I. Hilda ou le Christianisme au Ve siècle; Revue des
Qu3 me reste-t-il, cher ami, sinon de vous embrasser avec toute la cordialité d'une vieille affection?
L'exposition de Londres fut pour Ozanam l'occasion d'un voyage en Angleterre ; il n'était pas curieux des merveilles de l'industrie, mais il y fut entraîné par son ami J.-J. Ampère. Ils avaient passé une partie de l'été ensemble à Sceaux, où Ozanam avait loué une maison de campagne. J.-J. Ampère venait du lundi au jeudi, retournait à Paris pour l'Académie et ses affaires, et allait finir la semaine à Montreuil, près de Versailles, chez son ami M. de Tocqueville.
Il a rappelé le souvenir de ce temps dans une page charmante et trop vraie pour ne pas la citer : « Ce fut durant l'été de 1851, sur un banc que je vois encore dans son petit jardin de Sceaux, où il était allé, déjà bien fatigué, chercher quelque repos entre sa femme et son enfant, qu'Ozanam me lut son tableau du Paganisme, derniers jours où l'inquiétude qu'il fallait lui cacher ne vint pas en empoisonner la douceur. Qu'on me permette de leur donner un regret et de ne pas essuyer cette larme qui tombe sur le papier tandis que j'écris
<i Je fis avec lui et madame Ozanam un petit voyage en Angleterre, pour voir la grande exposition ; je m'enthousiasmais plus qu'il ne le faisait lui-même en présence de ces merveilles de l'industrie. J'allais partir pour les États-Unis ; mon esprit, trop curieux peut-être,
Deux Mondes, 1er juillet et 1er août 1852; Mélanges d'histoire littéraire, t. II.
s'ouvrait à des admirations nouvelles, qu'Ozanam ne partageait pas autant qu'autrefois, quand nous nous entendions si bien sur les Niebelungen et sur Dante. Il trouvait que j'admirais trop l'Angleterre, que j'oubliais trop les Irlandais. Lui, meilleur que moi, me laissait retourner seul au Palais de cristal, pour avoir le temps de visiter les caves habitées par les pauvres catholiques d'Irlande ; il en revenait tout ému, et je crois un peu plus pauvre qu'en y descendant. »
A Sceaux, les deux amis travaillaient beaucoup, on faisait de longues conversations et de longues promenades, et le soir, J.-J. Ampère charmait ses hôtes par quelques lectures. C'est alors qu'il leur fit connaître Hilda, roman historique, qui avait été applaudi, à l'Abbaye-aux-Bois, par madame Récamier, M. Ballanche et M. de Chateaubriand. Il leur lut aussi beaucoup de vers et un récit suédois, où il avait caché, sous le voile du roman, les principales phases de sa vie.
Bien des questions plus graves furent soulevées dans ces mois d'une douce intimité où on laisse sans défiance un ami pénétrer dans les dernières profondeurs de son âme; il en était une devant laquelle Ozanam ne restait jamais indifférent, et, par des raisons différentes, il en était de même pour J.-J. Ampère. Dès sa jeunesse, son âme avait été atteinte par le doute, mais elle était droite, élevée et ne s'accommodait pas de l'incrédulité. Son illustre père était un grand chrétien; il tenait, par lui et par sa mère, à ces anciennes familles lyonnaises où les grandes traditions et la charité catholiques sont conservées bien plus que d'autres ne conservent les titres de noblesse. Aussi, malgré l'activité prodigieuse et la fantaisie de son imagination, malgré les empressements du monde et les curiosités toujours nouvelles de son grand esprit, cette foi qu'il ne possédait pas, lui manquait, et sa poursuite
ne lui laissa jamais de repos. Pressé par les aspirations de son grand cœur, par de vives douleurs et par les sollicitations de tendres amis, dont nous ne voulons donner ici d'autres témoignages que la lettre suivante d'Ozanam, il cherchait avec sincérité. Il progressa lentement, mais chaque jour, vers la vérité, et quinze ans plus tard, en 1863, il écrivait à une personne amie : « Je persévérerai à chercher de bonne foi la vérité; personne ne la désire plus sincèrement que moi, et, chaque soir, j'adresse à Dieu cette prière : Eclairez-moi. » Il y touchait enfin quand le 27 mars 1864, la mort le mit subitement face à face avec la souveraine vérité et la miséricorde divine.
LXVIJI
A M. J. J. AMPÈRE
Dieppe, 21 août 1851.
