TRINITE PERSANE. TRINITE TAÏTIENNE
IOromase, [ Tanc (le Père) ,
Mythra, ! Oro (le Fils), Arhiman. (Taroa (/ Esprit),
Des recherches plus nombreuses amèneraient sans doute de nouveaux résultats.
(1) Tacite, de Germante.
(2) Gumilla, tome I, Vue des Cordillères; Mac-Carty, Annales des Voyages, îles de la mer du Sud; Journal des Voyages, tome XXVIII.
fut point un fétichisme grossier, mais un monothéisme pur, une sorte de christianisme primitif (1). Enfants d'un Dieu très-bon, et fils d'nn homme pécheur, les premiers humains durent à ce titre emporter avec eux et le souvenir de la révélation divine et celui de la déchéance paternelle. Les membres de la grande famille marqués de ce dou-
(1) Les saint-simoniens ont bien senti le faible de leur système historique : ils se sont efforcés d'éliminer les recherches d< s Orientalistes qui contrariaient leurs vues « Il en est, disent- ils, de ces « fragments historiques comme des lambeaux de terrain, sur les- « quels le géologue peut faire des hypothèses plus ou moins ingé- « nieuses, mais où il ne porte jama s le cachet de la certitude « scientifique... L'histoire de la civilisation européenne n'a pas « seulement l'avantage de présenter une longue suite de termes; « mais encore aucune autre époque historique n'est mieux connue. « Il y a plus : on peut affirmer à l'avance, que si Y interpolation de « la série orientale est complète, elle n'offrira dans son ensemble « que l'un des termes qui nous sont connus. » (Doctrine, première année, p. 54.)
Ainsi c'est sur le développement d'une populalion de deux cents milions. pris pour base, que les fils de Saint-Simon s'apprêtent à établir la loi du genre humain ; et, portant leur prévention daas l'élude de l'histoire entière, tout progrès ne leur apparaît que comme terme de la civilisation européenne. Un esprit consciencieux penserait, ce me semble, que la marche des peuples de l'Europe n'est au contraire qu'un terme du développement total du genre humain; qu'une loi générale doit être établie, non sur une série de faits particuliers, mais sur l'examen de tous les phénomènes auxquels elle se rapporte, et qu'il est téméraire à l'homme de vouloir forcer la nature à rentrer dans les cadres étroits qu'il a tracés. De plus, l'histoire mythologique de l'Europe elle-même dément l'hypothèse de Saint-Simon; filles d'une même souche, toutes les races humaines étaient héritières des mêmes croyances révélées: l'observation l'atteste; l'observation, non point restreinte et tronquée, mais étendue à tous les peuples chez lesquels la science a pu pousser ses investigations.
ble sceau se dispersèrent, et bientôt la différence des temps, des lieux, des situations politiques, vint altérer le fond de l'antique croyance. Chaque religion se revêtit de couleurs locales et de -mensonges poéliques. Le peuple d'Israël resla seul fidèle dépositaire des traditions du genre humain. Moïse et les prophètes apparurent pour garder et entretenir' ce précieux trésor, jusqu'au jour où Dieu, rappelant à lui toutes les nations, leur restituerait leur antique héritage.
Ce jour arriva.
LE CHRISTIANISME
A cette époque, l'empire romain, le colosse de l'antiquilé, commençait a chanceler sur ses pieds d'argile; le vieux paganisme voyait ses dieux méprisés languir sur leurs aulels, et ses fables surannées ne savaient plus trouver le chemin de la persuasion. Le corps social s'ébranlait jusque dans ses fondements : les esclaves avaient déjà senti l'iniquité du joug qui pesait sur eux, et Spartacus avait levé la tête. Le sang des guerres civiles fumait encore dans les champs de Pharsale et sur les rives
du Tibre : le pouvoir entre les mains du plus fort était une arme terrible, qui tuait la liberté, et plaçait le plus faible entre la servitude et la mort.
