CH. XXII. —DE L'IMPORTATION ET DE L'EXPORTATION
aux autres produits ? Si l'on répond affirmativement, il n'est donc pas vrai que ce soit la valeur du blé qui règle la valeur des autres produits ; car, pour pouvoir en régler la valeur, il faudrait que le blé ne changeât pas de valeur relative par rapport à ces produits. Si l'on répond négativement , il faudra alors soutenir que le blé , qu'on le récolte sur un sol fertile ou ingrat , avec beaucoup ou peu de travail , à l'aide de machines ou sans leur secours , s'échangera toujours contre une quantité égale de tous les autres produits.
Je dois cependant avouer que, quoique la teneur générale des doctrines d'Adam Smith se rapporte à l'opinion que je viens de citer, il parait pourtant , dans le passage suivant de son livre , avoir eu une idée exacte de la nature de la valeur. « La proportion entre la valeur » de l'or et de l'argent, et la valeur des marchandises d'une autre es- » pèce quelconque, dépend dans tous les cas, dit-il, de la proportion » qu'il y a entre la quantité de travail nécessaire pour amener au » marché une quantité déterminée d'or et d'argent, et celle qui est né- ') cessaire pour y faire arriver une quantité déterminée de toute autre » sorte de marchandises. » N'avoue-t-il pas ici pleinement que, si une quantité de travail plus considérable devient indispensable pour faire arriver au marché une certaine marchandise, pendant qu'une autre peut y arriver sans augmentation de frais , la première haussera de valeur relative ? S'il fallait autant de travail pour porter du drap et de l'or au marché, la valeur relative de chacun de ces objets ne varierait pas ; mais s'il fallait plus de travail pour faire arriver au marché du bJé ou des souliers, le blé et les souliers ne monteraient-ils pas relativement au drap et à l'or monnayé?
Adam Smith regarde aussi les primes comme ayant pour effet de causer une dégradation dans la valeur de l'argent. « Une dégradation de la valeur de l'argent, dit-il, qui est l'effet de la fécondité des mines, et qui se fait sentir également ou presque également dans la totalité, ou peu s'en faut, du monde commerçant, est de très peu V d'importance pour un pays en particulier. La hausse qui en résulte > dans tous les prix en argent ne rend pas plus riches ceux qui les reçoivent, mais du moins elle ne les rend pas plus pauvres. Un service en argenterie devient réellement à meilleur marché ; mais toutes les autres choses , généralement , restent exactement comme elles étaient auparavant, quant à leur valeur réelle. » Cette observation est on ne peut pas plus correcte.
« Mais cette dégradation de la valeur de l'argent, qui, étant le ré- » sultat ou de la situation particulière d'un pays, ou de ses institutions
» politiques, n'a lieu que pour ce pays seulement, entraîne des con- » séquences tout autres ; et bien loin qu'elle tende à rendre personne » plus riche, elle tend à rendre chacun plus pauvre. La hausse du prix » en argent de toutes les denrées et marchandises, qui, dans ce cas, » est un fait particulier à ce pays, tend à y décourager plus ou moins y> toute espèce d'industrie au dedans, et à mettre les nations étran- » gères h portée de livrer presque toutes les diverses sortes de mar- » chandises pour moins d'argent que ne le pourraient faire les " ouvriers du pays , et, par là, de les supplanter, non-seulement '> dans les marchés étrangers, mais même dans leur propre marché » intérieur. »
J'ai essayé de faire voir ailleurs qu'une diminution partielle de la valeur de Targent, capable d'affecter à la fois les produits de l'agriculture et ceux des manufactures, ne peut jamais être permanente. Dire, dans ce sens, que l'argent éprouve une dépréciation partielle, c'est comme si l'on disait que tous les produits ont renchéri ; mais tant qu'on aura la liberté de les acheter avec de l'or et de l'argent dans le marché le moins cher, on les exportera en échange des produits des autres pays qui sont à meilleur marché, et la diminution de la quantité de ces métaux augmentera leur valeur dans l'intérieur ; les marchandises reprendront leur niveau ordinaire, et celles qui conviennent aux marchés étrangers seront exportées comme par le passé.
Ce n'est donc pas là, je pense, une raison qu'on puisse alléguer contre les primes.
