‹ Œuvres completesChapitre 8 sur 121 · XXX NOTICK SUR LA VIE ET LES ÉCRITS · texte numérisé non relu

XXX NOTICK SUR LA VIE ET LES ÉCRITS

et honnête, le millionnaire qui ouvre un crédit à des directeurs de chemins de fer ou de canaux, s'exposent à des pertes, et ils stipulent même certaines conditions destinées a compenser ces chances fâcheuses. Les Banques ne font pas autre, chose. Elles n'avancent point des marchandises, mais du papier qui représente l'or de ses actionnaires ; et cet or lui-même est une marchandise, purement et simplement, dont le prix s'élève ou s'abaisse suivant que les mines sont plus ou moins fécondes, les denrées plus ou moins abondantes, le luxe plus ou moins exigeant. Si Ion veut même aller au fond des choses, on verra que le capital social des Banques se compose des fonds versés par les actionnaires et des marchandises ou valeurs possédées par les individus qui présentent leurs billets à Tescompte. Les Banques ne sont ainsi que des intermédiaires actifs et intelligents qui s'interposent entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas, et qui permettent à des négociants de disposer à l'instant même des fonds qu'ils n'auraient pu recueiUir que plus tard.

Par la toute-puissance du crédit , elles mûrissent en un jour des germes qui n'eussent été mûrs que longtemps après ; elles avancent d'une saison les moissons de l'industrie, et, centres vivifiants, elles attirent tous les capitaux, monnayés ou non, pour les faire rayonner de toutes parts, comme le cœur concentre et répartit ensuite le sang dans notre organisme. D'où résultent trois conséquences importantes : — l*' la nécessité pour les institutions de crédit de réaliser sérieusement leur fonds social et de n'imiter en rien la Banque d'Angleterre, dont le capital s'est englouti dans les caisses de l'Echiquier, ni les Banques d'Amérique qui, pour la plupart, n'ont eu de fonds que sur leurs prospectus ; 2° la nécessité de n'escompter qu'un papier éprouvé, fortement garanti , puisque ce papier forme indirectement partie du capital social ; 3» la nécessité de ne pas faire intervenir l'État dans des questions où son influence a toujours été fâcheuse et doit être tout au moins inutile, puisqu'il n'est pas de monarchie, constitutionnelle ou non, de roi guérissant les écrouelles ou le haut mal, qui puissent faire qu'une famine n'entraîne d'horribles catastrophes, que ces catastrophes n'entrainent la faillite d'un grand nombre de maisons et ne réagissent sur le fonds social des Banques, — cette garantie suprême et trop oubliée des billets.

Pour bon nombre d'esprits, et des plus élevés, comme nous l'avons déjà dit, la constitution sévère et complète du fonds social ne suffit pas, non pius que la solidité manifeste du papier escompté. Il faut encore qu'on détermine par arrêté législatif la proportion de la réserve en espèces, qu'on organise un crédit de l'État, comme on a voulu organiser une religion de l'État, des chemins de fer de l'État, une instruction de l'État, et même des fabriques de calicots et de bonnets de coton de l'État, portant le nom d'ateliers nationaux. Ainsi on a voulu faire du droit de créer le papier un droit régalien comme celui de battre monnaie ; on s'est fortement ému de

