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CH. XXII. — DE L'IMPORTATION ET DE L'EXPORTATION

» l'étranger, ce qui convient le mieux aux citoyens, convient le mieux » à l'État : ainsi , quand on met des entraves à l'exportation que les » particuliers seraient tentés de faire de métaux précieux, on ne fait » autre chose que les forcer à remplacer cet envoi par un autre moins » profitable pour eux et pour l'État.

» Qu'on fasse bien attention que je dis seulement, dans ce qui a » rapport au commerce avec l'étranger ; car les gains que font les » négociants sur leurs compatriotes , comme ceux qu'ils font dans le » commerce exclusif des colonies , ne sont pas, en totalité, des gains » pour l'État. Dans le commerce entre compatriotes, il n'y a de >> gain pour tout le monde que la valeur d'une utilité produite ^ » Liv. I, chap. 22, §i.

Je ne comprends pas cette différence entre les profits du commerce intérieur et ceux du commerce étranger. L'objet de tout commerce est d'augmenter la production. Si, pour acheter une pipe de vin, je peux exporter des lingots qui ont été achetés moyennant le produit du travail de cent jours, et que le gouvernement, en défendant l'exportation des lingots, me force à acheter mon vin au moyen d'une denrée qui me coûte la valeur produite par le travail de cent cinq jours, je perds le fruit de ces cinq jours de travail, et l'État le perd aussi bien que moi. Mais si ces transactions avaient lieu entre particuliers, dans différentes provinces d'un même pays, les individus et l'État en tireraient les mêmes avantages si les acheteurs étaient libres dans le choix des marchandises qu'ils donneraient en paiement; et les mêmes désavantages, si le gouvernement forçait les particuliers à acheter avec des marchandises qui offriraient moins d'avantages. Si un fabricant peut, avec le même capital, travailler une plus grande quantité de fer là où le charbon abonde, que là où

1 Les passages suivants ne sont-ils pas en contradiction avec celui que je viens de citer ?

« Outre qu'en tous pays le commerce intérieur, quoique moins aperçu , parce » qu'il est en toutes sortes de mains, est le plus considérable, c'est aussi le plus » avantageux. Les envois et les retours de ce commerce sont nécessairement les » produits du pays. » Traité d'Économie politique, liv. I, chap. 9.

« Le gouvernement anglais n'a pas fait atttention que les ventes les plus profi- » tables sont celles qu'une nation se fait à elle-même, parce qu'elles ne peuvent » avoir lieu qu'autant qu'il y a, par cette nation, deux valeurs produites : la valeur » qu'on vend et celle avec laquelle on achète. » Ibid., liv. I, chap. 7.

Dans le xxvi^ chapitre de cet ouvrage. Je me propose d'examiner la solidité de cette doctrine. ( Note de V Auteur. J

il est rare, le pays gagnera dans le premier cas. Mais si nulle part dans le pays le charbon ne se trouvait en abondance, et qu'il importât cette (juantité additionnelle de fer en donnant en échange un produit créé au moyen du même capital et du même travail, il enrichirait également le pays de toute cette quantité additionnelle de fer qu'il y introduirait.

Dans le sixième chapitre de cet ouvrage, j'ai tâché de faire voir que tout commerce étranger ou intérieur est utile, parce qu'il augmente la quantité des produits, et non parce qu'il en augmente la valeur. Nous ne posséderons pas une valeur plus forte, soit que nous fassions un commerce intérieur et étranger profitable, soit que, par les entraves des lois prohibitives, nous soyons obligés de nous contenter du commerce le moins avantageux . Les profits et la valeur produite seront les mêmes. Les avantages reviennent toujours, en dernier résultat, à ceux que M. Say paraît n'accorder qu'au commerce intérieur. Dans ces deux cas, il n'y a d'autre gain que celui de la valeur d'une ulililé produite^.

' Outre les gains qu'on peut faire par le moyen d'une utilité, et par suite d'une valeur produite, on peut faire son profit des pertes d'un autre homme. Lorsque cet autre homme est un compatriote, la nation ne perd ni ne gagne par ce bénéfice porté d'une poche dans l'autre ; lorsque cet autre homme est d'un autre pays, la nation dont le premier fait partie gagne ce que l'autre nation perd. Je ne prétends pas justifier ce gain; je me borne à établir le fait. — J.-B. Say.

CH. XXlll. — DES PRIMES ACCOKDÉES A LA PRODUCTION. 29f5

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