Mon cher ami,
Pardonnez-moi d'avoir tardé à vous annoncer notre heureuse arrivée. J'attendais mafille pour qui je connais vos sentiments, et je voulais vousenvoyer de ses nouvelles avec les nôtres. Mais sagrand'mère n'est pas pressée de se dessaisir d'elle, et nous écrit qu'elle l'enverra seulement demain soir. Ce sera
trop tard alors pour vous remercier de vos bonbons, et vous risquez de n'en recevoir le compliment qu'en Amérique. Mais croyez qu'ils seront reçus avec reconnaissance.
En attendant, vous apprendrez volontiers que nous avons fait bon voyage. Ce soleil, qui semble résolu à ne pas luire pour Londres, a déchiré tous ses voiles dès que nous avons eu quitté l'Angleterre: la mer, légèrement agitée sur cette côte ennemie, s'est parfaitement calmée, quand elle a vu que nous retournions en France, et elle s'est laite douce comme un lac pour nous porter chez nous. Après un peu de mal de cœur, les passagers et même les passagères se sont assez remis pour jouir des belles falaises qui montraient leur blancheur et leurs ombres, entrecoupées de petits vallons verts d'où s'élevait la fumée des villages. Enfin, après sept heures et quart de traversée, nous avons fait notre entrée au port de Dieppe, devant la foule qui couvrait la jetée pour nous recevoir. Malgré notre bravoure, je ne puis nier que nous n'ayons eu un vrai plaisir à sentir sous nos pieds le sol immobile, et de ne plus entendre parler de Nelson et de Wellington, de Waterloo et de Trafalgar.
Ce qui ne veut pas dire que nous regrettions notre voyage, et que nous soyons fâchés d'avoir vu l'Angleterre. Bien que , tout compte fait , nous
- revenions gueux comme pèlerins, le pèlerinage est instructif. C'est assurément trop peu pour juger un grand pays : mais c'est un spectacle que nous n'oublierons jamais. Après Rome et Paris, il fallait voir cette troisième capitale de la civilisation moderne. Il fallait voir moins ses édifices que son mouvement, moins son exhibition que ses docks et ses vaisseaux. Mais c'était pour nous un bonheur incomparable de faire cette visite en votre compagnie. Nous vous causions bien des assujettissements, bien des gênes; votre délicatesse avait beau les dissimuler, nous comprenions tous les sacrifices de temps que vous nous faisiez, quand le temps vous était si précieux. Enfin , vous l'avez voulu, nous avons joui de vos lumières, mais encore plus de votre amitié, dans ces heures d'intimité qu'on ne trouve qu'en voyage, et que rendait plus chère la pensée de votre prochaine absence.
Ainsi, nous vous devons le plaisir de cette belle excursion. Nous ajoutons une obligation de plus à toutes celles que nous vous avons déjà. Car c'est en vain, cher ami, que vous cherchez à en effacer le souvenir, nous nous rappellerons toujours que vous avez fait ma carrière, que nous tenons de vous cette condition de vie qui ne fait pas le bonheur, mais sans laquelle le bonheur est bien troublé; qu'enfin
et par dessus tout vous avez pris un si tendre intérêt à tous nos intérêts de cœur, et que vous avez voulu être pour nous un frère, ne nous permettant la déférence et le respect que dans la mesure que permet un frère aîné.
Et maintenant, comment vous étonneriez-vous de ma tristesse en vous voyant partir? Pardonnez-moi d'avoir contrarié peut-être par ma mélancolie, trop peu réprimée, le plaisir que vous vous promettez dans ce grand voyage.
Mais je ne pouvais vous dire de vive voix ce qui faisait le fond de ma tristesse. Je ne pouvais le dire paroe que je ne voulais pas que vous fussiez obligé de me répondre, et si je vous l'écris maintenant, c'est qu'il est trop tard pour que vous me répondiez. Si mon épanchement est indiscret, les vagues qui vous poussent vers l'Amérique en emporteront la mémoire, les impressions qui vont se succéder pour vous effaceront cette impression; quand nous nous reverrons dans six mois, vous aurez eu le temps d'oublier ma lettre, ce qui vous y aura déplu ne pourra mêler d'aucune froideur la joie du retour.
Cher ami, vous vous engagez dans de longues fatigues, qui ne sont pas sans péril pour une santé si cruellement éprouvée. Souffrez donc mes inquiétudes. Vous cherchez à vous créer, disiez-vous, de nouveaux intérêts, et avec ce rare esprit que Dieu
vous a donné, vous remuez toutes les études et maintenant vous faites la moitié du tour du monde pour trouver des nouveautés qui vous attachent. Et cependant il y a un intérêt souverain, un bien capable d'attacher et de satisfaire votre excellent cœur; et je crains, cher ami, je crains peut-être à tort, que vous n'y songiez pas assez. Vous êtes chrétien par les entrailles, par le sang de votre incomparable père, vous remplissez tous les devoirs du christianisme envers les hommes ; mais ne faut-il pas les remplir envers Dieu? ne faut-il pas le servir? vivre dans un étroit commerce avec lui? Ne trouveriez-vous pas dans ce service des consolations infinies? n'y trouveriez-vous pas la sécurité de l'éternité?
