‹ Œuvres completesChapitre 57 sur 121 · DES PRIMES ACCORDEES A LA PRODUCTIOIN · texte numérisé non relu

DES PRIMES ACCORDEES A LA PRODUCTIOIN

Il peut être de quelque intérêt de considérer les effets d'une prime accordée à la production agricole et à celle des denrées manufacturières, pour faire l'application des principes que je me suis efforcé d'établir sur les profits des capitaux, sur les produits annuels de la terre et du travail, et sur le prix relatif des objets fabriqués et des produits naturels. Supposons d'abord qu'on mît un impôt sur toutes les denrées pour lever un fonds destiné par le gouvernement à donner des primes d'encouragement pour la production du blé. Comme aucune portion de cet impôt ne serait dépensée par le gouvernement, et comme tout ce qu'il recevrait d'une classe de personnes il le rendrait à une autre, la nation, prise en masse, ne se trouverait ni plus riche ni plus pauvre par l'effet d'un tel impôt et d'une semblable prime. On conviendra sans doute que l'impôt sur les denrées, qui fournirait ce fonds, aurait l'effet de faire hausser le prix des objets imposés ; tous les consommateurs de ces objets contribueraient par conséquent à ce fonds, ou, en d'autres mots, le prix naturel et forcé de ces choses ayant haussé, leur prix courant hausserait de même. Mais par la même raison que le prix naturel de ce» denrées aurait haussé, celui du blé serait tombé. Avant qu'on eût accordé une prime à la production, les fermiers auraient pu obtenir de leur blé un prix qui leur permît de se rembourser de la rente , de leurs frais , et de retirer les profits ordinaires ; après la concession de la prime , ils recevraient plus que ces profits si le prix du blé ne tombait pas d'une somme au moins égale à la prime. L'effet de l'impôt et de la prime serait donc de faire hausser le prix des denrées d'une somme égale à celle de l'impôt dont elles sont grevées , et de faire baisser le prix du blé d'une somme égale à la prime.

Il faut aussi observer qu'il ne pourrait être fait de changement permanent à la distribution des capitaux entre l'agriculture et les manufactures ; car, comme il n'y aurait point de variation ni dans le montant du capital, ni dans la population^ il y aurait précisément la même demande de pain et d'ouvrages manufacturés. Les profits du fermier ne seraient pas au-dessus du niveau général après la baisse du prix du blé, et les profits du manufacturier ne baisseraient pas non plus après le renchérissement des objets manufacturés. La prime ne rendrait donc pas nécessaire l'emploi d'un plus fort capital dans la production du blé, ni d'un capital moindre dans les manufactures. Mais les intérêts du propriétaire foncier ne seraient-ils pas affectés? Par le même principe qu'un impôt sur les produits de la terre a l'effet de faire baisser les rentes en blé sans changer la rente en argent, de même une prime accordée à la production et qui est précisément l'opposé d'un impôt , ferait hausser les rentes en blé sans apporter aucun changement à celle en argent. Le propriétaire foncier recevra, dans ce cas, la même rente en argent; et tandis qu'il paiera plus cher les objets manufacturés dont il aura besoin, il aura le blé à meilleur marché : il ne se trouvera donc vraisemblablement ni plus riche ni plus pauvre.

Quant à l'effet qu'une pareille mesure pourrait avoir sur les salaires, il s'agit de savoir si l'ouvrier, par l'achat des objets de sa consommation, paiera autant pour l'impôt qu'il gagnera, par l'effet de la prime, sur les prix réduits de sa nourriture. Si ces deux quantités étaient égales, les salaires n'éprouveraient point de variation ; mais si les objets imposés n'étaient pas de ceux que l'ouvrier consomme, son salaire tomberait, et l'entrepreneur de travaux gagnerait toute la valeur de cette différence. Mais l'entrepreneur de travaux n'en tirerait cependant aucun avantage réel; cela augmenterait le taux de ses profits, comme le ferait toute baisse des salaires; mais à mesure que l'ouvrier contribuera pour une somme toujours moindre au fonds qui doit fournir à la prime, et qui doit être levé par contribution, l'entrepreneur de travaux devra y contribuer pour une plus forte part, ou, en d'autres mots, l'entrepreneur devra fournir à l'impôt, au moyen de sa dépense, une somme égale à celle qu'il gagnera par l'effet réuni de la prime et de profits plus considérables. Il retire de plus forts profits de son capital, afin d'être dédommagé, non-seulement de sa quote-part de l'impôt, mais encore de celle de ses ouvriers. La rétribution qu'il reçoit pour la part de l'impôt des ouvriers se trouve dans la dimi-

Page 1