CHAPITRE IX
DISCUSSION SUR CE PRINCIPE DE M. BOSANQUET : « LA REPRISE DES PAIEMENTS EN ESPECES ENTRAINERAIT DE GRANDES COMPLICATIONS.
Pour conclure, M. Bosanquet est entièrement persuadé que de graves perturbations naîtraient de la reprise des paiements en numéraire. Il n'espère même pas qu'une réduction dans la circulation puisse avoir pour résultat d'améliorer le taux du change ou de faire fléchir le prix des lingots, à moins que nos importations ne diminuent et que nos exportations ne s'accroissent.
Quant à moi, il me paraît irrésistiblement clair qu'une réduction des billets de banque abaisserait le prix des lingots , et favoriserait le change sans troubler la régularité de nos exportations et de nos importations actuelles. Elle ne saurait multiplier les marchés qui nous servent aujourd'hui pour exporter ou importer l'or. Nos transactions à l'étranger seraient précisément les mêmes; seulement nous posséderions une monnaie de dénomination semblable, mais d'une valeur supérieure. Au lieu d'être crédités à Hambourg d'une livre sterling dégradée, équivalente à 104 grains d'or et cotée à 28 shillings de Flandre, nous aurions, — en lui restituant sa valeur réelle en lingots, qui est de 123 grains, — un crédit de 34 shillings. Cependant cette différence de 6 shillings en notre faveur ne constituerait qu'un avantage nominal et apparent. Ce serait même une grave erreur de croire qu'elle pût former un bénéfice réel.
Si, par une réduction des billets de banque, nous avions le pouvoir d'en élever la valeur au-dessus de celle des lingots d'or, nous réagirions alors sur le taux réel du change *, nous troublerions l'équilibre actuel des importations et des exportations , et nous provoquerions une importation de lingots, ou, en style de négociants, une balance favorable de commerce.
Si le tableau que M. Bosanquet trace de notre situation était réellement exact, nous aurions devant nous un bien triste avenir. Obligés de faire face à d'énormes dépenses à l'étranger; obligés « d'importer
l{b:PONSE AUX OBSEHVATIONS DE M. BOSANQUET. 520
des articles indispensables, » et en retour desquels on n'accepterait que de l'or, nous pourrions presque calculer le moment où le débat s'achèverait, faute d'une marchandise assez précieuse. Tout l'or d'une année ne suffirait pas dans ce pays à solder une balance de paiements aussi énorme que celle qu'il établit. Kt si d'ailleurs nos marchandises ne peuvent s'écouler nulle part, quelle n'est pas la tristesse de notre situation?
Pour moi , cependant, de telles appréhensions sont inutiles. Je suis convaincu que nos dépenses à l'étranger ne sont payées ni avec l'or ni avec des lettres de change, mais en derniei* ressort , par le produit du travail et de l'industrie de notre nation.
Je porte seulement mes regards avec anxiété sur l'aveugle persévérance qui nous fait maintenir notre système de circulation actuel, système qui mine progressivement toutes nos ressources, et dont les inconvénients et les dangers ont été si énergiquement signalés dans les paroles suivantes du comité : < Si on ne réprime ces germes de désastres, ils porteront bientôt la conviction dans les esprits qui doutent encore de leur réalité. IVFais, quand bien même leur accroissement progressif deviendrait moins probable , la justice et l'honneur du Parlement sont engagés à ne pas sanctionner, au delà des moments d'une impérieuse nécessité, la perpétuité d'un système de circulation affranchi de ce lien, de ce contrôle naturel qui sert à maintenir la >aleur de la monnaie et qui garantit, par l'intégrité d'un étalon métrique des valeurs, la probité et la bonne foi qui sont les bases inaltéi'ables des obligations et des contrats (inanciers parmi les hommes.
i\e nous est-il pas permis de voir , dans ce beau début d'une commission si éclairée , un sur garant de ce qu'accomplira la sagesse du Parlement?
(OEuv. deBtcarOo.^ 34
SSO ŒUVRES UIVERSES.
APPENDICE
Après que j'eus envoyé les pages précédentes à l'imprimerie , je lus les observations supplémentaires que M. Bosanquet a jointes à la seconde édition de son pamphlet. J'aurai peu de remarques à faire à ce sujet.