Si donc la prime faisait hausser le prix du blé comparativement aux autres choses, le fermier y trouverait du profit, et il y aurait plus de terres mises en culture ; mais si la prime ne changeait pas la valeur du blé relativement aux autres choses, dans ce cas, la prime ne pourrait avoir d'autre inconvénient que celui consistant à la payer, et cet inconvénient, je suis loin de chercher à en dissimuler les effets ou à en diminuer l'importance.
« Il semble, dit le docteur Smith, que nos propriétaires ruraux, en » imposant sur l'importation des blés étrangers de gros droits qui, » dans les temps d'une abondance moyenne^ équivalent à une prohi- » bition, et en établissant les primes d'exportation, aient pris exemple » sur la conduite de nos manufacturiers. Par ces moyens^ les uns » comme les autres ont cherché à faire monter la valeur de leurs pro- » duits. Peut-être n'ont-ils pas fait attention à la grande et essentielle » différence établie par la nature entre le blé et presque toutes les ' autres sortes de marchandises. Lorsqu'au moyen d'un monopole
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» dans le marché intérieur, ou d'une prime accordée à T exportation, » on met nos fabricants de toiles ou de lainages à même de vendre » leurs marchandises à un prix un peu meilleur que celui auquel ils » les auraient données sans cela, on élève non-seulement le prix no- » minai, mais le prix réel de leurs marchandises; on les rend équiva- >' lentes à plus de travail et à plus de subsistances ; on augmente non- » seulement le profit nominal de ces fabricants, mais leur profit réel,
» leur richesse et leur revenu réels On encourage réellement ces
» manufactures Mais quand, à l'aide de mesures semblables, vous
» faites hausser le prix nominal du blé et son prix en argent, vous n'é- » levez pas sa valeur réelle, le revenu réel de nos fermiers ni de nos
» propriétaires ruraux ; vous n'encouragez pas la production du blé
-^ La nature des choses a imprimé au blé une valeur réelle, qui ne sau- » rait changer par l'effet d'une simple variation de son prix en argent. . . » Dans le monde entier, cette valeur sera égale à la quantité de bras » qu'elle peut faire subsister. »
J'ai déjà taché de faire voir que le prix courant du blé doit , en raison de l'augmentation de la demande par l'effet d'une prime d'exportation, excéder son prix naturel jusqu'à ce que l'on obtienne le surcroît d'approvisionnement ; et , dans ce cas , il doit revenir à son prix naturel. Mais le prix naturel du blé n'est pas aussi stable que celui des autres marchandises , parce que , dès que la demande de blé augmente considérablement , il faut livrer à la culture des terres d'une qualité inférieure, qui, pour produire une quantité déterminée de blé, exigeront plus de travail , ce qui fera hausser le prix du blé. L'effet d'une prime permanente sur l'exportation du blé serait donc de le faire tendre constamment à la hausse ; ce qui, comme je l'ai fait voir ailleurs, ne manque jamais de faire hausser la rente *. Les propriétaires ruraux ont donc un intérêt non-seulement temporaire , mais permanent, aux prohibitions d'importation du blé, et aux primes accordées à son exportation ; mais les manufacturiers n'ont point d'intérêt permanent aux primes d'exportation de leurs produits manufacturés : leur intérêt, à cet égard, n'est que temporaire.
Des primes accordées à l'exportation des objets manufacturés ne peuvent manquer, ainsi que le docteur Smith le dit , de faire hausser le prix courant des objets manufacturés ; mais elles ne feront pas monter le prix naturel de ces objets. Le travail de deux cents hom-
f'^oyez le chapitre de la Rente.
mes produira une quantité de marchandises double de celle que cent hommes pouvaient fabriquer auparavant; et par conséquent, aussitôt que la somme nécessaire de capital aura été consacrée à fournir la quantité requise d'objets fabriqués, ils reviendront à leur prix naturel. Ce n'est donc que pendant cet intervalle qui suit la hausse du prix courant des denrées, et qui précède l'accroissement de la production, que les manufacturiers peuvent faire de gros profits; car aussitôt que les prix seront descendus, leurs profits devront baisser au im^eau des autres profits.