La philosophie et les sciences, également incapables d'expliquer l'homme et la nature, après avoir parcouru tout le champ des hypothèses, épuisé toutes les rêveries, s'étaient arrêtées pour s'abîmer dans le doute. La poésie et les arts, dégénérés de leur antique grandeur, s'étaient faits courtisans, et ne savaient plus offrir à l'âme ni consolations ni jouissances. Il manquait un point fixe à l'activité de l'homme : découragé en présence de sa propre dégradation, cet être malheureux s'était abaissé plus que jamais vers la terre : il avait cherché à s'endormir dans l'ivresse des voluptés sensuelles pour oublier son opprobre ; il s'était reposé dans l'abrutissement du désespoir.
Mais les voluptés étaient incapables de remplir un cœur créé pour de plus hautes destinées. 11 y avait donc un malaise immense, un vide que rien ne pouvait combler. On attendait de l'Orient des hommes qui devaient conquérir le monde (1) : de tous les points du globe s'élevait comme un soupir universel, pour invoquer le désiré des nations.
C'était l'heure où Jésus-Christ, après avoir an-
(1) Tacite, Suétone. Cicéron.
nonce la bonne nouvelle aux pauvres d'Israël, prêché la loi de paix et d'amour, prouvé sa mission par sa vie, sa mort et ses prodiges, remettait ses pouvoirs à ses disciples, et disait à douze pêcheurs : « Allez et enseignez par toute la terre. » C'était l'heure où le Christianisme, en la personne de Pierre, venait pieds nus, le bâton de pèlerin à la main, prendre possession de Rome, au nom de son Maître crucifié.
Et il lui fut dit comme au prophète : « Soufflez « sur ces ossements, et commandez à la vie. » Il commanda : la vie descendit sur ce vaste champ de mort, et le genre humain se ranima, et le monde fut renouvelé.
Si j'avais à énumérer tous les caractères sacrés de la religion du Christ, toutes les marques de sa mission, longue serait ma tache. Il faudrait d'abord exposer le vaste tableau de l'attente des nations et la nombreuse série des prophètes, qui venaient rappeler l'antique promesse. Puis apparaîtrait Jésus avec ses prodiges, sa vie, sa mort, sa résurrection, et enfin l'excellence de sa doctrine, son influence bienfaisante, ses victoires et ses triomphes. Car telle est la nature du Christianisme, que ses bases sont accessibles à toutes les intelligences, et que parmi ses preuves, les unes, historiques, et pour ainsi dire matérielles, peuvent s'adresser aux
esprits les plus grossiers; les autres, rationnelles et philosophiques, présentent un aliment solide aux âmes les plus élevées, aux pensées les plus hardies.
Mais ce n'est point une démonstration de la divinité du Christianisme que je dois établir : je me bornerai à une appréciation rapide de sa doctrine et de ses bienfaits.
A l'homme dégradé, repu des délices de la chair, tel que nous venons de le contempler, l'Evangile révèle une nouvelle existence : Car l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Et il le réveille de son assoupissement pour lui découvrir toute l'horreur de sa turpitude, il lui tend la main pour le relever : il le fait renaître de l'eau et de l'esprit, et le place ainsi palpitant d'espérance et de joie dans une vaste carrière, dont le seuil est sur la terre, et le terme dans les profondeurs de l'éternité : Soyez parfaits
COMME VOTRE PÈRE CÉLESTE EST PARFAIT. Et qu'on ne
dise point que le précepte est au-dessus des forces de celui qui doit le mettre en pratique. S'il est vrai que l'homme va s'élevant sans cesse sur l'échelle du progrès, le but que la religion lui propose ne devait-il pas être placé si haut, qu'on pût s'en approcher sans cesse, sans jamais le dépasser?
