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de drap, soit de coton. Si nous prenions l'exemple d'un fabricant de drap , nous verrions diminuer immédiatement la masse de ses produits ; car il n'aurait plus besoin de cette quantité de draps qui lui servait à payer un corps nombreux d'ouvriers. Il n'aurait plus qu'à reproduire une valeur égale à la détérioration des machines et aux profits légitimes sur le capital total. 7,500 1. st. feraient ceci tout aussi bien que le faisaient auparavant les 15,000 1. st., ce qui prouve qu'il n'y a aucune différence entre les deux hypothèses. On peut dire, cependant, que la demande de draps serait tout aussi grande qu'auparavant, et se demander comment s'approvisionnerait le marché.
Mais d'où viendront maintenant les demandes? Des fermiers et des autres producteurs de denrées nécessaires , lesquels consacraient leurs capitaux à produire ces objets afin de les échanger contre du drap : ils fournissaient au marchand de draps du blé et des produits divers en échange de ses draps , et celui-ci les distribuait à ses ouvriers en échange du drap que leur travail lui fournissait.
Mais ce commerce cesserait. Le fabricant, ayant moins d'hommes à payer, moins de drap à vendre, ne demanderait plus de subsistances ni. d'autres denrées. Les fermiers et ceux qui produisaient ces denrées uniquement en vue de les échanger, ne pouvant plus obtenir de drap, consacreraient directement leurs capitaux à en fabriquer ou les prêteraient à d'autres , afin que la société fût réellement approvisionnée de la denrée qui lui manque. Or, tout ceci nous conduit aux mêmes conclusions. La demande de travail diminuerait, et les marchandises nécessaires au maintien du travail seraient bien moins abondantes.
Si ces vues sont exactes, il en résulte: T que la découverte et l'application des forces mécaniques conduit toujours à l'accroissement du produit net du pays , quoiqu'il n'en augmente pas immédiatement la valeur;
2** Qu'un accroissement dans le produit net d'un pays est parfaitement compatible avec une diminution du produit brut ; et qu'il suffit de savoir qu'une machine augmentera le produit net , tout en diminuant , comme cela arrive souvent , la quantité et la valeur du produit brut : — cela suffit, dis-je, pour décider de son adoption ;
3° Que l'opinion des classes ouvrières sur les machines qu'ils croient fatales à leurs intérêts , ne repose pas seulement sur l'erreur et les préjugés , mais sur les principes les plus fermes , les plus nets de l'Économie politique ;
4° Que si l'impulsion donnée au travail par les machines pouvait
tellement accroître le produit net , qu'il n'en résultât aucune diminution dans le produit brut, la situation de toutes les classes pourrait alors s'améliorer. Le propriétaire et le capitaliste profiteraient non pas de r accroissement de leurs rentes ou de leurs profits, mais de la répartition des mêmes revenus sur des marchandises d'une valeur considérablement réduite. Quant à la condition des classes laborieuses, elle se trouverait aussi considérablement améliorée, 1° par une demande plus considérable de domestiques ; 2° par le stimulant que les revenus nets, abondants, communiquent toujours à l'épargne ; et 3** par le bas prix des articles de consommation que payaient leurs salaires.
Indépendamment de la question des machines que nous venons de traiter et d'approfondir , les classes laborieuses ont encore un grand intérêt à revendiquer dans la manière dont le produit net du pays se trouve dépensé, quoique dans tous les cas cette dépense soit destinée à la satisfaction et aux jouissances de ceux qui y ont droit.
Si un propriétaire ou un capitaliste dépense son revenu à la manière d'un baron féodal, en s' entourant d'un grand nombre de serviteurs, de laquais, il emploiera bien plus de bras que s'il le consacrait à acheter de belles étoffes, de splendides ameublements, des voitures, des chevaux et tant d'autres objets de luxe.
Dans les deux cas le revenu net et le revenu brut seraient les mêmes ; mais le premier serait transformé en différentes marchandises. Si mon revenu était de 10,000 1. st. la même quantité de travail productif serait employée, soit que je m'en servisse pour acheter des objets de luxe, des velours, des tapis , soit qu'il fut consacré à acheter une certaine quantité de vêtements et de nourriture de la même valeur. Toutefois en transformant mon revenu en objets de luxe, je n'aurai pas nécessairement employé plus de travail , tandis que si je le consacrais à acheter des denrées nécessaires et à entretenir des domestiques , tous les individus que je pourrais ainsi entretenir avec mon revenu de 10,000 l. st. ou avec la nourriture et le vêtement que ce revenu me procure, devraient être considérés comme stimulant la demande de travail. Or, ce stimulant dépend uniquement de la manière dont il peut me plaire de dépenser mon revenu. Comme les ouvriers se trouvent ainsi intéressés dans la demande du travail, ils doivent naturellement désirer que l'on enlève aux dépenses de luxe les plus grandes sommes possibles pour les consacrer à l'entretien de domestiques.
De même un pays entraîné à travers les péripéties d'une guerre^ et qui se trouve dans la nécessité de maintenir de larges flottes
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et de puissantes armées , emploie un nombre d'hommes bien plus considérable que celui qui sera employé au moment où la guerre cessera, et, avec elle, les dépenses qu'elle nécessitait.