Vous m'avez plus d'une fois laissé pressentir que ces pensées n'étaient pas éloignées de votre cœur. L'étude vous a fait connaître tant de grands chrétiens; vous avez vu autour de vous tant d'hommes éminents finir chrétiennement leur vie. Ces exemples vous sollicitent, mais les difficultés de la foi vous arrêtent. Cependant, cher et excellent ami, je n'ai jamais causé de ces difficultés avec vous parce que vous avez infiniment plus de savoir et d'esprit que moi. Mais laissez-moi vous le dire. Il n'y a que la philosophie et la religion. — La philosophie a des clartés ; elle a connu Dieu, mais elle ne
l'aime pas; mais elle n'a jamais fait couler une de ces larmes d'amour qu'un catholique trouve dans la communion, et dont l'incomparable douceur vaudrait à elle seule le sacrifice de toute la vie. — Si moi, faible et mauvais, je connais cette douceur, que serait-ce de vous dont le caractère est si élevé et le cœur si bon ! Vous trouveriez là l'évidence intérieure devant laquelle s'évanouissent tous les doutes. La foi est un acte de vertu, par conséquent un acte de volonté. Il faut vouloir un jour, il faut donner son âme, et alors Dieu donne la plénitude de la lumière.
Ah ! si quelque jour dans une ville d'Amérique vous étiez malade, sans un ami à votre chevet, souvenez-vous qu'il n'est plus un lieu de quelque importance aux États-Unis, où l'amour de Jésus- Christ n'ait conduit un prêtre, pour y consoler le voyageur catholique
La réponse ne se fit pas attendre ; le surlendemain Ozanam recevait de J.-J. Ampère la lettre suivante:
M. J.-J. AMPÈRE A FRÉDÉRIC OZANAM
Cher et excellent ami,
Je ne veux pas perdre une minute pour vous remercier de votre lettre. Vous m' offenser! eh mon Dieu! vous ne seriez pas mon ami si vous n'aviez pas tout cela dans le cœur, je le savais bien quand vous ne l'auriez pas dit... Permettez-moi de ne pas vous répondre et croyez que le spectacle de l'orthodoxie catholique dans une intelligence comme la vôtre est pour moi une prédication plus éloquente que toutes les paroles.
Je suis heureux de vous sentir arrivés. — Je ne vous écris que quelques lignes, mais ce sont les dernières que j'écrirai d'Europe.
J'ai été parfaitement heureux et sans nul sacrifice du temps que nous avons passé ensemble. Je n'ai vu dans cette intimité qui, comme vous le dites, permet de se connaître mieux, — que des raisons de plus d'affection pour vous deux. Votre sévérité paternelle vous permet tra-t-elle de rendre pour moi à mademoiselle Marie son baiser?
Tout à vous du fond du cœur et à ce qui est encore vous.
J.-J. Ampère.
Londres 26 août 1851 .
J'ai trouvé hier dans la rue le petit boiteux du pont de Waterloo et lui ai donné pour nous quatre.
A M. DUFiŒSNE.
Dieppe, °28 août 1851.
Mon cher ami.
Pardonnez-moi d'avoir laissé si longtemps sans réponse l'aimable lettre où vous m'annonciez que Dieu vous faisait présent d'un second fils. Elle m'arriva dans un moment où j'étais bien chargé d'occupations; chaque jour je me promettais de vous écrire, et toujours remettant je suis arrivé jusqu'à cette époque des vacances où je serais inexcu-
sable si je ne payais mes dettes. Or, quelle dette puis-je acquitter avec plus de plaisir, puisque je dois commencer par des félicitations? Tout me fait espérer que madame Dufresne et ses enfants continuent de se bien porter, que votre santé s'est raffermie, et que vous goûtez en paix ces joies de la famille qui sont comme la plus douce révélation et comme le sourire de la bonté divine.
Pour moi, cher ami, la Providence m'a si bien partagé de ce côté que je serais trop heureux et que je m'attacherais trop à la terre, si de temps à autre les peines de santé ne venaient troubler mon repos. Cette année je vais beaucoup mieux, mais on m'a engagé à changer d'air, et un peu entraînés par le flot des sots et des curieux, un peu poussés par les médecins, nous avons passé le détroit, madame Ozanam et moi, et nous avons visité Londres, d'où nous venons prendre les bains de mer à Dieppe.