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voir que les billets ne portent pas tous la même effigie; et, redoutant l'im prévoyance des directeurs de Banque , on a voulu leur substituer le ministre des finances — qui, on le sait, est toujours un être infaillible. Eh bien î nous déclarons ces craintes frivoles et ces illusions sur les gouvernements on ne peut plus dangereuses. On aura beau entasser faillites sur faillites , additionner le passif des Banques américaines avec le passif des Banques d'Ecosse, d'Angleterre, d'Irlande et de Hollande, on n'arrivera jamais à la centième partie des désastres que l'omni-sapience des trésoriers nationaux a accumulés sur les peuples, en tous temps, en tous lieux. La banque fantastique de Law, qui traversa comme un météore enflammé le système financier de la France, n'était pas à coup sûr une Banque privée ; les billets de la Banque d'Autriche, les roubles papier de Saint-Pétersbourg, les milreas du Brésil, les dollars de Buenos- Ayres qui, de chute en chute, tombèrent de 4 sh, ^ d. à à d.^ tout ce papier-monnaie, avili, conspué, ne sortait pas, que nous sachions, d'une Banque par actions, et il se pourrait que les assignats de la Révolution ne fussent pas l'idéal d'une circulation économique et sûre^ pour nous servir des termes de Ricardo. Jusqu'à ce qu'il nous ait été bien démontré que les gouvernements réunissent à la science profonde des affaires , à l'ubiquité nécessaire pour suivre les incidents multiples des changes, des marchés, des contrats, une économie à toute épreuve, une indicible horreur pour tout ce qui ressemble à des embellissements coûteux, à des conquêtes ruineuses, à des laveurs octroyées aux amés et féaux ; jusqu'à ce qu'il nous ait été bien démontré qu'ils u'ont jamais cornpromis I avenir par des dilapidations, jamais usé des moyens les plus violents, parfois les plus infâmes, pour solder des guerres iniques, enfin qu'ils joignent à toutes les qualités, d'autres qualités encore, nous persisterons à ne pas leur confier un monopole aussi dangereux que celui du crédit. Jamais peut-être on n'aurait armé le pouvoir d'une arme plus terrible et plus séduisante ; et il semble, a voir tant de confiance, que les mots de vénalité , de gratifications , de corruption , soient des entités que notre monde n'a jamais réalisées.

Et qu'on ne parle pas de limites imposées par la volonté, l'influence législative ; nous savons ce que pèsent ces choses devant un caprice de conquérant ou une colère d'homme d'État. Déjà les budgets, avec leurs cadres sévères, ont pris Télasticité des vieux acquits au comptant, et par des crédits supplémentaires, des ordonnances faites à propos, l'on est parvenu à créer, sous les appai-ences les plus légales, un budget de fantaisie, une sorte d'en cas ministériel servant aux menus plaisirs des fidèles. Que serait-ce le jour où les gouvernements pourraient fabriquer les billets de Banque à la continue 1 Les émissions prendraient un développement exorbitant, elles pleuvraient à titres divers, et l'on ne redouterait plus de franchir toutes les bornes , car l'actionnaire véritable d'une Banque nationale serait le pays tout entier, — et le pays est toujours assez riche pour payer ses billets.

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Tout cela n'est pas du sentiment, à coup sûr. Les centimes additionnels ne sont pas un mythe, les filles et petites-filles de Law ont un extrait de naissance parfaitement authentique, les sommes retirées cent fois par TEchiquier à la Banque d'Angleterre n'ont rien de fabuleux que nous sachions, et les millions de nos fortifications existent, ou plutôt ont existé ailleurs que dans notre imagination Les orgies financières les plus déplorables de l'Amérique n'ont rien qui se puisse comparer à ces dilapidations officielles, et au moins ont- elles laissé derrière elles, après de déchirantes convulsions, des monuments grandioses et d'immenses richesses. De tous les milliards dépensés par Pitt, par Napoléon, par la Russie, que reste-t-il? Des lauriers tachés de sang, des hommes en lambeaux, veillant sur des drapeaux glorieusement troués, — un peu de gloire et de lourdes dettes !

Nous serons donc toujours fort peu empressés à confier à des fonctionnaires publics , quels qu'ils soient, la mission de pourvoir à la circulation monétaire du pays , d'autant plus que le crédit privé nous semble de nature à présenter des garanties plus que suffisantes.

