CHAPITRE r
OBSERVATIONS PRELIMINAIRES. — EXPOSE SOMMAIRE DES OBJECTIONS PRÉSENTÉES PAR M. BOSANQUET CONTRE LES CONCLUSIONS DE LA COMMISSION.
Les questions relatives à la dépréciation de notre circulation monétaire ont nouvellement acquis un intérêt spécial et excité dans l'esprit public un degré d'attention qui promet les plus heureux résultats. Nous sommes déjà très-particulièrement redevables axiBulUon- Commitlee d'un rapport sur les mouvements monéi aires des nations; et jamais, dans ce pays ou au dehors, les principes qui les régissent n'avaient été exposés d'une manière aussi juste dans des documents officiels. On ne pouvait cependant espérer de voir une réforme aussi importante que celle recommandée par la Commission s^ effectuer sans soulever la plus ardente opposition chez ceux qu'égarent des principes erronés ou qu'animent des vues d'intérêt. Jusqu'ici cette opposition a été suivie des meilleurs effets : elle a tendu à prouver plus puissamment T exactitude des principes posés par la Commission. Elle a fait descendre de nouveaux champions dans l'arène, et la polémique a chaque jour converti de nouveaux adeptes à la cause de la vérité. Cependant, de toutes les attaques dirigées contre le rapport du comité, celle de M. Bosanquet m'a paru la plus formidable. Il ne s'est pas renfermé, comme ses prédécesseurs, dans le cercle d'une pure déclamation; et, quoiqu'il abdique tout raisonnement et tout commentaire, il a énoncé ce qu'il pensait être les preuves irréfragables du désaccord de la théorie avec les faits antérieurs.
HÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. i^)
Ce sont ces preuves que je me propose d'examiner — bien convaincu, que si je n'en démontre pas la nullité, mon impuissance seule en devra être accusée et non la vérité des principes.
M. Bosanquet commence par se prévaloir d'une accusation vulgaire contre les théoriciens, accusation qu'on a si souvent reproduite dernièrement et dans des régions trop élevées. Il prévient le public de ne point ajouter foi à leurs spéculations abstraites avant de les avoir soumises à l'épreuve du fait, et il s'offre avec bienveillance pour guide dans cet examen. Si jusqu'ici notre pays n'avait commercé que par voie d'échanges, et qu'il voulût, pour la première fois, établir un système destiné à faciliter les transactions par l'intervention de la monnaie , on aurait quelque droit à appeler purement théoriques les principes proposés à l'attention publique; car leurs effets pratiques, quoique clairement dictés par l'expérience du passé, n'auraient pas encore été contrôlés. Mais, quand les principes d'une circulation, vieille déjà, sont bien compris; quand les lois qui règlent le taux du change entre les différentes nations ont été connues et observées depuis des siècles, est-on bien venu à nommer purement théorique le système qui en appelle aux principes et qui invoque pour ses formules le contrôle de ces mêmes lois?
C'est à un jugement pareil qu'est actuellement soumis le rapport du comité, et les esprits sont ainsi sollicités à admettre qu'une théorie reconnue par ses adversaires comme invulnérable aux armes de la raison et des arguments, peut être renversée par un appel aux faits. On nous dit : « Quelle que soit l'audace avec laquelle le principe est certifié, quelle que soit la force avec laquelle la raison semble le sanctionner, il n'est généralement pas vrai et dément tous les faits. » C'est là l'épreuve à laquelle j'ai longtemps désiré voir soumettre cette importante question. J'ai longtemps désiré que ceux-là qui refusent leur assentiment à des principes que l'expérience semble avoir sanctionnés, voulussent bien formuler leur propre théorie, relativement à la cause des phénomènes actuels de notre circulation ; ou du moins voulussent bien désigner les faits qu'ils envisagent comme opposés à ceux qu'une ferme conviction m'a fait adopter.
Je suis donc profondément reconnaissant envers M. Bosanquet. Si, comme je le suppose, je suis capable de prévenir ses objections ; d'en démontrer l'impuissance; de le convaincre que ses décisions sont en opposition avec les faits; que ses prétendues preuves, il les doit à la fausse application d'un principe et non à Fimperfection du principe
lui-même, j'aurai le ferme espoir de le voir abjurer ses erreurs et devenir le premier de nos défenseurs.
M. Bosanquet a fixé de la manière suivante les principales solutions du comité contre lesquelles il dresse ses objections :
1 ° Que les variations du change avec les pays étrangers ne peuvent jamais excéder, pour un laps de temps considérable, les dépenses nécessaires à transporter et assurer les métaux précieux d'un pays à l'autre ;
2® Que le prix des lingots d'or ne peut jamais dépasser celui du métal monnayé , à moins que la circulation qui sert à les acheter n'ait fléchi au-dessous de la valeur de l'or;
3" Qu'en accordant cependant une confiance légitime aux conclusions basées sur les tableaux d'importations et d'exportations de la douane, l'état des changes devrait être particulièrement favorable;
4** Que la Banque pendant la restriction possède exclusivement le privilège de limiter la circulation des billets de banque ;
5" Que la circulation du papier des banques de province dépend des émissions de la Banque et leur est proportionnelle ; enfin, que la circulation de papier , actuellement excessive, est dépréciée relativement à l'or et que les conséquences et le symptôme d'une telle dépréciation se retrouvent dans le haut prix du lingot et le taux avili du change.
Ces principes étant , du moins sur les points essentiels , identiques à ceux que j'ai proclamés et qui m'ont attiré l'attaque de M. Bosanquet, pour éviter la nécessité d'émettre tantôt ceux de la Commission des métaux précieux, tantôt les miens, je les considérerai dans les pages suivantes de ce livre comme ceux du Bullion-Committee ; — en ayant soin, toutefois, de signaler les nuances les plus délicates qui pourraient caractériser les deux opinions.