Loin donc d'accorder à Adam Smith que les propriétaires ruraux n'ont pas un intérêt aussi grand à la prohibition de l'importation du blé, que les industriels en ont à la prohibition des produits manufacturés, je soutiens, au contraire, que les propriétaires ruraux y ont un intérêt bien plus fort ; — les avantages qu'ils tirent de cette prohibition étant permanents, tandis que le manufacturier n'en profite que pour un temps donné. Le docteur Smith observe que la nature a établi une grande et essentielle différence entre le blé et les autres marchandises; mais la conséquence qu'il faut en tirer est précisément l'opposé de celle qu'en tire Adam Smith ; car c'est précisément cette différence qui crée la rente, et qui frit que les propriétaires ruraux trouvent un intérêt à la hausse du prix naturel du blé. Au lieu d'avoir mis en parallèle les intérêts du manufacturier avec ceux du propriétaire foncier le docteur Smith aurait du comparer les intérêts du premier avec ceux du fermier, qui sont très-distincts des intérêts du propriétaire. Le manufacturier n'a pas d'intérêt à la hausse du prix naturel de ses produits , pas plus que le fermier n'en a à la hausse du prix naturel du blé ou de tout autre produit immédiat du sol, quoique l'un et l'autre soient intéressés à ce que le prix courant de leurs produits s'élève au-dessus de leur prix naturel. Le propriétaire foncier, au contraire, a l'intérêt le plus marqué à la hausse du prix naturel du blé, puisque le surhaussement de la rente est la suite inévitable de la difficulté qu'il y a à produire des denrées de première nécessité , difficulté qui peut seule faire hausser leur prix naturel. Or, puisque des primes d'exportation et des prohibitions à l'importation du blé en augmentent la demande , et forcent à livrer à la culture des terrains plus ingrats, elles occasionnent nécessairement une augmentation des frais de production.
Le seul effet qu'occasionne une prime accordée à l'exportation des objets manufactures ou à celle du blé, est de porter une portion de capital vers un emploi qu'on n'aurait pas cherché sans cela. Il en
CH. XXII. — DE L'IMPORTATION ET DE L'EXPORTATION. 289 résulte une distribution nuisible du capital national ; c'est un leurre qui^séduit le manufacturier , et qui l'engage à commencer ou à continuer un genre de commerce comparativement moins profitable. C'est le plus mauvais des impôts ; car il ne rend pas aux étrangers tout ce qu'il ôte aux nationaux, la balance en perte étant supportée par une distribution moins avantageuse du capital national. Si, par exemple, le prix du blé en Angleterre était de 4 1. st. , tandis qu'il serait en France de 3 1. 15 sh., une prime de 10 sh. finirait par le réduire en France à 3 1. 10 sh. en le maintenant en Angleterre au prix de 4 l. L'Angleterre paierait un impôt de 10 sh. sur chaque quarter de blé qu'elle exporterait, et la France ne gagnerait que 5 sh. sur chaque quarter qu'elle importerait d'Angleterre. Yoilà donc une valeur de 5 sh. par quarter absolument perdue pour la société, en raison d'une mauvaise distribution de son capital, qui tend à diminuer la masse totale, non pas probablement du blé , mais bien de quelque autre objet de nécessité ou d'agrément.
M. Buchanan parait avoir senti le vice du raisonnement du docteur Smith, au sujet des primes, et il fait sur le dernier passage de cet auteur, que j'ai cité plus haut, des réflexions très-judicieuses. « En sou- » tenant, dit M. Buchanan, que la nature a conféré au blé une valeur » réelle que les simples variations de son prix en argent ne sauraient » faire varier, le docteui* Smith confond la valeur d'utilité avec la » valeur échangeable du blé. Un boisseau de blé ne peut pas nourrir » plus de monde pendant la disette que pendant les ^époques d'abon- » dance ; mais un boisseau de blé s'échangera contre une plus grande » quantité d'objets de luxe ou d'utilité, quand il est rare, que lors- « qu'il est abondant; et les propriétaires fonciers, qui ont un surplus » de subsistances à leur disposition, deviendront par conséquent plus » riches dans des temps de disette, et ils échangeront ce surplus contre « une plus grande somme de jouissances. C'est donc à tort que l'on « prétend que si la prime occasionne une exportation forcée de blé , » elle ne produira pas de même une hausse réelle de son prix. » L'ensemble du raisonnement de M. Buchanan, sur cet effet particulier des primes, me paraît parfaitement clair et concluant.
