‹ Œuvres complètes de A. F. Ozanam (volume 4)Chapitre 24 sur 49 · XLV · texte numérisé non relu

XLV

A M. DUFIEUX.

Ferney, 19 octobre 1849.

Mon cher ami,

Vous êtes bien aimable de renouveler à Ferney vos bonnes visites de Lyon. Sans doute je ne suis point le plus malheureux des hommes : je vis dans un beau pays, au milieu d'une excellente famille qui me soigne, me choie, me distrait de toutes façons. Cependant je ne puis songer sans mauvaise humeur que je respire à l'ombre des arbres de Voltaire, à deux pas de la cité de Calvin. Vous voyez donc que vos lettres sont les bienvenues pour

me rappeler que je ne suis point tout à fait retranché de la communion des saints. Ajoutez-y vos prières, et je sortirai sain et sauf de cette terre de réprobation. Déjà je vais mieux de ma personne ; surtout j'ai la joie de voir ma femme, mon enfant, ma belle-mère en bonne santé ; j'espère donc pouvoir acheminer bientôt ma petite caravane vers Paris, qui malheureusement n'est pas tout à fait la terre promise depuis que la guerre et la peste y font leur séjour.

Vous me proposez une question politique où je n'aurai garde de m'engager pour le moment, la Faculté de médecine ayant décidé que jusqu'à nouvel ordre la politique n'est pas de mon régime. En présence de ces admirables montagnes qui bornent notre horizon, les querelles des hommes me paraissent bien petites, et je ne puis concevoir qu'ils soient si pressés de se déchirer au lieu de jouir des œuvres de Dieu. Quant aux affaires de notre bien-aimé pays, vous savez que, si je m'en occupe, elles me tourmentent au point de troubler mon sommeil, et cependant je brûle d'être remis au courant : car je sortirai de Ferney comme je reviendrais de Chine, sans rien savoir ni de la France ni de l'Europe. Nous y reviendrons ensemble, et tout à l'aise, et sans être harcelés par le courrier, si je puis passer par Lyon comme j'en

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aurais le vif désir. Gomment, en effet, ne serais-je pas heureux de revoir encore une fois ceux qui m'ont fait un si fraternel accueil ! En attendant, faites-leur toutes mes amitiés; à vous le tendre attachement de votre ami qui voudrait vous voir un moment déchargé de cette couronne d'épines si méritoire, mais si lourde.

XLY11 A M. DUFIEUX.

Paris, 6 décembre 1849

Mon cher ami,

Yoici bien longtemps que je veux et ne puis vous écrire. Je suis écrasé d'examens de Baccalauréat, de Science, de Doctorat. Il est déjà bien long de passer des journées à questionner et à recevoir les réponses. Mais il l'est encore plus de recevoir les candidats, leurs pères et mères, qui viennent demander des conseils et de la bienveillance; les fils

qu'on m'amène pour qu'ils s'accoutument à ma figure, et ceux qui reviennent ensuite pour savoir les causes de leur échec et les moyens de les réparer, sans compter les parents qui se fâchent, qui défendent pied à pied chaquecontre-sens de la version, qui jettent les hauts cris contre l'injustice et la dureté des examinateurs. Quand je reste des mois sans vous répondre, ne croyez donc pas que je vous oublie.

Vous me consoleriez un peu en m'apprenant bientôt la conclusion de l'arrangement dont vous m'avez fait confidence. Qui sait si Dieu ne veut pas vous faire rentrer de force dans une vocation qu'il vous avait donnée? Il est vrai que le journalisme a bien ses épines !Ne croyez pas ceux qui vous disent que j'y rentre, trop heureux de ce que le temps présent n'a rien d'assez pressant pour me faire quitter mes barbares et mes Pères de l'Eglise. La vérité est seulement que Mgr l'archevêque prête son patronage à un nouveau journal, le Moniteur religieux, que M. l'abbé Gerbet dirigera et pour lequel on me demande de loin en loin quelques articles. Du reste je regrette de ne pouvoir faire plus pour cette œuvre, si utile quand elle ne servirait qu'à décharger la responsabilité que font tomber sur eux V 'Univers et VAmi de la Religion. Mon cher ami, à l'exception de l'archevêque et d'une poignée

