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CH. XXUI. — DES PRIMES ACCORDÉES A LA PRODUCTION

nution des salaires, ou, ce qui revient au même, dans l'augmentation des profits. Quant à sa propre part de la contribution, il la trouve dans la diminution du prix du blé qu'il consomme, et qui est l'effet de la prime.

Il est à propos de distinguer ici les différents effets que produit sur les profits un changement dans la valeur réelle du blé, estimée en travail, et un changement dans la valeur relative du blé, qui proviendrait de l'impôt et des primes. Si le blé baisse par un changement de son prix estimé en travail , non-seulement le taux des profits des capitaux changera, mais encore les profits absolus; ce qui n'a pas lieu, comme nous venons de le faire voir, lorsque la baisse est occasionnée artificiellement par une prime. Dans la baisse de la valeur réelle du blé, qui provient de ce qu'un moindre travail suffit pour produire un des articles les plus importants de la consommation de l'homme, le travail est rendu plus productif. Moyennant un même capital , et l'emploi du même travail, on obtient une augmentation de produits; par conséquent, non-seulement le taux des profits s'accroit, mais les profits absolus du capital augmentent aussi ; non-seulement chaque capitaliste aura un plus gros revenu en argent, s'il emploie le même capital en argent, mais encore ce revenu lui procurera une plus grande quantité de choses utiles et de jouissances. Dans le cas de la prime, l'avantage qu'il tire du bas prix d'un produit est compensé par le désavantage d'être obligé d'en payer un autre plus cher ; il retire de plus gros profits pour pouvoir payer ce prix plus élevé, en sorte que sa condition ne se trouve en rien améliorée. Quoique ses profits soient à un taux plus élevé , il ne peut cependant pas disposer d'une plus grande portion du produit de la terre et de l'industrie nationale.

Quand la baisse de la valeur du blé est amenée par des causes naturelles , elle n'est pas contrariée par la hausse des autres marchandises ; car ces marchandises , au contraire , baissent par suite de la baisse des produits naturels qui servent à les fabriquer. Mais quand la baisse du blé s'opère par des moyens artificiels , elle est toujours contrariée par la hausse réelle de la valeur de quelque autre marchandise; en sorte que, si l'on achète le blé à meilleur marché, on paie d'autres denrées plus cher.

Voilà donc une nouvelle preuve qu'il ne résulte aucun désavantage particulier des impôts sur les objets de première nécessité, en raison de ce qu'ils font hausser les salaires et baisser les profits. Les profits tombent, en effet; mais cette baisse est simplement égale au montant

de la portion de l'impôt que l'ouvrier paie, laquelle doit, en tous cas, être payée ou par celui qui l'emploie , ou par le consommateur des produits du travail de l'ouvrier Que vous retranchiez 50 1. par an du revenu de l'entrepreneur de travaux, ou que vous ajoutiez 50 1. au prix des objets qu'il consomme, cela ne l'intéresse, lui et la société, qu'autant que les autres classes d'individus pourraient ressentir les mêmes effets. Si cette somme est ajoutée au prix de la denrée , un avare peut se soustraire à l'impôt en ne consommant pas; si elle est retranchée indirectement du revenu de chacun , on ne peut éviter de payer sa juste part des charges publiques.

Une prime sur la production du blé n'aurait donc pas d'effet réel sur les produits annuels de la terre et du travail du pays, quoiqu'elle rendît le blé relativement à bon marché , et les objets manufacturés relativement chers.

Mais supposons maintenant qu'une mesure contraire fût adoptée, et qu'on mît un impôt sur le blé, afin de constituer un fonds qui servirait à fournir des primes d'encouragement à la production des objets manufacturés.

Dans un tel cas , il est évident que le blé renchérirait , et que les objets manufacturés baisseraient de prix. Le prix du travail resterait le même, si le bon marché des objets manufacturés procurait à l'ouvrier autant de gain que la cherté du blé lui cause de perte ; mais si cela n'arrivait point, les salaires devraient hausser, et les profits tomber, tandis que les rentes en argent resteraient comme auparavant. Les profits doivent tomber parce que, ainsi que nous venons de l'expliquer, ce sera par ce moyen que la part de l'impôt qui pèse sur l'ouvrier se trouvera payée par ceux qui le font travailler. Par la hausse des salaires , l'ouvrier se trouvera dédommagé de l'impôt qu'il aura à payer par le renchérissement du blé ; et, ne dépensant aucune partie de son salaire en objets manufacturés , il ne lui reviendra rien de la prime, qui sera reçue en entier par les entrepreneurs de travaux ; tandis que l'impôt sera en partie payé par les travailleurs. Il sera donné aux ouvriers une gratification, sous forme de salaire, pour cette charge additionnelle qui leur est imposée, et cela réduira le taux des profits. Dans ce cas , il y aura également une complication de mesures, dont le résultat sera nul pour la nation.

En examinant cette question, nous avons exprès mis de côté la considération de l'effet qu'une telle mesure pourrait avoir sur le commerce étranger; nous avons raisonné plutôt dans la supposition d'un pays isolé qui n'aurait point de rapports de commerce avec les au-

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