Cependant M. Buchanan, pas plus que le docteur Smith et l'auteur de l'article de la Revue d'Edimbourg, ne me paraissent avoir des idées exactes sur l' influence que le renchérissement de la main-d'œuvre doit avoir sur les objets manufacturés. D'après la manière de voir qui lui est particulière, et que j'ai déjà rapportée ailleurs, M. Buchanan pense que le prix du travail n'a aucun rapport avec le prix du {OEuv, de Ricardo,) 19
blé, et par conséquent il croit que la valeur réelle du blé pourrait monter et monte en effet sans influer sur le prix du travaiL Pour le cas, cependant, où le prix du travail se ressentirait de cette hausse, il soutent, avec Adam Smith et l'auteur de l'article de la Revue d'Edimbourg, que le prix des objets manufacturés devrait monter en même temps; hors ce cas, je ne conçois pas comment il pourrait distinguer une telle hausse du blé d'avec une baisse dans la valeur de l'argent, ou comment il pourrait arriver à un résultat différent de celui du docteur Smith.
Dans une note, à la page 276 ' du premier volume de la richesse des Nations, M. Buchanau s'exprime ainsi : « Mais le prix du blé ne règle » pas le prix en argent de tous les autres produits bruts de la terre, » Il ne règle ni le prix des métaux ni celui de beaucoup d'autres matiè- » res utiles, telles que la houille, le bois, les pierres, etc.; et comme » il ne règle pas le prix du travail, il nejègle pas non plus celui » des objets manufacturés ; en sorte que la prime, en tant qu'elle élève » le prix du blé, forme incontestablement un avantage réel pour » le fermier. Ce n'est ddnc pas sous ce rapport que l'on peut en con- » tester l'utilité. Il est hors de doute que ces primes offrent un encou- » ragement à l'agriculture, par la hausse qu'elles opèrent dans le prix » du blé. La question se réduit donc à savoir s'il convient d'encoura- » ger l'agriculture par un tel moyen. » Les primes sont avantageuses au fermier, en ce qu'elles ne font point hausser le prix du travail ; car, si elles produisaient un tel effet, elles feraient hausser le prix de toutes les autres choses à proportion, et ne présenteraient alors aucun encouragement à l'agriculture.
Il faut cependant convenir que la tendance d'une prime accordée à l'exportation d'une marchandise quelconque, est de faire baisser un peu la valeur de l'argent. Tout ce qui facilite l'exportation tend à augmenter la quantité de l'argent dans le pays qui exporte ; et au contraire, tout ce qui s'oppose à l'exportation tend à diminuer la quantité de l'argent. L'effet général de l'impôt est de diminuer l'exportation par la hausse qu'il occasionne dans le? prix des produits imposés, et de s'opposer par conséquent à l'introduction de l'argent. Nous avons expliqué cela plus en détail dans nos observations générales sur l'impôt.
Le docteur Smith a parfaitement développé les effets nuisibles du
.' l'édition anglaise.
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système mercantile, qui n'avait pour but que de faire hausser le prix des marchandises dans le pays, en repoussant la concurrence des produits étrangers ; mais ce système n'était pas plus funeste aux cultivateurs qu'aux autres classes de la société. En forçant les capitaux à prendre une direction qu'ils n'auraient pas autrement suivie, ce système diminuait la somme totale des produits. Le prix, qui se maintenait constamment plus haut, n'était pas dû à la rareté des produits, mais à la seule difficulté de la production ; et par conséquent, quoique les possesseurs de ces produits les vendissent plus cher, cependant, considérant la quantité de capital qu'il leur avait fallu employer pour les obtenir, ils n'en tiraient réellement pas de plus gros profits * .
' M. Say pense que l'avantage des manufacturiers nationaux est plus que temporaire. « Un gouvernement, dit-il, qui défend absolument l'introduction de » certaines marchandises étrangères, établit un monopole en faveur de ceux qui » produisent celte marchandise dans l'intérieur, contre ceux qui la consomment ; » c'est-à-dire que ceux de l'intérieur qui la produisent, ayant le privilège exclusif » de la vendre, peuvent en élever le prix au-dessus du taux naturel, et que les » consommateurs de l'intérieur, ne pouvant Tacheter que d'eux, sont obligés de la » payer plus cher. » Uh. 1, chap. 17.