d'hommes autour de lui, on ne voit plus que gens qui rêvent l'alliance du trône et de l'autel; personne ne se souvient de l'effroyable irréligion où ces belles doctrines nous avaient menés, et il n'y avoltairien affligé de quelques mille livres de rente qui ne veuille envoyer tout le monde à la messe à la condition de n'y mettre pas les pieds. Cependant je vois se ralentir ce beau mouvement de retour et de conversion qui avait fait la joie de ma jeunesse, et l'espoir de mon âge mûr, et je me demande si, quand nos cheveux auront blanchi, nous pourrons encore les courber devant les autels sans entendre autour de nous ces huées qui, il y a vingt ans, poursuivaient les fidèles jusque dans l'église. Veillons et prions.

XLYIII A M. DUFIEUX.

Paris, 5 juin 1850.

Mon cher ami.

Ne croyez pas que je m'accoutume à me passer des amis de Lyon, des vieux amis, des vrais amis. Riefi ne les remplace, pas même les bonnes et affectueuses liaisons que j'ai pu former ici depuis dix ans. Non, rien ne vaut pour moi une heure passée avec vous sous ces belles allées du Luxembourg qui sont à ma porte. Là, nous aurions parlé de tout ce qui nous intéresse, et d'abord de vous et de madame Dufieux, de vos santés, de vos enfants, de vos peines, de vos espérances. Nous aurions passé en revue tous ceux que nous aimons ensemble. Enfin, après avoir épuisé des sujets si doux, nous aurions pourvu au gouvernement du monde, démontré sans effort comment la chose publique est mal administrée, et comme quoi tout irait mieux si l'on voulait prendre nos conseils. La vérité est que je m'inquiète fort de la voie où l'on nous jette, et qui a

conduit les hommes de la Restauration aux abîmes. Si vous saviez les illusions, si vous entendiez le langage de quelques-uns ! Et je ne dis pas des vieux qui au contraire sont les plus expérimentés et les plus traitables. Mais je dis des jeunes, des hommes d'État, de vingt-cinq à trente ans, de ceux qui dans leur ferveur ne veulent plus de transaction avec l'esprit du siècle, plus de constitution, plus de représentation nationale, plus de presse! Le pire est que la religion soit compromise par ces insensés, par des hommes qui se font honneur de la défendre à la tribune, et qui remplissent du récit de leurs aventures les coulisses de l'Opéra.

L'Univers travaille de son mieux à l'impopularité de l'Eglise, en cherchant querelle à ce qu'elle a de populaire, en attaquant, par exemple, le Père Lacordaire pour réhabiliter l'inquisition. Ne trouvez-vous pas le moment bien choisi î II y a deux écoles qui ont voulu servir Dieu par la plume. L'une prétend mettre à sa tête M. de Maistre, qu'elle exagère et qu'elle dénature. Elle va cherchant les paradoxes les plus hardis, les thèses les plus contestables, pourvu qu'elles irritent l'esprit moderne. Elle présente la vérité aux hommes, non par le côté qui les attire, mais par celui qui les repousse. Elle ne se propose pas de ramener les incroyants, mais d'ameuter les passions des croyants. L'autre école était

celle de Chateaubriand , de Ballanche ; elle est encore celle du Père Lacordaire, de l'abbé Gerbet; elle a pour but de chercher dans le cœur humain toutes les cordes secrètes qui le peuvent rattacher au christianisme, de réveiller en lui l'amour du vrai, du bien et du beau, et de lui montrer ensuite dans la foi révélée l'idéal de ces trois choses auxquelles tonte âme aspire; de ramener enfin les esprits égarés, et de grossir le nombre des chrétiens. J'avoue que j'aime mieux être de ce parti, et je n'oublierai jamais cette parole de saint François de Sales : « Qu'on prend plus de mouches avec une cuillerée de miel qu'avec une tonne de vinaigre, s