Vous me dispenserez, cher ami, de vous décrire le palais de Cristal. Les journaux vous ont entretenu de cette merveilleuse exposition qu'on ne peut assezlouer, si l'on y considère la victoire de l'homme sur la nature et l'accomplissement le plus magnifique de la loi qui nous condamne au travail. Car c'est du travail et de la sueur humaine qu'ont jailli ces piliers de fonte, ces voûtes de verre et tous
les trésors qu'elles renferment. L'Angleterre y offre une hospitalité à toutes les industries de la terre, sans s'oublier néanmoins, et sans négliger de s'y faire la meilleure part. Elle étonne, elle subjugue les meilleurs esprits par le spectacle de sa puissance matérielle, par la hardiesse de ses machines, par le bon marché de ses tissus. Mais il y a deux choses qu'elle se garde d'exposer, et que ses visiteurs d'un jour n'ont pas vues, quand ils vont publiant que le peuple anglais est le premier du monde ; ces deux choses sont : la misère des pauvres, et la violence des passions protestantes.
L'Angleterre met sa gloire dans son agriculture, qui lui donne les plus gras troupeaux, et par conséquent la meilleure viande du monde ; et dans son industrie, qui lui permet de fournir les meilleurs tissus au plus bas prix. Gomment se fait-il donc que Londres, Birmingham, Manchester, Liverpool, Leeds, aient une population considérable qui non seulement ne mange pas de viande, mais qui manque de pain et qui vit de pommes de terre? Comment la capitale même est-elle sillonnée d'indigents deminus qui poursuivent l'étranger, qui se jettent jusque sous les roues des voitures, portant sur leur visage l'empreinte d'un désespoir inexorable? La taxe des pauvres et les workhouses n'y peuvent rien : les Anglais ne sauraient empêcher la mendi-
cité de pénétrer dans Londres, ils la tolèrent et je les loue de la tolérer. Mais alors, pourquoi insulter d'un air si hautain la mendicité des pays catholiques? Jamais dans les rues de Rome je n'ai rencontré rien de comparable à ces femmes en haillons qui tendent la main le long du Strand; à ces petites filles qu'on voit la robe déchirée jusqu'aux hanches, les pieds nus dans la boue noire et froide. Ne dites pas que c'est l'étalage d'une détresse qui veut forcer la pitié du passant. Pénétrez, je ne dis pas dans les quartiers pauvres de White-Chapel ou de Southwark, mais derrière ces rues fastueuses de Regent-Street, d'Oxford-Sireet, vous trouverez d'étroites ruelles, obscures, fétides, sur lesquelles s'ouvrent des cours plus étroites encore, bordées de hautes maisons. Là s'entassent les indigents : on les loge à la semaine : une chambre moyenne coûte ordinairement de trois ou quatre schellings par semaine, c'est-à-dire de deux cents à deux cent cinquante francs par an. Beaucoup de familles sont trop pauvres pour supporter seules le poids de ce loyer, elles se réunissent afin d'en partager le fardeau. Elles ne connaissent plus même cette dernière satisfaction qu'ont chez nous lesplus misérables ménages, la satisfaction d'être chez soi. J'ai vu une chambre et un étroit cabinet que venaient d'habiter quatorze personnes. Depuis quelque temps les rè-
glements de police ne permettent plus de loger dans les caves ; mais la misère, plus forte que tous les pouvoirs, oblige beaucoup d'ouvriers à chercher ce dernier refuge. J'ai vu, dans une cave, une seule chambre occupée par deux ménages se composant de neuf personnes. Il n'y avait que trois lits; et telle est la détresse de ces pauvres gens, que bien peu songent à donner des lits différents aux enfants des différents sexes. Je sais que la charité catholique les visite, que l'aumône et la parole, qui rend l'aumône douce et honorable, descendent dans ces tristes réduits. Je sais qu'il y a un mois l'allégresse régnait dans un de ces quartiers habités par les malheureux Irlandais. A la suite d'une mission qui avait converti bien des cœurs, le cardinal Wiseman était venu prêcher et bénir une assemblée de quatre mille catholiques : trop nombreux pour s'enfermer dans les murs d'une chapelle, ils s'étaient réunis en plein air, le soir, aux flambeaux, autour des bannières du Sauveur et de la sainte Vierge. Ils étaient ravis d'entendre les discours de leur évêque et les chants de leurs enfants, à qui l'on avait appris les hymnes convenables pour la solennité. Mais je sais aussi quelle fut la colère du protestantisme contre ces joies des pauvres et avec quelle violence ses journaux injurièrent Y Évêque des mendiants.