En même temps que le Christianisme dicte cette
loi, il donne l'essor à toutes les puissances intellectuelles et morales. 11 s'adresse d'abord au sentiment religieux pour en faire l'âme de la vie humaine, il le développe en lui donnant une direction sublime. Le polythéisme avec ses dieux multiples et charnels, ses images grossières et licencieuses, ses fables absurdes, avait corrompu le cœur et outragé la raison de ses sectateurs, qui lui rendaient ajuste titre l'indifférence et le mépris. La religion du Christ, au contraire, charme l'imagination par des tableaux tour à tour pleins de magnificence et de grâce, elle réchauffe, elle épure les affections, en leur présentant des objets sacrés ; elle parle à l'intelligence, en lui offrant des idées imposantes, des vérités fécondes, que les écoles philosophiques les plus célèbres n'avaient qu'à peine pressenties. A ce grand système l'unité préside ; non pas l'unité absolue, rêvée par les panthéistes de tous les siècles, mais l'unité créatrice et conservatrice, le Dieu unique et simple, foyer de toutes les existences, principe et fin de toute créature. Vers lui seul doivent converger toutes les pensées, tous les sentiments, toutes les œuvres. Revêtu de loutes les perfections qui font naître l'amour, il fait un précepte d'aimer ; de la charité naissent la foi et l'espérance, car on croit et on espère en celui qu'on aime. Glorieuse triade de vertus ! sur leurs ailes, l'homme
s'élance vers son Père céleste, qui le comble à son tour de consolations et de lumières, qui lui promet pour prix de ses combats et de ses peines une vie immortelle, délicieuse. Oh! que ne puis-je montrer ici toutes les profondeurs de cette doctrine céleste ? que ne m'est-il permis de dévoiler à tous les regards la beauté, la grandeur de ses dogmes, la douceur et la majesté de ses enseignements? Mais puisque des limites étroites me resserrent, qu'il me suffise d'observer qu'en s'environnant d'un culte et de mystères, le Christianisme fait preuve d'une vaste connaissance des besoins de l'humanité. Car telle est la grandeur de l'homme, que rien de fini ne saurait le satisfaire, il se dégoûte bientôt de ce qu'il possède et de ce qu'il comprend. Il lui faut un horizon sans bornes, des abîmes qu'il ne puisse sonder : il lui faut des mystères. Et cependant telle est sa faiblesse, que Pâme, incapable de s'alimenter continuellement d'idées pures, est obligée, pour soutenir son attention, d'emprunter le secours des sens : ce qu'elle pense, ce qu'elle éprouve s'exprime par des signes; les pensées, les émotions religieuses ont aussi leur expression nécessaire, inévitable : cette expression, c'est le culte. Ainsi une religion sans culte et sans mystères méconnaîtrait les exigences de la nature humaine, elle serait à la fois trop élevée pour l'ignorant,
puisqu'elle ne parlerait pas à ses sens ; trop basse pour le savant, puisque, s'expliquant tout entière à son esprit, elle ne saurait pas apaiser ce besoin de l'infini qui le presse de toutes parts.
Comme la religion de l'Evangile se résume dans l'amour de Dieu, de même sa morale est renfermée tout entière dans l'amour des hommes, et proclame en quelques paroles tous les principes organisateurs de la société, « Qu'il est doux, « qu'il est heureux de vivre ensemble comme des « frères (1) ! Tu aimeras ton prochain comme « toi-même. Ne fais pas à autrui ce que tu ne « voudrais pas qu'il te fût fait (2). » A ces mots de ralliement, les membres de la grande famille se tendent la main, l'édifice social s'élève, le pouvoir y préside, le Chrclianisme lui prescrit ses devoirs. Soyez justes, ô vous qui jugez la terre (3) ! En même temps il revêt le chef d'une autorité sacrée, il le présente au peuple au nom de celui de qui toute paternité procède (4). Aux puissances établies respect (5), et les chrétiens rendent à César ce qui est à César, prient et combattent pour ceux qui les persécutent, et la
(1) Psaumes.
(2) Évangile.
(3) Ecclésiaste.
(4) Épître de saint Pierre.