Mais voilà une bien longue dissertation dont vous n'aviez pas besoin, car ce point est de ceux où nous avons toujours été d'accord. Je me souviendrai toujours des sentiments de charité que vous m'inspiriez dans un temps où, sans le savoir, vous exerciez une grande influence sur moi, et où vous me faisiez beaucoup de bien. Cher ami, je vous dois plus que je ne puis dire, mais croyez bien que j'en garde une reconnaissance infinie. Que j'ai de douceur à m'entretenir avec vous, et que je serai heureux quand vous me donnerez de bonnes nouvelles de vous et de tous les vôtres ! En attendant, je sais que de vos souffrances aucune n'est perdue, puisque vous savez en faire la couronne de l'autre vie. Yoici

en quoi je devrais bien vous imiter, car je ne sais pas encore souffrir : priez pour moi.

A M. DUFIEUX.

Paris, 14 juillet 1850.

Mon cher ami,

Assurément non, je ne vous en veux point de votre franchise. Je vous remercie même de cette confiance sans laquelle il n'y a pas d'amitié. Mais laissez-moi me plaindre un peu des excès de votre imagination. Jamais je ne vous ai donné lieu de concevoir de moi cette ambitieuse espérance dont vous parlez : jamais je n'aspirai à remplacer les grands hommes dont vous déplorez la chute : je me connais depuis longtemps, et si Dieu a bien voulu m'accorder quelque ardeur au travail, je n'ai jamais pris cette grâce pour le don éclatant du génie. Sans doute, au rang inférieur où je suis, j'ai voulu consacrer ma vie au service de la foi,

mais en me considérant comme un serviteur inutile, comme un ouvrier de la dernière heure que le maître de la vigne ne reçoit que par charité. Il m'a semblé que mes jours seraient bien remplis, si malgré mon peu de mérite, je réussissais à retenir autour de ma chaire une jeunesse nombreuse, à rétablir devant mes auditeurs les principes de la science chrétienne, à leur faire respecter tout ce qu'ils méprisent : l'Église, la papauté, les moines. J'aurais voulu recueillir ces mêmes pensées dans des livres plus durables que mes leçons ; et tous mes vœux devaient être comblés si quelques âmes errantes trouvaient dans cet enseignement une raison d'abjurer leurs préjugés, d'éclaircir leurs doutes, et de revenir avec l'aide de Dieu à la vérité catholique.

Voilà ce que j'ai voulu faire depuis dix ans, sans ambition d'une destinée plus grande, mais aussi sans que j'aie eu le malheur de déserter le combat. Et cependant, vous qui me connaissez si bien, qui avez eu l'épanchement de mon âme jusqu'au fond, qui m'avez suivi pas à pas dans la carrière après m'en avoir ouvert les portes, il vous suffit de la dénonciation d'un journal pour vous faire douter de ma foi ! Un laïque sans autorité, sans mission, qui ne signe pas son nom, m'accuse d'avoir, par lâcheté, par intérêt, trahi la cause commune, il se

permet de me reprocher ce qu'il appelle mes reniements : là-dessus vous prenez l'alarme, et vous commencez à craindre que je ne croie pas à l'enfer! Vous me mettez dans la triste nécessité de me rendre témoignage à moi-même : mais enfin saint Paul injustement accusé, s'est bien rendu témoignage. Serais-je donc, cher ami, épuisé de fatigue à trente-sept ans, réduit à des infirmités précoces et cruelles si je n'avais été soutenu par le désir, par l'espérance, si vous voulez, par l'illusion de servir le christianisme? Était-il donc sans péril de rechercher les questions religieuses, de réhabiliter l'une après l'autre toutes les institutions catholiques, lorsque simple suppléant j'avais à ménager les opinions philosophiques de ceux qui devaient décider de mon avenir ; quand seul j'assistais de ma présence et de ma parole M. Lenormant assailli dans sa chaire; quand plus tard, en 1848, l'émeute passait tous les jours devant la Sorbonne? Si j'ai eu quelques succès de professeur et d'académie, c'est par le travail, par les concours, et non par d'odieuses concessions. Certainement je ne suis qu'un pauvre pécheur devant Dieu : mais il n'a pas encore permis que j'aie cessé de croire aux peines éternelles; il est faux que j'aie cessé de croire, que j'aie renié, dissimulé, atténué aucun article de foi. Permettez-moi d'ajouter que, si mes amis de Lyon

