‹ Œuvres complètes de A. F. Ozanam (volume 3)Chapitre 40 sur 51 · Des différentes sortes de lois. — Quœst · texte numérisé non relu

Des différentes sortes de lois. — Quœst

On traitera successivement : — 1 . De la loi éternelle ; — 2. De la loi naturelle ; — 3. Des lois humaines.

1. La loi, ainsi qu'on Ta prouvé ci-dessus, est l'expression de la raison pratique dans la pensée du souverain qui gouverne une société complète. Or, en supposant que le monde est régi par les conseils de la Providence, proposition dont la vérité a d'ailleurs été suffisamment établie, il est évident que la raison divine gouverne la grande société de l'univers. Par conséquent l'économie du gouvernement des choses, telle qu'elle existe en Dieu, souverain de l'univers, a vraiment le caractère d'une loi. Et, comme les conceptions de la raison divine ne sont point subordonnées à la succession des temps, mais qu'elles jouissent d'une immuable éternité, selon ce qui est écrit au livre des Proverbes, il s'ensuit que cette Loi doit se dire Éternelle.

2. Si la loi est règle et mesure, elle peut être considérée du côté de celui qui l'impose et du côté

profonds usités dans la langue de l'école pour désigner la loi, et qui en expriment admirablement le double caractère intellectuel et moral. Nous avons conservé le second dans notre français Ordonnance; le premier s'est conservé dans l'italien Ragione.

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de celui qui la subit ; car on ne saurait être réglé ni mesuré sans tenir en quelque chose de la mesure et de la règle. Si donc tout ce qui est soumis à la Providence divine est réglé et mesuré par la loi éternelle, il est évident que tous les êtres tiennent en quelque manière de cette suprême loi ; c'est-àdire qu'ils reçoivent de son application une impulsion naturelle vers les actes qui leur sont propres, vers les fins qui leur sont assignées. Mais, entre toutes les créatures, la créature raisonnable est soumise d'une façon plus excellente à la Providence, en tant qu'elle coopère à l'œuvre providentielle, en prévoyant pour soi-même et pour les autres. Elle est donc admise à une participation plus abondante de la raison éternelle, qui lui imprime une tendance continue vers sa véritable destinée ; or cette participation de la créature raisonnable à la loi éternelle se nomme Loi Naturelle.

3. On a déjà plusieurs fois répété que la loi est l'expression de la raison pratique: or la raison pratique et la raison spéculative suivent à peu près la même marche dans leurs développements. L'une et l'autre vont descendant toujours des principes aux conclusions. Comme donc la raison spéculative a des principes indémontrables naturellement connus, et qu'elle en tire les conclusions des sciences diverses dont la connaissance n'est point donnée par la na-

ture, mais laborieusement acquise par l'étude; ainsi les préceptes de la loi naturelle sont autant de principes généraux, évidents par eux-mêmes, d'où la raison pratique doit foire sortir les dispositions particulières. Et ces dispositions, étant l'ouvrage de l'esprit humain, s'appelleront Lois humaines, pourvu qu'elles réunissent les caractères dont l'ensemble constitue la loi. C'est pourquoi Cicéron, au livre de la Rhétorique, professe que le droit eut ses origines dans la nature; que plus tard, certaines observances déterminées par la raison s'introduisirent dans la coutume, et qu'enfin les institutions fondées sur la nature, éprouvées par la coutume, furent sanctionnées par la terreur des lois et consacrées parla religion.

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