(5) Épître de saint Paul,
légion thébéenne se laisse massacrer par les satellites de Maximien, plutôt que de tourner ses armes contre son souverain légal : une auréole de vénération entoure la tête des rois; représentants de la Divinité, leur personne est inviolable et sacrée. A tous liberté, et Jésus prêche la fraternité de tous les fils d'Adam, les justices de Dieu, qui, sans égard 'pour les personnes , rend à chacun selon ses œuvres, l'abaissement des riches, l'élévation des pauvres; et saint Paul annonce la liberté des enfants de Dieu, non cette licence effrénée qui ouvre la barrière à tous les crimes; mais cette noble indépendance de l'âme, lorsque, affranchie du joug de la chair, elle ne craint plus ceux qui peuvent donner la mort au corps, et se meut librement vers le bien. Fais ce que dois, disaient nos catholiques ancêtres, advienne que pourra. — A la voix de l'Evangile, les chaînes de l'esclavage tombent, le despotisme croule de toutes parts, Théodose prend le sac et la cendre, pour expier le massacre de ses sujets rebelles ; Clovis est baptisé avec tout son peuple; les princes communient à côté du dernier de leurs vassaux, les mêmes tombeaux reçoivent les grands et les petits, la même croix veille sur leur cendre. Charité, amour entre les hommes, et ce précepte fait des marlyrs, ce précepte fait les Vincent de Paul,
ouvre la main du riche, remplit celle du pauvre, élève les hospices, attache la piété vigilante^ au lit de la douleur, donne un denier à la veuve, un asile à l'orphelin, un refuge au coupable repentant, détruit les haines, met le prêtre entre les deux ennemis qui brûlent de se déchirer, crée le droit des gens, et place le souverain Pontife comme médiateur entre les princes chrétiens, alors que la discorde a armé leurs bras (1). Au sein des familles, la loi de paix et d'amour répand les mêmes bienfaits ; elle bénit l'union conjugale, elle entoure le père de la tendresse et du respect de ses fils, elle parle au jeune enfant par la bouche de sa mère, elle éteint les premières étincelles de la jalousie, elle fait asseoir au foyer domestique le calme et le bonheur. La vie du chrétien est une fête continuelle. Ecoutez avec quelle onction, avec quelle grâce la sagesse divine se plaît à tracer ce riant tableau : « Réjouis-loi, mon « fils, avec l'épouse de ta jeunesse, comme le faon « avec la biche qu'il a choisie ; que ton épouse soit « pareille à la vigne abondante qui suspend ses « grappes aux murs de ta maison ; que tes fils c< se multiplient autour de ta table, ainsi que les ce rejetons de l'olivier. Les enfants sont la cou-
ll) Guizot, Leçons dlmtoire.
3i0 MELANGES.
« ronne de leurs pères, et les pères font la gloire « de leurs fils. Que ton père se réjouisse, et que « celle qui t'a engendré tressaille d'allégresse. « Les frères qui se prêtent secours sont comme une « cité fortifiée (1). » Que si après cela on reproche au Christianisme de n'avoir pas assez fait pour l'ordre social, de n'avoir pas donné une forme précise au gouvernement des peuples, qu'on sache que la religion catholique doit comme telle s'étendre à tous les temps et à tous les lieux ; car la vérité religieuse ne change point, tandis que le sort des empires, toujours imparfaits, est de se renouveler sans cesse selon les circonstances ; et les formes de gouvernement varient et se succèdent d'après les besoins des peuples. Seuls, au milieu de ces révolutions et de ces ruines, les grands principes moraux que l'Evangile a promulgués demeurent inébranlables, destinés à servir de base à tout édifice politique (2).
(1) Proverbes, Psaumes.
(2) C'est répéter conlre le Christianisme une accusation banale, vide de sens, que de lui reprocher une prétendue prédilection pour le despotisme et la tyrannie. Qu'ils sachent, ceux qui parlent ainsi, sous l'inspiration de l'ignorance et du préjugé, que les règles de l'Index, dictées par le saint concile de Trente, frappent les doctrines machiavéliques d'une sévère réprobation.
« Hem. Quae ex gentilium placitis, moribus, exemplis tyranni- « cain politicam fovent; et, quam rationem status falso appellant, « inducunt, deleantur. » (Index. Regulœ de correctione, § 2.)