avaient connu le dernier ouvrage que j'ai publié, et que l'Académie couronna l'année dernière, La Civilisation chrétienne chez les Francs, ils auraient pu voir que j'y attaquais précisément les historiens les plus considérables de ce temps-ci, sur tous les points où ils se trouvaient contraires à la vérité catholique, à l'honneur de l'Eglise et de la Papauté.

Il est également faux que j'aie pris l'initiative de cette controverse et donné le mauvais exemple d'une polémique entre chrétiens. Je n'aurais dit mot si V Univers ne m'avait pas interpellé dans sa désastreuse dispute sur l'Inquisition. Je détestais ses opinions, je savais le mal qu'il faisait, combien on le désapprouvait à l'archevêché; il m'avait nommé et mis en demeure de déclarer si je pensais comme lui. Je saisis donc la première occasion de marquer que je pensais autrement, mais sans engager une discussion, sans nommer Y Univers, encore moins ses rédacteurs, sans rien faire qui leur donnât le droit d'injures et de personnalités. Je suis si loin de cet esprit de guerre, que j'ai trouvé plus chrétien de ne pas leur répondre; j'en avais le droit, plusieurs me le conseillaient. Mais pour le bien de la paix j'y ai renoncé, bien dédommagé d'ailleurs par le grand nombre de personnes respectables qui ont exprimé leur indignation de ces

attaques. J'ai cru cependant devoir me justifier devant vous, à cause de votre amitié d'abord, et ensuite à cause de ceux de nos amis qui auraient pu partager vos alarmes et à qui je vous prie de communiquer ma lettre.

En ce qui touche M. Ballanche et M. de Chateaubriand, je n'ai pas prétendu les proposer pour modèles. J'ai dit que ces deux noms avaient longtemps soutenu de leur éclat l'école inaugurée ou plutôt relevée par le Génie du Christianisme. Nous pouvons différer d'opinions sur ce point, et c'est ce que V Univers devait discuter, s'il ne préférait les questions de personnes aux questions de doctrines. Pour moi, je n'ai pas à défendre la mémoire de M. de Chateaubriand que j'ai peu connu, mais que j'ai connu dans ses dernières années catholique pratiquant et sincère. Je crois qu'il a fait beaucoup de fautes, et je déteste les paroles de lui que vous citez. Mais, à mon sens, le Génie du Christianisme, les Martyrs et les Études historiques, ont donné à la littérature de ce siècle tout ce quelle a de supérieur au siècle passé. Ces livres m'ont fait beaucoup de bien, et je connais bien des esprits qui en ont ressenti les mêmes effets. M. Ballanche avait sur les peines éternelles une opinion téméraire qu'il a rétractée. Il est mort dans la paix de l'Eglise après avoir reçu les sacrements avec une grande piété.

Mais ses livres où cette erreur tient bien peu de place sont tout entiers tournés au triomphe de la vérité chrétienne. C'est une gloire dont nous devrions être plus fiers comme catholiques et comme Lyonnais. Croyez-vous que de Maistre n'ait jamais erré? Il y a une page des Soirées de Saint- Pétersbourg, où est indiquée la possibilité d'une nouvelle révélation, et dont les saint-simoniens se sont beaucoup prévalus. Au surplus, dans un court feuilleton destiné à faire connaître un livre de poésie, je n'avais pas l'intention de régenter la littérature catholique, ni de diriger les lectures de la jeunesse. Il s'agissait simplement de faire bien entendre que tous les chrétiens n'appartenaient pas à cette école violente dont Y Univers s'est rendu l'organe.

Pardonnez, mon cher ami, la vivacité de ces observations. Mais rien ne m'est plus à cœur que l'estime de mes amis de Lyon, surtout de ceux qui, religieux et éclairés comme vous, ont droit de former l'opinion des autres.