Ainsi si les nécessités de la guerre ne m'avaient imposé une taxe annuelle de 500 1. st. destinée à entretenir des soldats et des matelots, j'aurais probablement dépensé cette somme en achat de meubles, d'habits , de livres, etc. Dans les deux cas la même quantité de travail resterait consacrée à la production ; car la nouriture et le vêtement du soldat et du matelot exigeraient la même somme d'industrie que celle nécessaire pour créer des objets de luxe. Mais il est à remarquer qu'en temps de guerre il se crée une demande additionnelle de soldats et de matelots; et conséquemment, une guerre que défraie le revenu et non le capital d'une nation est, en définitive, favorable au développement de la population.
La fin de la guerre en me restituant une partie de mon revenu et me permettant de le consacrer de nouveau à acheter des vins, des ameublements et d'autres objets de luxe , doit cependant laisser sans ressources ces hommes qui combattaient l'ennemi. La population deviendra donc excessive : la concurrence des travailleurs s'aggravera ; les salaires descendront, et la condition des classes laborieuses s'abaissera notablement.
Il est important de citer encore un cas où l'augmentation du revenu net, et même du revenu brut d'un pays, peut très-bien s'allier avec une diminution de travail. Ce cas est celui où l'on substitue le travail des chevaux à celui de l'homme. Si j'emploie cent hommes sur ma ferme, et que je découvre que la nourriture distribuée à cinquante de ces hommes peut servir à entretenir des chevaux et me donner ainsi une plus grande somme de produits, j'écouterai la voix de mon intérêt, et je substituerai sans hésiter les chevaux aux hommes. Mais évidemment la condition de mes ouvriers serait gravement atteinte ; et à moins que mon accroissement de revenu ne soit assez considérable pour me permettre d'employer en même temps hommes et chevaux , il est évident que la population deviendra excessive et descendra d'un degré vers les privations et la misère. Il est évident, en tout cas, que ces hommes ne pourraient être employés en agriculture ; mais si le produit des terres était considérablement accru , ils pourraient trouver du travail dans les manu factures ou à titre de domestiques.
Il ne faudrait pas croire cependant que mes conclusions définitives soient contre l'emploi des machines. Pour éclaircir le principe, {OEuv. deRicardo.) 24
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lui donner plus de relief, j'ai supposé que des machines nouvelles auraient été soudainement découvertes et appliquées sur une vaste échelle : mais dans le fait ces découvertes se font lentement , graduellement, et elles agissent plutôt en déterminant l'emploi des capitaux épargnés et accumulés ^ qu'en détournant les capitaux existants des industries actuelles.
A mesure que le capital et la population d'un pays grandissent la production devient plus coûteuse, et le prix des subsistances s'élève généralement. Or, la hausse des aliments entraîne la hausse des salaires , et la hausse des salaires tend à pousser plus activement le capital vers l'emploi des machines. Les forces mécaniques et les forces humaines sont en concurrence perpétuelle , et il arrive souvent que les premières ne sont employées qu'au moment où s'élève le prix des secondes.
En Amérique et dans un grand nombre d'autres pays où l'on pourvoit aisément à la nourriture de l'homme , les stimulants qui poussenf à l'emploi des machines , sont loin d'être aussi puissants qu'en Angleterre, où la nourriture est chère et exige des frais de production considérables. La même cause qui élève les salaires n'élève pas la valeur des machines, et c'est pourquoi toute augmentation de capital aboutit au développement des engins mécaniques. La demande de travail continuera de s'accroître avec l'accroissement du capital, mais non dans le rapport exact de cet accroissement ^ .
' La demande de bras dépend de l'accroissement du capital ci roulant et non du capital fixe. S'il était vrai d'ailleurs que la proportion entre ces deux genres de capitaux fût la même en tout temps et dans tous les pays, il s'ensuivrait naturellement que le nombre des ouvriers serait proportionné à la richesse du pays. Mais unetelle proposition n'est pas soutenable. A mesure que leb arts viennent épurer le goût des nations, que la civilisation s'étend, le capital fixe prend , relativement au capital circulant, des proportions de plus en plus vastes. La somme de capital fixe consacrée à la fabrication d'une pièce de mousseline anglaise est cent fois, probablement même mille fois, plus grande que celle qui, dans l'Inde, sert à fabriquer la même étoffe ; et, d'un autre côté , la somme de capital circulant est cent fois ou mille fois moindre. Il est facile de concevoir que dans de certaines circonstances la totalité des épargnes annuelles d'un peuple industriel peut être ajoutée au capital fixe, ce qui n'aurait aucun effet sur la -quantité de travail à distribuer. Barton. Sur la situation des classes ouvrières , page 16.
Il n'est pas facile de concevoir comment un accroissement de capital peut ne pas accroître la demande de travail : le plus qu'on peut dire, c'est que la demande va en proportion décroissante. M. Barton, dans l'ouvrage cité plus haut, me semble avoir, d'ailleurs, assez bien compris les effets produits par l'augmentation des