S'il est un certain nombre de fidèles chrétiens dont les opinions
Portons plus loin nos regards, voyons s'il est vrai que le Christianisme ait couvert les sciences d'humiliation et de mépris. Ouvrons les Livres qui servent de règle à la croyance : ils nous apprendront que Moïse, l'élu de Dieu, fut instruit dans toutes les connaissances des Egyptiens (1); que Salomon, le favori du Seigneur, le plus sage des rois, était aussi le plus savant des hommes. « Venez à moi, dit la Sagesse, et je vous ensei- « gnerai. La science est plus précieuse que l'or, c< et ses paroles sont plus douces que le miel : ses « chemins sont beaux, et ses sentiers pacifiques. « Elle est pareille à un arbre de vie : heureux « celui qui peut en goûter les fruits î Dites à la « Sagesse : Tu es ma sœur, et que la science soit « votre amie (2). » Jésus est monté au temple : à peine adolescent il étonne par ses réponses les docteurs delà loi. Bientôt il prêchera aux pauvres, en paraboles simples et naïves, des vérités inaccessibles aux plus grands génies de la Grèce ; il philosophera avec Nicodème, le plus éclairé des Juifs; il appellera à lui Paul le sage, avec Pierre le pêcheur. Déjà les apôtres ont reçu d'en haut les
particulières penchent vers le despotisme, ils se trouvent, sans le savoir, en contradiction avec les principes de leur doctrine, et c'est injustice que d'imputer à la religion des erreurs qu'elle désavoue.
(1) Exode.
(2) Proverbes.
dons de la science et des langues, ils annoncent la parole devant les rois et jusqu'au sein de l'Aréopage; et les premiers Pères de l'Eglise sont des philosophes d'Athènes et d'Alexandrie. Saint Clément, saint Justin le martyr, Athénagore, disciples de Platon, viennent se rendre à la religion du Christ. Saint Irénée fonde à Lyon des écoles en même temps que des autels. Origène, Tertullien, saint Jérôme, font retentir au loin l'éloquence de leur voix, et dévoilent aux regards surpris toute la profondeur de la doctrine qu'ils confessent. Basile et Grégoire, sortis des écoles athéniennes, étonnent le monde par leur science et leur vertu : partout où le Christianisme surgit, il s'entoure de lumières (1). Mais voici venir les fiers enfants du
(1) Ne serait-ce pas ici l'occasion de citer les pensées profondes, les encourageantes maximes des saints Pères sur l'utilité, la beauté, l'excellence des sciences et des arts? Mais ce stul sujet demanderait des volumes : il nous suffira maintenant d'en présenter quelquesunes.
« La philosophie, dit snint Clément d'Alexandrie, conduit à la « vraie sagesse. L'emp'oi des démonstrations donne une convic- « tion entière des vérités qu'elles établissent; la philosophie avec « leur secours pénètre la vérilé et la nature des choses exis- « tantes... Repousser V étude des sciences profanes, c'est con- « damner l homme à descendre au rang des brutes. » (Stromates, livre IV, p. 282 et suivantes; livre VI, p. 055 et suivantes.)
« Les sceptiques, selon saint Jean Damascène, se contredisent eux- « mêmes, quand ils refusent à la philosophie le droit de conn;iître « les choses. Il n'y a rien de plus excellent que la connaissance; « elle est la lumière de l'Ame raisonnable. Cherchons, explorons
Nord. Une force invincible les arrache des forêts de la Germanie et des rivages redoutés de la Bal-
« par des investigations persévérantes, consultons mçme les livres « des sages païens, nous y puiserons des vérités utiles, en les dé- « gageant des erreurs qui peuvent s'y trouver jointes. » (Capita philosophica, cap. i, 3, p. 9.)
Cette doctrine était aussi celle de saint Basile, lorsqu'il adressait aux jeunes disciples de la religion et de la science ces mémorables paroles: « Il faut s'entretenir avec les poètes, les historiens, les « rhéteurs, tous les hommes enfin, lorsqu'il en doit résulter « que'que secours pour l'éducation. » Et plus loin : « J'ai suftisam- « ment démonlré que ces enseignements étrangers ne sont point a in. tilesau bien des âmes. »
Kal 7î0ir,Taï;, xat Xo'y&'ir&i&ï?, y.cn.1 p'/iropai, kcÙ irocatv àvâpiô-iroiç ôu.i~ 7rXyiT£ov è'ôcv y.s/.Xïi irpè; tyiv tyî; ^u>,vi; èmp.eXeîav oxpéXeiaTi; saeaôai. On piv oùx axpr.orov tyr/jùç p.aôrijxaTa xà eSjwôev Sv\ Taîha wavwç etpurrai. (Delegendis Gentilium libris.)