Adieu, soyez toujours aussi sincère, aussi confiant pour moi, et croyez-moi pour la vie

Votre ami dévoué.

A M. DOFIEUX.

Paris, 10 août 1850.

Mon cher ami,

Dugas, que j'ai eu le plaisir d'embrasser hier soir, me dit que vous vous affligez de n'avoir pas reçu de réponse à votre dernière lettre. Croyez bien cependant que, si je ne vous ai pas écrit, ce n'est pas faute de bonne volonté, mais de loisir.

En ce qui touche notre discussion religieuse et philosophique, permettez-moi de me féliciter, cher ami, de ce que nous sommes à peu près d'accord. Si nous différons sur l'appréciation de quelques écrivains comme Ballanche et Chateaubriand, nous nous entendons parfaitement sur les principes. Je crois tout comme vous que rien n'est pire que d'affadir le christianisme, en n'y cherchant que des beautés douces et flatteuses pour notre délicatesse. Je pense même qu'on a perdu beaucoup de jeunes âmes pour leur avoir fait une éducation religieuse trop molle, et ne les avoir préparées ni aux

luttes ni aux sacrifices qui les attendent. Peut-être Prosper Dugas voudra bien se charger d'un exemplaire de mon Discours d'ouverture de cette année, où vous verrez que je n'ai pas ménagé à mes auditeurs les vérités sévères et les études arides. Mais encore une fois, dans ces rigueurs même et ces aridités de la foi, je ne puis m'empêcher de trouver assez de traits sublimes pour ravir les esprits. Que si je crois utile de montrer la religion souverainement belle, et de faire désirer aux hommes qu'elle soit vraie avant de leur prouver qu'elle l'est réellement, je n'ai point l'honneur d'avoir proposé le premier cette méthode : c'est celle de Pascal; et lui-même traçait ainsi le plan de la démonstration chrétienne qu'il avait conçue et que sa mort nous a ravie.

Adieu, cher ami, je vous écris fort à la hâte et en désordre sur le tapis vert de la Sorbonne, entre deux examens et au milieu d'une foule de bacheliers qui déraisonnent. Ils me font perdre la tête, mais non pas le cœur, qui est toujours tout à vous.

P. -S. Soyez persuadé, mon bien cher ami, que vous me rendrez toujours service en vous déchargeant le cœur avec moi. Car, de deux choses l'une : ou vos craintes seront mal fondées, et vous m'aurez obligé en me donnant l'occasion de dissiper vos

ombrages ; ou vous aurez raison, ce qui arrivera le plus souvent, et vos avertissements pourront m'épargner bien des fautes. J'ai toujours été frappé de cette parole de David qui demande à Dieu « de le corriger par la voix d'un ami. »

Le lecteur connaîtrait mal Ozanam s'il le croyait uniquement absorbé par les graves questions que traitent les lettres précédentes et s'il se le représentait, triste, silencieux ou morose; « ce n'était pas à vrai dire une âme austère, la poésie l'avait consacré tout enfant, et il n'y avait pas de muse qui n'habitât en lui1. »

- « A l'époque privilégiée où nous l'avons rencontré, dit un disciple d'Ozanam, où sa maturité précoce retenait encore tout l'entrain et le premier élan de sa jeunesse, il se livrait volontiers à cette aimable et franche gaîté d'esprit, qui est un rafraîchissement au milieu des études austères;... il avait le rire si franc, si naturel, la plaisanterie si agréable, si vivement tournée, bien que toujours tempérée par le sentiment exquis des convenances , que c'était un charme de le surprendre en ses douces gaîtés ;... avec cela pas l'ombre de pédanterie et de l'esprit dans toute sa vivacité; car il en avait et du meilleur, du plus agile à la répartie et du plus gai. On l'a peu connu sous cet aspect de jeunesse spirituelle, ce n'était que dans l'intimité que ce charmant esprit osait être libre et suivre sa veine heureuse et gaie2. » Jamais la joyeuse amabilité d'Ozanam ne se montrait

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