Et d'abord, on peut conclure de ce que j'ai déjà dit , que je rejette l'exactitude de tous les calculs de ^I. Bosanquet relativement au change avec Hambourg. Ces calculs ont été établis sur la présomption d'un pair invariable , tandis que le pair réel, celui qui aurait dû leur servir de base, est soumis a toutes les fluctuations qui réagissent sur la valeur relative de Tor et de l'argent; les limites de ces fluctuations ayant été depuis 1801, de 6 1/2 p. O/o au-dessous de proportions de la monnaie, à 9 p. O/o au-dessus, les calculs basés sur un tel pnncipe doivent nécessairement renfermer des erreurs de 15 1/2 p. 0/0. Secondement, l'argument qu'on a essayé d'édifier sur ce fait, et qui veut qu'un accroissement ou une réduction dans les billets de banque ne soit pas nécessairement suivis d'une hausse ou d'une baisse dans le prix des changes ou des lingots ; cet argument , dis-je , est sans valeur. Il n'a aucune puissance contre une théorie qui admet que la demande des agents de circulation est soumise à des oscillations continuelles, déterminées soit par le développement et le déclin du commerce et du capital, soit par la facilité plus ou moins grande que donnent, pour les paiements, des degrés divers de confiance et de crédit. Il est enfin sans force contre une théorie qui admet que le même commerce et les mêmes paiements peuvent nécessiter une somme variable d'agents monétaires. Une masse de billets de banque pourra être excessive aujourd'hui, dans le sens que j'attache à ce mot, et conséquemment dépréciée. Mais qu'on se reporte à une autre époque, et l'accroissement temporaire de leur valeur au-dessus de celle du lingot qu'ils représentent, les aura peut-être réduits à une proportion exacte avec les paiements qu'ils ont à effectuer. C'est pourquoi il me semble inutile d'admettre ou de réfuter l'exactitude des bases sur lesquelles M. Bosanquet a fondé son évaluation totale des monnaies de papier en circulation. Ces faits, à mon avis, ne se rattachent pas au sujet
RÉPONSE AUX OBSEKVATIOiSS DE M. BOSANQUET. 531
de la discussion. Que la monnaie de papier s'élève à 25 ou à 100 millions , je la considérerai comme excessive dans les deux cas ; car les effets dont nous sommes témoins depuis si longtemps ' ne peuvent, selon moi, être attribués à d'autres causes qu'à une circulation exagérée ou à un défaut de confiance dans les émissions , défaut qui n'existe certainement pas aujourd'hui.
M. Bosanquet a réuni sous la forme de quatre problèmes les conclusions qu'il voudrait déduire des faits dont il nous a nouvellement enrichis. 11 croit d'ailleurs que les principes du Committee s'opposent à la solution de ces problèmes. J'espère avoir déjà montré combien les faits sont impuissants à sanctionner les formules qu'il fonde sur eux, et j'espère ne pas éprouver trop de difticulté à lui offrir une solution de ses problèmes et à me conformer en même temps au\ principes de la Commission.
Le premier problème est posé en ces termes : « Le change, après une moyenne favorable de 6 p. O/o, de 1 790 à 1 795, est descendu à 3 p. O/o au dessous du pair, en 1795-1796, au milieu d'une circulation constante de 1 1 millions de billets de banque, convcrsibles en espèces à la volonté du porteur. En 1 797 et 1 798, il s'éleva en moyenne à 1 1 p. O/o au-dessus du pair , à une époque où la circulation avait été portée à 13 millions et n'offrait plus un remboursement immédiat. »
Le lecteur verra sans doute que ce problème a déjà reçu sa solution dans le corps de cet ouvrage. Les changes ne sont pas rigoureusement lixes , et personne ne niera qu'ils puissent s'élever ou décliner sous l'inlluence de causes multiples.
Nous avons démontré que la demande de l'or pour la monnaie et celle de l'argent pour les Indes-Orientales en 1797 et 1798 eurent sur les changes un effet naturel qui ne fut pas compensé par une émission extravagante de monnaie de papier. L'or , devenu nécessaire pour remplir les coffres épuisés de la Banque, ne put être livré à la circu-
' M. Bosauquet a désigné comme incorrecte l'application de ces mots « si longtemps » à l'escompte des billets de banque. Il s'appuie, pour les critiquer, sur ce que les tables deîNI. Mushet n'offrent pas d'exemple d'un change ayant été très-défavorable pendant toute une année, antérieurement à l'époque où j'écrivais (décembre 1809). Il pourrait sembler que par rapport à un escompte sur les billetsdebanque,une année est un temps considérable ; mais comme j'ai constamment maintenu que le haut prix du lingot était l'argument le plus direct pour prouver la dépréciation, et comme le prix de l'or n'a pas été depuis dix ans audessous du prix de la monnaie, on ne peut, je pense, d'après mes principes, contester l'exactitude de mes conclusions.