« La science, disait saint Augustin, ne peut jamais être mau- « vaise, puisqu'elle est la conquête de l'intelligence et de la rai- « son. » Scientia mala nunquam esse potest, quia ratione et intelliaentia paratur. (S. Augustinus, de Quantitate animœ, cap. vu.)
Écoutez saint Jérôme : « Ceux qui ont employé leur jeunesse à « l'étude des beaux-arts recueilleront dans un âge avancé les fruits « les plus doux de leurs travaux. » Senectus eorum qui adolescentiam suam honestis artibus instruxerunt, œtaie fit doctior, usu tritior ,processu temporis sapientior, et veterum studiorum fructus duîcissimos metit. (S. Hieronyinus, Epist. ad Nepotian.)
Ce angage est aussi celui des Justin, des Origène, des Grégoire, des docteurs du moyen âge, des grands hommes dont l'Église se glorifie à une époque plus moierne. Que penser donc de ceux qui accusent le catholicisme de prêcher le mépris des lumières? Que penser d'eux, sinon qu'ils blasphèment une doctrine qu'ils ne connaissent pas, qu'ils ne veulent pas connaître? Il leur serait si facile de parcourir les éciits des saints Pères!... Mais non, ils y liraient la condamnation de leur système : ils détournent donc les yeux pour ne pas voir le soleil qui dessillerait leurs paupières et dissiperait leurs rêves; car leurs rêves leur sont plus chers que la lumière du jour.
Si c'est le nom de profane donné à la science par la religion ;
54 i MÉLANGES.
tique, et les pousse vers le Capitule. A peu près comme ces avalanches orageuses qui se précipitent du haut des monts, entraînant avec elles tout ce qu'elles rencontrent sur leur passage, les barbares s'élancent vers Rome la superbe, entraînant avec eux les débris de la civilisation latine : leurs chefs farouches viennent s'asseoir triomphants sur les sépulcres des Césars. Oh! qui arrêtera leur course impétueuse? Qui pourra mettre à l'abri de ce choc terrible tous les monuments de l'esprit humain, élevés à grands frais par quinze siècles de travaux, et qu'un seul jour peut-être va détruire? Oui osera dompter ces cœurs féroces, se placer entre le vainqueur et le vaincu, et imposer aux conquérants les lumières des peuples subjugués? Ces prodiges seront l'œuvre du Christianisme. Voyezvous ces pontifes qui arrêtent aux portes de leurs cités Attila le fléau de Dieu ? Bientôt ils feront plus : des assemblées d'évêques rédigent les conslitutions des empires, les lois des Bourguignons, les décrets du concile de Tolède (1). Des
si c'est ce mot qui les effraye, qu'ils se rassurent et daignent jeter les yeux sur le livre élémentaire dont ils ont peut-être perdu la souvenance : le Jardin des Racines grecques. Ils y apprendront que le mot de profane (rpocpavr,;) signifie clair, évident, caractère essentiel de toute science, tandis que le sceau de la religion est le mystère, 1 incompréhensibililé, attribut nécessaire de ce qui est infini.
(1) Guizot, Leçons d histoire.
