne qui lui a vendu sa lettre de change. C'est ainsi que les négociants des deux pays , qui exportent des marchandises , en touchent le prix sans qu'il soit besoin de faire passer de l'argent d'un pays à l'autre ; et l'argent que donne, en Portugal, le négociant qui importe le drap, est touché par le négociant portugais qui exporte le vin, quoiqu'il n'y ait entre eux aucune relation directe d'intérêts. En Angleterre, de même, par la négociation d'une pareille lettre de change, le négociant qui exporte le drap est autorisé à en recevoir la valeur du négociant qui importe le vin.
Si, cependant, le prix du vin était tel qu'il ne convînt pas d'en
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exporter pour l'Angleterre, l'acheteur du drap, en Portugal, serait toujours forcé de se procurer une lettre de change ; mais il la paierait plus cher, parce que la personne qui la lui vendrait ne saurait ignorer qu'il n'y a point dans le marché de contre -lettre moyennant laquelle on puisse définitivement balancer les transactions entre les deux pays. Il pourrait aussi avoir la certitude qu'il lui faudra faire l'envoi de l'or ou de l'argent qu'il aurait reçu pour sa lettre de change, à son correspondant d'Angleterre, afin de lui donner les moyens d'acquitter la somme qu'il aura autorisé une autre personne à réclamer de lui ; et il en résultera qu'il ajoutera au prix de sa lettre de change les frais qu'il doit encourir, indépendamment de son bénéfice ordinaire et équitable.
Si l'agio qu'on paie en Portugal, pour une traite sur l'Angleterre, est égal au profit fait sur le drap importé, toute importation de drap cessera ; mais si l'agio sur la lettre de change n'est que de 2 pour cent, et si, pour solder une lettre de 100 liv. en Angleterre, il faut donner en Portugal 102 liv., pendant que le drap qui se vendait 45 liv. en vaut 50, on continuera à importer ; on achètera pour le payer des traites sur l'Angleterre, et on exportera du numéraire jusqu'à ce que sa diminution en Portugal, et son accumulation en Angleterre, aient amené les prix à un chiffre tel qu'il ne soit plus avantageux de se livrer à ce commerce.
Mais la diminution du numéraire dans un pays, et son augmentation dans un autre, n'affectent pas seulement le prix d'une espèce de marchandises : elles modifient le prix de toutes , et par conséquent le vin, ainsi que le drap, hausseront de prix en Angleterre, tandis qu'ils baisseront tous les deux en Portugal. Le drap qui était à 45 liv. en Angleterre, et à 50 liv. en Portugal, baissera dans ce dernier pays à 49 liv. ou k 48 liv., et haussera , en Angleterre, à 46 liv. ou à 47 liv. ; et son importation en Portugal ne présentera plus un bénéfice assez fort , l'agio de la lettre de change payé ^ pour décider aucun négociant à faire venir du drap d'Angleterre.
C'est ainsi que chaque pays ne possède que la quantité de numéraire nécessaire pour régler les opérations d'un commerce avantageux d'échange. L'Angleterre exportait du drap en échange pour du vin ; et cette opération rendait son industrie plus productive. Elle avait plus de drap et plus de vin que si elle eût fabriqué l'un et l'autre uniquement pour sa consommation. Quant au Portugal, il importait du drap et exportait du vin, parce que l'industrie portugaise trouvait dans la production du vin un emploi plus avantageux:
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pour les deux pays. Si la production du drap eu Angleterre, ou celle du \in en Portugal, venait à éprouver plus de difliculté ; ou s'il devenait plus aisé à rAngleterre de faire du viix , ou au Portugal de fabriquer du drap, ce commerce cesserait à l'instant même.
Les choses peuvent aussi continuer sur le même pied en Portugal , tandis que l'Angleterre peut trouver plus de profit à consacrer son industrie à la fabrication des vins ; et le commerce d'échange entre les deux pays cessera aussitôt. Et non-seulement l'exportation des vins cessera en Portugal , mais il y aura dans ce pays une nouvelle distribution des métaux précieux, qui arrêtera les importations de drap.
Les deux pays pourraient peut-être trouver de l'avantage à faire le vin, ainsi que le drap, pour leur propre consommation ; mais on aboutirait à ce singulier résultat, qu'en Angleterre, quoique le vin fût à meilleur marché, le drap aurait renchéri, et le consommateur le paierait plus cher; tandis qu'en Portugal les consommateurs de drap et ceux de vin pourraient acheter les draps et le vin à meilleur marché.
Cet avantage n'est cependant qu'apparent pour le Portugal; car la quantité totale de vin et de drap fabriqués dans le pays aura diminué, tandis que les produits similaires auront augmenté en Angleterre. Le numéraire aura sensiblement changé de valeur dans les deux pays : il aura baissé en Angleterre, et haussé en Portugal. Le revenu total du Portugal, si on l'estime en argent, aura diminué; tandis que, d'après le même critérium, le revenu total de l'Angleterre se trouvera augmenté.
Il paraît donc que l'amélioration des manufactures d'un pays tend à changer la distribution des métaux précieux parmi les divers peuples du monde : elle tend à accroître la quantité des denrées, en même temps qu'elle fait en général hausser les prix dans le pays qui profite de cette amélioration.
Pour simplifier la question, j'ai supposé jusqu'ici que le commerce entre deux pays se bornait à deux articles, quoique personne n'ignore combien sont nombreux et variés les objets qui composent la liste des expoitations et des importations. Le numéraire, en sortant d'un pays pour aller s'accumuler dans un autre, amène un changement dans le prix de toutes les denrées : cela favorise l'exportation de beaucoup d'articles autres que le numéraire, et rend bien moins sensible l'effet qui eût été produit autrement sur la valeur de l'argent dans les deux pays.