.,:V2 («aiVllKS DlYKIiSI.S.
lation, et l'addition de 2 millions en billets de banque servit seulement à combler le vide produit par l'accumulation tle l'or : de sorte qu'il n'y eut eiïectivement aucun accroissement dans la circulation de ces
années.
Le second problème repose sur les pliéncmiènes suivants. « l'^'l.a baisse du cbange à (] p. 10/0 au-'dessous du pair, l'or étant à 9 j). O/o au-dessus du prix de la monnaie en 1 800 et 1 801 , et la circulation de la Banque s'éleyant à un peu plus de 15 millions; T l'élévation du cbange à lî p. O/q au-dessus du pair, d apiès une moyenne de six an nées, de 180.'^ à 1808,ror étant évalué approximativement à son prix à la monnaie et la circulation s'étant accrue jusqu'à 17 ou 18 millions. »
Outre les effets produits par les vicissitudes du commerce etdu crédit, il faut se rappeler qu'à Fépoque où notre circulation se composait d'or et de papier, l'influence d'une émission additionnelle sur les cbanges et sur le prix des lingots se trouvait corrigée, après un intervalle suffisant, par l'exportation du numéraire. Cette ressource nous a été enlevée depuis quelque temps.
Le troisième problème porte que « le cbange a varié de 5 p. O/o audessus du pair, en juillet 1808, à 10 p. O/o a?/-(/('.ssoî/.s enjuin 1809, la circulation de la Banque étantd'aiileurs la même dans les deux cas. « Il sera facilement résolu. Il m'a été impossible de trouver les documents d'après lesquels M. Bosanquet a établi que le montant des billels de banque était le même en juillet 1808 et en juin 1809; mais, en admettant même leur exactitude, a-t-onpu en faire des termes de com~ paraison convenables ? Une des deux époques précède immédi a lemejit le paiement des dividendes, l'autre lui est immédiatement postérieure. L'accroissement de la somme des billets de banque, en janner cl juillet 1809, après le paiement des dividendes, n'a pas été moindre de 2,450,000 I. ; en janvier suivant il atteignit 1 ,878,000.
Je ne suis nullement porté à soutenir que les émissions d'un jour ou d'un mois puissent réagir sur les changes extérieurs; peut-être faudra t il un espace plus considérable, car de tels effets ne 'peuvent se produire sans le concours d'un intervalle nécessaire. Ceux qui rejettent les principes de la commission n'ont jamais tenu compte de cette observation, ils concluent à rimperfection des principes, par cela seul que leur action n'est pas immédiatement ressentie, ^lais où sont les faits relatifs à la circulation des billels de banque ei^ 1808 et 1809? Il a été fait seulement trois rapports au BuUiou-CommUlee sur leur montant en 1808; comparons-les avec, les rapports de 1809 rela-
KÉPONSK AUX OHSKKVATIONS DK M. BOSANQUIlT. 533
tifs aux mêmes époques, et je ne doute pas que mes lecteurs n'y lisent avec moi, au lieu d'une réfutation, une confirmation des principes de la commission.
Afoutant des billets de banque Montant des billets de banque
en 1808. en 1809.
/" Mai — 17,491,900 liv. st. h' Mai —18,616,880
1" Août — 17,644,670 1^ Août — 19,811,330
l-^^' Novembre — 17,467,170 1" Novembre — 19,949,290
f.e quatrièitie problème établit l' s phénomènes suivants : « Le renchérissement graduel du prix des marchandises : — 1*^ pendant la guerre d'Amérique et au moment où la circulation était en or; T pendant les années de 1803 à 1809, époque pendant laquelle le change fut en notre faveur. > IVlais où donc a-t-il été soutenu que la dépréciation des monnaies est la seule cause qui puisse exf)liquer une hausse dans les prix des marchandises? Le point pour lequel je combats consiste en ce que, si la hausse est suivie d'un renchérissement continu dans le prix du métal qui sert d'étalon monétaire, la circulation se trouve dépréciée d'une (juantité égale. Pendant la guerre d'Amérique, la hausse survenue dans le prix des marchandises n'ayant pas été suivie d'un renchérissement correspondant dans les prix du lingot, n'a pu nécessairement être provoquée par la dégradation du système monétaire.