prêtres et des abbés entreprennent la restauration des lettres au temps de Charlemagne : duranj, les siècles belliqueux du moyen âge, tandis que les preux ne savaient pas signer, attendu qu'ils étaient gentilshommes, les sciences et les arts restaient comme un dépôt précieux entre les mains des fils du monastère : les disciples de saint Benoît consacraient leurs veilles à multiplier les copies d'Horace et de Virgile ; des prêtres fondaient la Sorbonne et TUniversilé. Enfin, quand l'aurore des belles-lettres reparut, quels furent leurs premiers disciples? Bessarion, Baronius, Bellarmin, qui étaient-ils? Et lorsque le concile de Trente se rassembla, n'y vit-on pas, de l'aveu de Ginguené lui-même, toutes les grandes lumières de l'époque? La sainte Eglise romaine se réjouissait de ce réveil de l'esprit humain, comme la mère qui se réjouit en voyant se développer l'intelligence de son jeune enfant. Le clergé s'empressait de favoriser le progrès des lumières, et marchait lui-même à leur tête. Du fond d'un cloître, le moine Roger Bacon donnait l'essor aux sciences naturelles : Copernic, le chanoine de Frauenburg, concevait le système du monde; Christophe Colomb découvrait une moitié de la terre ; Keppler et Pascal élevaient à un haut degré de perfection les mathématiques et l'astro-
nomic; Gassendi, qu'on appelait le bon prêtre, Descartes, qui allait à Lorette implorer pour ses travaux la protection du ciel, Leibnitz, dont la vie fut consacrée à la réunion des communions catholique et protestante, ressuscitaient la philosophie et fondaient des écoles célèbres dont les écoles de nos jours se glorifient encore d'être les héritières. Huet, Kircher, Bossuet, Yico, retiraient l'antiquité de ses ruines. Redirai-je les missionnaires portant avec eux les sciences chrétiennes jusqu'aux plages lointaines de la Chine et du Japon, les vastes collections des bénédictins de Saint-Maur, des oratoriens et des jésuites? Nommerais-je Malebranche, l'émule de Platon, Bourdaloue, Fénelon, Fleury, la gloire du sacerdoce français; les Lamoignon et les d'Aguesseau, chez qui la vertu semblait héréditaire comme la sagesse; Malpighi, Baglivi, Euler, Laplace et Lavoisier, qui portèrent les connaissances physiques à un haut degré de perfection : et cet illustre Benoît XiV, dont les louanges retentirent jusqu'à la cour des Czars, jusqu'à la Porte Ottomane? Dirais-je l'ingénieuse sollicitude de ces prêtres vénérables, dont les soins rendirent la vie morale aux êtres malheureux, qui semblaient séparés pour jamais de la société des hommes : car l'éducation des sourds-muets est
encore une de ces célestes révélations du Christianisme? Compterai-je enfin ces innombrables établissements fondés par la piété catholique, où de saintes femmes, de zélés religieux, consacrent à l'enseignement primaire et à l'instruction du pauvre une vie obscure, mais pleine d'œuvres ?
A côté des sciences apparaissent les arts : enfants de l'inspiration, le Christianisme leur sourit; il leur donne un élan sublime, il leur prête des ailes comme à la colombe, pour s'élever vers Celui qui souffle où il veut, qui distribue à son gré l'enthousiasme (1) et le génie. Ecoulez ces voix harmonieuses : c'est Moïse entonnant l'hymne au Dieu libérateur; ce sont Judith et Débora, bénissant le Dieu qui frappa l'étranger par la main d'une femme; c'est David qui célèbre les grandeurs du trois fois Saint : « Louez le Seierheur, anges du « ciel, et vous aussi, enfants des hommes, louez le « Seigneur sur la lyre et la cithare; frappez les « cymbales retentissantes, embouchez la trompette, « faites frémir les cordes du psaltérion, pour chance ter un cantique à Jéhovah (2). » C'est Salomon qui convie tous les arts à orner le temple et les cé-
(1) Ce mot, dont on a trop abusé, est pris dans son énergie primitive : l'Enthousiasme, èvôcjciaG^o? , est cette action mystérieuse de Dieu sur l'àme, qui l'exalte, l'illumine, qui la remplit de sa divinité.
(2) Psaumes.
5i8 MÉLANGES.
