CHAPITRE II
examen des faits que m. bosanquet cite comme puises dans l'histoire de l'État du change.
SECTION PREMIERE
Change avec Hambourg.
Le premier principe qu'on conteste est : « que les variations du change ne peuvent jamais excéder , pendant longtemps , les dépenses consacrées à remettre et à assurer les métaux précieux d'un pays à l'autre. >
Est-il donc possible de désigner cette proposition comme une opinion théorique émise aujourd'hui pour la première fois? N'a-t-elle pas été hautement sanctionnée par les écrits de Hume et de Smith? IN'a-t-elle pas été acceptée par les hommes pratiques eux-mêmes?
M. ***, dans sa déposition devant la Commission, observe : « que la limite à laquelle peut atteindre l'avilissement du taux des changes se détermine par le prix des transports des lingots joint à une prime équivalente aux risques qui accompagnent les déplacements d'une telle nature. »
M. Goldsmid « ne se rappela pas avoir vu les changes s'éloigner du pair de plus de 5 pour cent, avant la suspension des paiements en espèces. »
M. Grefulhe affirma « que depuis son entrée aux affaires il ne se rappelait pas que le change eût été, à aucune des époques antérieures à la suspension des paiements en espèces de la Banque, considérablement au-dessous du pair. »
Les mêmes opinions furent énoncées devant la Commission des lords, en 1797, par un grand nombre d'hommes pratiques.
Mais pour démentir toutes ces convictions , M. Bosanquet a des faits auxquels il attribue hardiment le pouvoir de saper notre doctrine par la base. Pendant les années de 1764 à 1768, dit-il, antérieurement à la refonte, et alors que l'imperfection de nos types
monétaires élevait la valeur de l'or à 2 ou 3 pour cent au-dessus du prix de la Monnaie, le change de Paris était de 8 à 9 pour cent contre Londres. A la même époque , le change avec Hambourg fut pendant toute la période de 2 à 6 pour cent en faveur de Londres. Il en résultait en temps de paix un bénéfice de 1 2 à 14 pour cent sur les frais qu'on supportait en remboursant la dette envers Paris avec l'or de Hambourg; ce bénéfice a donc dépassé le principe d'au moins 8 ou 10 pour cent. H est digne de remarque que le taux moyen du change avec Hambourg, qui avait été de 5 pour cent en faveur de Londres, de 1766 à 17 67, ajouté aux 2 pour cent, — excédant de la valeur de l'or sur celle du métal monnayé, — tout en constituant, sur l'importation de l'or en Angleterre, une prime de 7 pour cent ou, en déduisant 1 1/2 pour cent pour les frais en temps de paix, un bénéfice de 5 pour cent, il est à remarquer, dis-je, que tout cela n'avait pu faire que cette prime rétablit le change normal. De même, en 1775, 1776 et 1777, après la refonte et en temps de paix , nous voyons le change sur Paris se maintenir à 5, 6, et 8 pour cent contre Londres, alors que la moitié de cette quotité eût rejeté l'or sur Paris , et un quart eût sufiS à payer les dettes de Paris avec Hambourg.
Pendant les années 1781, 1782 et 1783, qui furent des années de guerre, le change se maintint constamment de 7 à 9 pour cent en faveur de Paris. L'or constitua à cette époque la circulation ordinaire de ce pays et la banque fut contrainte, pour répondre aux besoins du public, de s'en procurer au prix de la Monnaie. On a déjà démontré combien les métaux précieux avaient été impuissants à égaliser le change avec Hambourg pendant les années 1797 et 1798. On peut en retrouver un nouvel exemple dans les années 1804 et 1805 où l'on vit le change de Paris varier de 7 à 9 pour cent en faveur de Londres.
Dans tous les cas ci-dessus, les oscillations du change dépassèrent grandement la dépense du transport de l'or d'un pays à l'autre et cette surélévation fut, dans la plupart des circonstances, beaucoup plus manifeste qu'aujourd'hui. On admettra sans doute que les circonstances de l'époque étaient beaucoup plus favorables à un commerce de ce genre et que l'état de la . circulation métallique offrait des facilités dont il ne serait plus possible de jouir ici, — Cependant , en face de désavantages aussi nombreux , le principe proclamé par la commission ne fut pas réalisé; et c'est pourquoi on ne peut l'accepter comme base solide de cet échafaudage d'excès et de dépréciation qu'on a essayé d'élever.