Mais comment peuvent-ils maintenir constamment leurs produits au-dessus de leur prix naturel, lorsque chacun de leurs concitoyens a la possibilité de se livrer au même genre d'industrie ? Ils sont protégés contre la concurrence des étrangers, mais non contre celle des nationaux. Le mal réel que ressent un pays par l'effet de ces monopoles, s'il est permis de leur donner ce nom, vient, non de ce qu'ils font hausser le prix courant de ces produits, mais bien de ce qu'ils en font hausser le prix réel et naturel. En augmentant les frais de production, ils sont cause qu'une portion de l'industrie du pays est employée d'une manière moins productive. (Note de V Auteur. J
M. Ricardo me paraît avoir ici raison contre moi. En effet, quand le gouvernement prohibe un produit étranger, il ne saurait élever dans l'intérieur les bénéfices qu'on fait sur sa production au-dessus du taux commun des profits; car alors les producteurs de Tintérieur, en se livrant à ce genre de production, en ramèneraient bientôt, par leur concurrence, les profits au niveau de tous les autres. Je dois donc, pour expliquer ma pensée, dire que je regarde le taux naturel d'une marchandise, comme étant le prix le plus bas auquel on peut se la procurer par la voie du commerce, ou par toute autre industrie. Si l'industrie commerciale peut la donner à meilleur marché que les manufactures, et si le gouvernement force à la produire par les manufactures, il force dès lors à préférer une manière plus dispendieuse. C'est un tort qu'il fait à ceux qui la consomment, mais ce n'est pas au profit de ceux qui la produisent. C'est sous ce point de vue que la critique de M. Ricardo est fondée ; mais la mesure que je combats n'en est que plus mauvaise : elle augmente la difficulté naturelle qui s'oppose à la satisfaction de nos besoins, et c'est sans profit pour personne. — J.-B. Say.
292 PlUNCIPES DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE.
Les manufacturiers eux-mêmes, en leur qualité de consommateurs, auraient payé ces produits plus cher, et par conséquent il n'est pas exact de dire que « le surhaussement de prix occasionné, par les régie- » ments des maîtrises et par de forts droits sur l'importation des » produits étrangers, est partout, et en dernier résultat, pa^'é par » les propriétaires, les fermiers et les ouvriers du pays. »
Il est d'autant plus nécessaire d'insister sur ce point, que les propriétaires fonciers allèguent à présent l'autorité d'Adam Smith pour prouver qu'il faut mettre de pareils et de forts droits sur l'introduction des blés étrangers. C'est ainsi que les frais de production, et, par conséquent, le prix de plusieurs objets manufacturés, ayant augmenté pour les consommateurs par suite d'une faute de législation, on a, sous prétexte de justice, exigé de la nation qu'elle consentit à endurer de nouvelles extorsions. Parce que nous payons tous plus cher le linge, la mousseline et les tissus de coton, on croit qu'il est juste que nous 'payions le blé également plus cher. Parce que, dans la distribution générale du travail sur notre globe, nous avons empêché que le travail, chez nous, fournit la plus grande quantité possible de produits manufacturés, on voudrait nous en punir encore en diminuant les facultés productives du travail employé à la création des fruits de la terre. Il serait bien plus sage d'avouer les fautes qu'un faux calcul nous a fait commettre , en commençant dès ce moment à revenir graduellement aux principes salutaires d'un commerce libre entre tous les peuples \
« J'ai déjà eu occasion, observe M. Say, de remarquer, en parlant » de ce qu'on nomme improprement balance du commerce, que s'il » convient mieux, au négociant du pays, d'envoyer des métaux pré- « deux à l'étranger, plutôt que toute autre marchandise, il est aussi » de l'intérêt de l'État que ce négociant en envoie ; car l'Ltat ne gagne » et ne perd que par le canal de ses citoyens ; et, par rapport à
* Il suffirait de la liberté du commerce pour protéger uu pays comme la Grande Bretagne, abondamment pourvu des différents produits de l'industrie humaine, des marchandises propres à satisfaire les besoins de toute société, contre le retour de la disette. Les nations de la terre ne sont pas fatalement condamnées à tirer constamment au sort celle qui, parmi toutes, devra s'éteindre dans la famine. A prendre le globe dans son ensemble, les subsistances y abondent toujours : etpour jouir à jamais d'un ricbe approvisionnement, nous n'avons qu'à renoncer à nos prohibitions, à nos restrictions, et à cesser de lutter contre les vues bienfaisantes de la Providence. ( Article sur la législation et le commerce des céréales. Supplément à l'Encyclopédie britannique.)