A moins d'admettre , en effet, que les actionnaires et les directeurs de Banques soient doués d'aliénation mentale ou d'un désir violent de perdre leur fortune, il faut bien reconnaître qu'ils introduiront dans leurs opérations une prudence éclairée et sage. Dès le moment où il sera parfaitement établi que le fonds social sert de garantie réelle aux émissions , on peut être sûr que ces émissions se feront avec mesure, et que la réserve en numéraire suffira pour conserver aux billets de banque leur valeur primitive. Dans les plus grands entraînements de la spéculation , il y a un fonds sérieux, positif, réfléchi, et quand une association , un homme se jettent tète baissée dans les périls d'une entreprise , il est à croire qu'ils n'ont pas immensément à risquer. Si les Banques américaines ont répandu à profusion leur papier, c'est que ce papier ne reposait sur aucune base solide, accessible à des créanciers ; c'est qu'elles se réunissaient entr'elles pour constituer un fonds social, — lequel fonds social elles se prêtaient au besoin, comme cette dent fameuse et unique que se repassaient les Gorgones. On savait vaguement alors qu'on vivait sur un malentendu ; mais on trouvait agréable un malentendu qui donnait du travail à des populations entières, et on laissa le charme se rompre de lui-même. Que si ces prétendues Banques avaient eu pour les étayer une réunion d'actionnaires opulents, elles n'auraient pas risqué leur capital contre des signatures chimériques, et elles auraient sévèrement constitué leur comité d'escompte. Dans de telles conditions, lorsque vient la crise, toute Banque attend le choc, protégée par un double bouclier ; —son numéraire, ses échéances ;— et quant au porteur, avant que le désastre l'atteigne, il faut que le papier escompté ait presque complètement péri dans la tourmente, par la faillite des souscripteurs, et il faut, de plus, que tout le capital de la Banque ait été épuisé en remboursements. Des secousses assez terribles pour ébranler les plus fortes situations commerciales et pour

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mettre en danger les sommes versées par les actionnaires ne renverseraient-elles pas les frêles barrières qu'on leur opposerait sous forme de bills et de règlements?

Et d'ailleurs où s'arrêtera votre intervention législative?

Les billets de banque sont-ils donc les seules promesses qui circulent dans la société et qui laissent planer le vague de l'avenir sur les affaires? Les lettres de change, mandats , billets à ordre, engagements de toute nature, ne forment-ils pas un total immense dans lequel les quelques centaines de millions que versent les Banques disparaissent comme disparaît le ruisseau dans le lit d'un fleuve? Ces engagements ne se transmettent-ils pas de main en main , n'établissentils pas entre tous les membres d'une société une solidarité intime, ne font-ils pas enfin de la richesse collective une immense hypothèse, tantôt brillante et tantôt sombre? Et croit-on que lorsque des effets de dix, de vingt, de quarante francs ne sont pas payés à l'échéance , l'ouvrier, le petit marchand qui les ont reçus ne sont pas plus rudement atteints que lorsqu'une Banque cesse de payer ses billets? Lorsque ces institutions géantes ferment leurs caisses et tarissent les sources qu'elles versaient abondamment, il en résulte sans doute de douloureuses perturbations dans le crédit; mais les esprits se rassurent, car le capital social répond des non- valeurs, comme l'a démontré, tout dernièrement encore, l'exemple des Banques de Liverpool et de Newcastle. Le mal est plus concentré, plus visible; mais il n'est pas aussi profond, aussi invétéré que celui auquel une Banque expose un pays lorsqu'elle resserre ses émissions, et qu'elle produit, par ses oscillations journalières, ce qu'on pourrait appeler les affolements de l'escompte. INous n'en voulons pour preuve irrécusable que la situation de l'Angleterre depuis un an. Les faillites ont frappé à coups redoublés sur les plus puissantes maisons ; les ateliers se sont fermés de toutes parts, les marchés sont restés encombrés de marchandises, les chemins de fer inachevés, et cependant la Banque d'Angleterre est restée inébranlable, inflexible. Elle a vu la tempête gronder à ses pieds, et des hauteurs de son monopole elle a distribué à ses actionnaires un dividende de 9 p. "/o. Est-ce donc là le dernier mot de la science économique de lord Liverpool, de Robert Peel, de Ricardo, de MM. L. Faucher, d'Eichthal, Michel Chevalier, et les services qu'une Banque nationale doit rendre, se borneraientils donc à augmenter à propos le taux de l'escompte, à marchander chèrement un secours, à devenir d'autant plus timide et plus sévère que les circonstances exigeraient plus de concessions et plus de hardiesse ?

Dirons-nous cependant que la Banque d'Angleterre, par exemple, doive laisser tomber sa réserve au chiffre de 1 ,086,000 sh. comme en 1 797, et se fier encore aux hasards de ces fameux billets de 1 sh. trouvés providentiellement dans une vieille boîte? Non; mais nous dirons qu'elle do t céder un peu au courant et non le refouler en vue de son salut unique : lious dirons qu'elle doit savoir ostr un peu vi piendi'e, s'il le faut, sa part du périL {OEuv. de Ricardo. c

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