Si les faits s'étaient trouvés répondre à l'exposé qu'en a donné M. Bosanquet, il m'eût paru difficile de les concilier avec ma théorie. Cette théorie admet comme dogme, que toutes les fois qu'un négoce particulier répand d'énormes bénéfices, il attire dans sa sphère un nombre de capitalistes suffisant pour réduire, par la concurrence, ces bénéfices extraordinaires au taux normal des gains commerciaux. Elle affirme que c'est plus spécialement dans le commerce du change que ce principe est fécond. Car ce commerce ne se borne pas aux négociants anglais seulement ; il est parfaitement compris et lucrativement exercé par les changeurs de Hollande, de France, de Hambourg, au sein d'une cx)ncurrence qu'on sait être énorme. M. Bosanquet suppose - t - il donc qu'une théorie qui repose sur des éléments pratiques au^si vigoureux puisse être ébranlée par un ou deux faits isolés imparfaitement connus parmi nous ? Non ; et, quand même on n'essaierait pas de les expliquer, on pourrait s'en reposer avec sécurité sur l'effet naturel qu'ils produiront dans les esprits.
Mais avant que les faits de M. Bosanquet soient admis à prouver les vices des raisonnements de la Commission, nous devons examiner la source où l'on a puisé ces prétendus faits.
M. Bosanquet nous dit qu'il existe, annexé au pamphlet de M. Mushet, un tableau indiquant :
l°Le taux du change avec Hambourg et Paris pendant les 50 dernières années, et de combien il a été, dans chaque occasion, audessus ou au-dessous du pair;
2** Le prix de l'or à Londres, et le rapport de ce prix avec l'étalon anglais ou le prix à la Monnaie;
3^ Le montant des billets de banque en circulation et le taux de leur dépréciation avouée , relativement au prix de l'or.
Maintenant, et avant que les conclusions qui découlent de l'étude des tables puissent imposer une complète adhésion, il est nécessaire de prouver l'exactitude des faits cités. Mais cette exactitude est tellement hypothétique, qu'elle a été reniée par M. Mushet lui-même. Dans la seconde édition de son écrit, il a reconnu ia fausseté du principe sur lequel ses tables avaient été calculées et nous a donné un nouveau travail corrigé.
M. Mushet a joint à la seconde édition de son pamphlet la remarque suivante : « Dans la première édition de cet ouvrage je fixai le pair du change avec Hambourg à 33 schillings 8 gros et le considérai à ce taux comme immuable. Les meilleures informa-
tioiis que j'aie pu me procurer, depuis lors, sur le change fixent le pair à 34 s. 11 U4 g. et j'ai suivi cette évaluation dans ma nouvelle édition. J'ai aussi corrigé l'erreur qui me faisait envisager le pair comme immuable. Car l'or étant l'étalon de la monnaie en Angleterre, et l'argent ayant ce rôle à Hambourg , il lie saurait exister de pair invariable entre les deux pays. Par exemple , si 34 s. 11 1/4 g. monnaie de Hambourg, égalent en valeur une livre sterling ou les 20/2 1 d'une guinée dans un moment où l'argent est à 5 s. 2 d. l'once, ce rapport devra changer lorsque l'argent tombera à 5 s. 1 d. ou 5 s, l'once. Car une livre sterling en or valant alors plus d'argent achète en même temps une plus grande proportion de la circulation monétaire de Hambourg. »
< C'est pourquoi, pour trouver le pair réel, nous devons déterminer la valeur relative dç l'or et de l'argent, à l'époque où le pair fut fixé à 34 s. 11 d. 1/4, et cette même valeur relative, à l'époque où l'on reporte son calcul. »
« Par exemple, si le prix de Y étalon en or était 3 1. 1 7 s. 10 1/2 d. Tonce et celui de l'argeni 5 s. 2 d. une once d'or vaudrait 15.07 onces d'argent, ce qui constitue précisément les proportions de la mon • naie : 20 de nos shillings types contiendraient alors autant d'argent, que 34 shillings 1 1 1/4 g. Mais si l'once d'or valait 3 1. 17 s. 10 1/2 et l'argent 5 s. (ce qui était vrai le 2 janvier 1798), l'once d'or vaudrait alors 15.57 onces d'argent. C'est pourquoi si 1 1. sterling valait au pair 15.07 onces d'argent, elle produirait à 15.57 une prime de 3 pour cent. Or 3 pour cent déprime sur 34 s. Il 1/4 donne 1 s. 13 9/10; de sorte que le pair est de 36 s. 1 g. 1/10 lorsque le rapport de l'or à l'argent est de 15.57 à 1 . »
« On obtiendra plus facilement ce résultat en calculant la proportion suivante :