Ici nous arrivons à douter, pour la première fois, si les principes de la commission, si rigoureusement combattus par M. Bosanquet , sont elfectivement en désaccord avec ses propres convictions. 0 nnous dit maintenant, non pas que la théorie est erronée, mais « qu'on doit établir les faits avant de les prendre pour base du raisonnement, ^t que d'ailleurs l'importance de ces faits ne serait pas même atténuée |)ar une adhésion complète aux doctrines précédentes. >■ Cette déclaration répond- elle aux conclusions de M. Bosanquet? Le Bullion- Cornmiltec établit certains principes qui, s'ils sont exacts, deviennent une preuve irréfragable de la dépréciation des monnaies. « Voî5 principes sont plausibles, dit alors M. Bosanquet, ils semblent sanctionnés par la raison ; mais les faits suivants prouveront combien l'expérieuce les dément. « 11 ajoute d'après Paley : < Quand un théorème est soumis à un mathématicien, itconimence par l'essayer sur un simple cas. Si le résultat est faux, il demeure convaincu qu'il doit y avoir quelque erreur dans la démonstration. Le public doit procéder de cette manière dans l'examen du rapport, et soumettre ses théories à l'épreuAcdu fait. IM. Bosanquet est-il donc
534 ŒUVRAS DIVERSES.
logique, quand il s'écrie ,« que rimpoilanee des déductions offertes au public dans ses précédentes pages ne peut être affaiblie, même par l'adoption radicale des principes énoncés? »
Si l'on admet comme exacte la théorie de la commission, et comme positifs les faits de M. Kosanquet, il faudra en conclure qu'il est d'accord avec le comité, ou que les faits sont complètement inappliquables à la question. Jl est bien une autre conclusion ; mais je n'ai nullement l'intention de l'attribuer à M. Bosanquet. Cette conclusion serait qu'il peut y avoir d'un côté une théorie , de l'autre des faits, tous deux véritables et cependant contradictoires.
Quant à la méthode du docteur Paley , pour prouver la théorie du comité au moyen d'un simple cas, M. Bosanquet aurait pu faire cette expérience en mille circonstances, et il aurait certainement été frappé delà concordance du résultat. S'il avait consacré ses loisirs et son talent à étudier les mille cas avec lesquels cette théorie s'allie, au lieu de quêter péniblement deux ou trois exemples contradictoires et) apparence, pour les adopter avec une aveugle crédulité, il serait probablement arrivé à des déductions plus justes.
M. Bosanquet met en question la vérité de la proposition suivante de M. Huskisson : « Si une partie de la circulation d'un pays est dépréciée, la masse entière de cette circulation, soit papier, soit monnaie, doit l'être également, si toutefois elle possède directement ou virtuellement, mais toujours suivant sa dénomination, le caractère de monnaie légale.
Le fait produit par M. Bosanquet en ces termes : « La dépréciation exceptionnelle des pièces d'argent sous le règne du roi Guillaume , loin d'amener la dégradation de l'or , porta la valeur courante de la guinée de 21 à 30 shillings. » Ce fait, dis-je, ne prouve pas que le principe de M. Huskisson mente à l'expérience, car l'or n'était pas alors la monnaie courante. 11 n'était pas non plus directement ou virlnellement monnaie légale; l'autorité publique n'avait attaché à la guinée aucune valeur déterminée , et elle passait dans tous les paiements comme pièce de métal d'un poids et d'un titre connus. Si une loi avait interdit de l'échanger contre plus de 21 sh. de la circulation dégradée en argent, elle eût subi, sous forme de coin , une dépréciation égale à celle des 21 sh. pour lesquels elle avait cours. Si la loi , considérant l'or comme une marchandise , annulait les prescriptions qui interdisent de le fondre et de l'exporter, lesguinées pourraient passer dans les paiements au taux de 24 ou 25 shillings, tandis que les billets de banque conserveraient leur valeur actuelle.