rémonies du culte ; ce sont les prophètes dont les pensées ardentes se débordent comme un torrent de flammes ; c'est l'Ecriture entière qui n'est ellemême qu'un long poëme plein de grâce et de majesté, où l'Esprit-Saint tour à tour soupire avec Ruth et Tobie, gémit avec Job et Jérémie, tonne avec Isaïe et Ezéchiel. À des époques plus modernes, le feu sacré des arts s'entretient à l'ombre de la croix, tandis que l'ignorance couvre l'Europe. L'architecture gothique s'élève avec ses mille arceaux, ses mystérieuses rosaces, ses innombrables aiguilles élancées au ciel , comme autant de désirs et de prières. Sous leurs voûtes résonnent les chants religieux : aux accents solennels des orgues, le le Deum et le Dies irx montent dans les airs, l'un comme l'hymne magnifique de la reconnaissance, l'autre comme un cri de mort mêlé d'espérance et de terreurs. Là des artistes inconnus sculptaient ces tombeaux superbes de nobles seigneurs et de preux chevaliers que nous admirons encore. Puis le siècle de Léon X se leva radieux de gloire et de génie. Le catholicisme, qui avait rempli de grandes pensées Pétrarque et Dante, inspira le Tasse, Michel-Ange et Raphaël. D'une main il éleva la basilique de Saint-Pierre, de l'autre il traça le Jugement dernier de la chapelle Sixtine. Sur les pas des grands maîtres vola une foule nombreuse : Léonard de
Vinci, Rubens et le Poussin se plurent à reproduire sur la toile les mystères du Christ et les triomphes des saints. Le Puget et Canova consacrèrent leur ciseau au culte de cette religion vénérable, dont la foi remplissait leur cœur, et dont les préceptes réglaient leur vie. Ghérubini et Mozart firent entendre des mélodies sacrées , pareilles à des accords angéliques échappés aux concerts du ciel. Enfin c'est Rome, c'est toujours Rome qui est dépositaire des traditions des beaux-arts; c'est à ce foyer de pensées catholiques que de jeunes hommes vont chercher tous les jours des idées puissantes, de majestueuses images ; et, s'ils s'arrêtent encore quelquefois aux classiques tombeaux des Césars, c'est surtout sous les portiques du Vatican, et aux pompes pontificales, ou bien au sépulcre des apôtres et dans les catacombes des martyrs, qu'ils vont attendre l'inspiration.
On a assuré que l'Évangile jette l'anathème sur l'industrie, et prêche l'oisiveté de la vie contemplative; et cependant, aux jours de l'innocence et du bonheur, les Livres saints nous montrent le premier père cultivant de ses mains les jardins délicieux d'Éden ; et plus tard il lui dit : Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. Les patriarches apparaissent livres à la vie pasloi aie : Moïse ordonne le partage des terres entre les fils d'Israël, et
commande les travaux de l'agriculture. Oublierons-nous les éloges donnés par la Sagesse à l'homme laborieux, le blâme déversé sur le lâche, les louanges de la femme forte? « Elle s'est levée « avant le jour, elle a distribué la tâche à ses ser- « vantes, ses mains ont filé la laine et le lin, elle a « vendu au Cananéen le fruit de son travail : elle ce n'a point mangé son pain dans l'oisiveté : ses « œuvres font sa gloire (1). » Oublierons-nous que Jésus-Christ et ses apôtres travaillaient de leurs mains, et que saint Paul le recommande à son disciple? Déchirerons-nous ces pages attendrissantes de l'Evangile, où toutes les comparaisons sont tirées de l'agriculture et des ouvrages des champs, et la parabole du serviteur inutile? Ignorons-nous qu'aux époques de barbarie le défrichement et la culture des terres furent dus aux communautés religieuses; que partout où les missions catholiques ont pénétré, elles ont porlé la charrue en même temps que la croix, et enseigné l'art de féconder la terre avec celui de gagner le ciel? Entin n'est-il pas au milieu de nous des maisons consacrées au repentir et à la pénitence, où la religion recueille des malheureux pour les occuper à des œuvres utiles? Les couvents de trappistes et les établissements de re-
(1) Proverbes.
fuge ne sont-ils pas des lieux de travail et d'industrie? et le Christianisme ne flétrit-il pas l'oisiveté en l'appelant la mère des vices?
Que des voix ne s'élèvent donc plus pour dire que la religion catholique a perdu l'intelligence des besoins de l'humanité : ces besoins lui sont connus, elle sait venir au-devant d'eux pour les satisfaire; elle chérit les sciences, les arts et l'industrie; bien plus, elle les sanctifie en les faisant tendre au Créateur; elle apporte du ciel le feu sacré de l'amour pour les vivifier. Elle n'a de mépris que pour le vice, et d'anathème que pour le crime.
Chargée d'entretenir dans les cœurs, comme sur autant d'autels, les flammes divines de la foi, de l'espérance et de la charité, l'Église, mère commune de la grande famille, préside à son développement, l'unit dans une communauté de croyances et de promesses, la guide vers un même but.