, Le principe suivant de M. Huskisson, quoique combattu par M. Bo sanquet, ne me semble nullement contraire à rautorité de la science :
< Si la quantité d'or existant dans un pays où l'or alimente seul la circulation, s'accroît en des proportions données, — en supposant d'ailleurs la masse et la demande des autres articles constamment la mème^ — la valeur de toute marchandise, mesurée par le signe monétaire du pays, se trouvera augmentée dans le même rapport. » M. Huskisson n'infirme pas, comme le suppose M. Bosanquet, la vérité du principe dans lequel Adam Smith établit que : « La multiplication des métaux précieux, quand elle est produite dans un pays par le développement de la richesse, n'a aucune tendance à diminuer leur valeur. » Mais il dit que si la quantité des métaux précieux s'accroît isolément dans un pays, sans que sa richesse ou ses marchandises se multiplient, la valeur des coins d'or diminuera, ou, en d'autres termes, le prix des marchandises haussera. M. Bosanquet a admis luimême ces conséquences dans son argumentation relative à la mine. J'ai cependant à présenter une objection contre ce passage du livre de M. Huskisson, car il ajoute que « l'accroissement du prix des marchandises aurait eu lieu dans les circonstances supposées, en l'ab sence même de toute addition faite au numéraire du pays. «Je soutiendrai, comme conclusion irréfutable que, si les marchandises, les demandes du marché, et la monnaie qui sert à leur circulation, n'éprouvent ni augmentation ni diminution, les prix resteront au même taux , quelle que soit d'ailleurs la quantité d'or ou d'argent existant dans ce pays sous forme de lingots \ 11 est à peine nécessaire de dire que le cas est complètement hypothétique et impossible. On ne saurait évidemment faire de larges additions aux lingots d'un pays où la circulation est à sa valeur légale, sans provoquer un accroissement dans la quantité de la monnaie.
J'avoue que je n'ai pas été médiocrement surpris par la proposition subséquente de M. Bosanquet, et certainement la majorité de ses lecteurs aura partagé mon étonnement. Après avoir proclamé dans tout son ouvrage que les billets de banque n'étaient pas dépréciés relativement à l'or ; après avoir soutenu que la même hausse dans les prix de l'or pouvait se manifester, et s'était même déjà manifestée en plusieurs occasions, au moment où notre circulation consistait à la
' il faut bien comprendre que je ne suppose ici dans la confiance des spéculateurs aucune de ces variations qui peuvent diminuer ou accroître la valeur du numéraire
536 ŒUVIiKS DIVERSES.
fois en or et en papier conversibles à la volonté du porteur; après avoir soutenu, enfin, qu'il n'y avait aueun point de contact entre Tor d'exportation et l'or-monnaie, et que de ce défaut de contact était issu le renchérissement de son prix, M. 15osanquet ajoute sérieusement ces paroles : « I; application des théories les plus respectées me porte à croire que, depuis rétablissement complet du nouveau mode de paiements de la Banque d'Angleterre, l'or n'est pas effectivemenl demeuré la mesure de la valeur. Les billets de banque, reprend il, sont incontestablement devenus, dès 1797, la mesure du commerce et la monnaie de compte. Et c'est d'après ces bases que je considère la proposition relative au prix de l'or, proposition qui inspire tant de confiance, comme une de celles dont j'admets le principe, mais dont j'hésite à faire l'application. » Jen'aipasà rechercher si les directeurs de la Banque et tous les autres champions qui ont si vaillam ment soutenu que, tout en admeUanl l'or pour étalon, Vèlévulion de son prix ne prouvait pa.s h discrédit de la circulation ; je n'ai pas à rechercher, dis-je, s'ils seront hautement charmés d'une défense qui confirme précisément ce que le comité lui-même a établi. L'or, ditesvous, n'est plus en réalité l'étalon sur lequel se règle notre circulation? Eh ! mais vous dites vrai, et c'est là l'origine des plaintes adressées par le Commiltee à tous ceux qui ont écrit dans le même sens, contre le système actuel.
Le détenteur de monnaie s'est vu lésé par cela seul qu'il n'existe point de recours légal destiné à garantir sa propriété. Il a déjà subi une perte de 16 p. O/o depuis 1797, et rien ne le protège contre une perte additionnelle et prochaine de 25, 30 et même 50 p. Oo- Qui donc consentira à garder sous de telles conditions de l'argent ou des valeurs dont l'intérêt est desservi en monnaie? Il n'est pas de sacrifice que ne fasse le porteur de ces titres, sous l'empire d'un tel système, pour se créer dans l'avenir une propriété mieux assise. M. Bosanquet a mieux plaidé dans ces quelques lignes la cause de l'abrogation du restriction-bilï, que tous les écrivains et les théoriciens n'ont su le faire depuis l'origine de cette discussion. Mais alors, M. Bosanquet admet-il que nous n'avons plus d'étalon, parce que ce caractère a été enlevé à l'or? Écoutons ses |)ropres paroles :
< Si le signe monétaire est un billet de 1 1. st., on demandera nécessairement quel en est l'étalon. La solution de ce problème présente quelque difficulté. Mais à l'aspect des larges proportions conquises dans la circulation générale par les opérations du gouvernement et du public, il est permis de penser que probablement nous
RÉPONSE AUX ()BSI:KVATI()NS 1)1-: M. HOSANQUKT. 537
y trouverons cet éldlon. Il n'est pas plus difficile d'attribuer la va leur hjiw d'un billet d'une livre st. à J'intérèt de 33 1. 6 sh. 8 d. de rente 3 p. O/o, que d'imaginer que l'étalon réside dans un métal qui manque à notre circulation et. dont l'approvisionnement annuel, même comme marchandise, n'atteint pas la vingtième partie des dépenses du gouvernement à l'étranger pendant une année. "
Nous avons donc un étalon pour un billet de banque d'une livre, et cet étalon est représenté par l'intérêt de 33 1. (> sh. 8 d. de rente 3 p. 0/0. Mais comme c'est la monnaie dans laquelle cet intérêt doit être payé qui servira d'étalon , quelle est donc cette monnaie? Le porteur de 33 1. 6 sh. 8 d. reçoit à la Banque un billet d'une livre. Les billets de la Banque sont donc, suivant la lliéorie d'un homme pralilywe, le seul étalon d'après lequel on puisse évaluer la dépréciation des billets de Banque !
Ainsi, on enlève à un poinçon de rhum 16 p. O/o de son contenu, et on leur substitue une quantité égale d'eau. Quelle est la liqueur avec laquelle M. Bosanquet essaiera de délerminerla fraude? Précisément lui échantillon de rhum frelaté, puisé dans le même tonneau!
On nous dit ensuite : < Si la Banque possède réellement un fonds d'or considérable ou de (> à 7 millions seulement , le meilleur usage qu'elle en puisse faire sera de faire rentrer tous les billets au-dessous de 5 liv. pour n'en plus émettre de cette valeur. ^
Comment les banquiers et les manufacturiers pourront-ils eifectuer leurs petits paiements si, par l'elfet des changes et du prix actuel des lingots, l'or, ainsi versé, doit être aussi erxporté ou fondu. Si la Ban que n'émettait plus de petits billets, elle serait obligée de cesser ses propres paiements, car elle ne pourrait se procurer des guinées avec ses gros hillels. Plus j'ai réllcchi sur ce sujet, et plus je me suis convaincu de cette vérité , que le seul remède sagement applicable aux maux de notre situation est une réduction dans le montant des billets de banque.
Pages.
CHAPITRE !. ■— Observatioins préliminaires. — Exposé sommaire des objections présentées par M. Bosanquet contre la conclusion du comité des lingots 458
— II. — Examen des faits que M. Bosanquet cite comme puisés
dans l'histoire de Tétat du change 461
Section I. — Change avec Hambourg Ib.
— II. — Change avec Paris 470
— m. — Prétendue existence d'une prime sur la monnaie an-
glaise en Amérique. — Change favorable avec la Suède 478
— IV. — Examen d'une décision de la commission des métaux
précieux relative au pair du change 479
CHAPITRE III. — Examen des faits allégués par M. Bosanquet dans sa prétendue nîfutation du principe suivant : une surélévation du prix courant des lingots au-dessus du prix à la .Monnaie est la preuve d'une circulation
dégradée ^82
Section I. — Nier cette conclusion, c'est proclamer Timpossibilité de tondre ou d'exporter toute monnaie anglaise : et, certes, personne ne soutiendra une telle assertion. . ib'
— II. — Conséquences qui résulteraient de l'hypothèse où les
circulations monétaires du globe , l'Angleterre exceptée, seraient diminuées ou accrues de la moitié. 48 6
— III. — La légère hausse du prix de l'or sur le continent est
due seulement à une variation dans le rapport de l'argent à l'or. 489
— IV. — Défaut attribué à la théorie de M. Locke sur la refonte
de 1696. 494