C'est la seconde douleur de celui qui visite Londres avec une autre curiosité que celle de la foule, avec quelque souci des intérêts de Dieu et de l'humanité. On ne peut nier les qualités du peuple anglais. Il a le respect de la loi et l'amour de son pays, il est infatigable au travail, il semble même religieux si l'on en juge par le grand nombre des clochers qui dominent Londres et mieux encore par ce repos du dimanche si exactement observé d'un bout à l'autre du pays le plus laborieux de l'univers. Mais je crains que de beaucoup d'entre eux Dieu puisse dire ce qu'il disait des Juifs : s Ce peuple m'honore des lèvres. » Je reconnais la bonne foi d'un grand nombre d'ignorants, mais je crains bien de trouver, chez ceux qui conduisent la multitude, l'orgueil pharisaïque, les haines de sectes; rien de l'humilité, de l'oubli de soi-même, de l'amour enfin, qui constituent le fond même de la religion. Je ne veux pas en donner les preuves qu'a fait éclater le bill des titres ecclésiastiques. Je ne veux pas parler des questions contemporaines. Je recueille seulement l'impression que m'a laissée le sanctuaire national de Westminster, tel que le protestantisme Fa transformé.
M. de Maistre espérait que le xixe siècle verrait célébrer la messe à Saint-Paul de Londres: je l'espère aussi, mais le catholicisme lui-même aurait
bien de la peine à réchauffer ce glacial édifice. La véritable basilique de Londres, le Saint-Denis de la monarchie anglaise, est à Westminster. Là, s'élève une nef rivale de nos belles nefs d'Amiens et de Saint- Ouen. Portée sur des piliers hardis et légers, la travée qui la coupe est d'une proportion admirable, terminée par des rosaces flamboyantes. Les architectes chrétiens qui construisirent celte église la firent longue et large pour contenir les flots d'un peuple fidèle, haute et aérienne pour porter l'hommage de la terre plus près de Dieu. Seulement, derrière le chœur et le grand autel, une cloison renfermait un étroit espace où reposait la châsse de saint Edouard. Un tombeau de pierre orné de mosaïques avait reçu les dépouilles du saint roi, du roi populaire qui représentait les souvenirs historiques de la nationalité anglo-saxonne. Les princes normands n'avaient jamais songé à troubler la paix de ce sanctuaire ; toute leur ambition était d'y dormir auprès de saint Edouard. Et en effet, tout autour de la châsse étaient les sépultures d'Henri III, d'Edouard III, de Richard II. Et derrière, Henri VII avait bâti une chapelle merveilleuse qui est la perle de l'Angleterre. Or, le protestantisme ayant chassé Dieu de cette église et ne pouvant plus la remplir d'un peuple vivant, a imaginé de l'encombrer de ses morts. Ne vous figurez pas comme à Saint-Pierre de
Rome, comme à Sainte-Croix de Florence, un certain nombre de sépultures illustres décorant les murailles, et mêlant à la sainteté du lieu la grandeur des souvenirs. 11 y a bien, comme on dit, le coin des hommes d'État, et le coin des poètes; mais le doyen et le chapitre de Westminster, en vertu d'un pouvoir arbitraire, ont concédé ou vendu à ceux qui n'étaient que riches le droit de figurer parmi les grands. De là, cette prodigieuse quantité de mausolées sans intérêthistorique, sansméritemonumental, car si vous exceptez quelques statues de Flaxman et de Ghantrey, tout le reste est misérable. Cependant ils ne se sont pas contentés de garnir les murs, ils ont fermé des arcades entières pour y entasser les monuments de leur vanité et de leur mauvais goût. Les morts de la Réforme trônent sur des montagnes de marbre, entourés de génies et de personnages allégoriques, avec tout le paganisme de la Renaissance, moins l'élégance de la beauté. Mais les morts du moyen âge ne devaient pas dormir tranquilles : la châsse de saint Edouard, qu'avaient respectée les Normands, ne pouvait pas échapper aux iconoclastes. Ils l'ont mutilée, et le saint portant malheur aux rois qui reposaient à son ombre, les sépultures des Plantagenets sont là, profanées, délabrées; si bien que le voyageur français qui les visite ne peut voir sans pitié ces vieux et illustres ennemis de
son pays réduits à cet état d'abandon et d'ignominie1.
Et le Parlement, qui trouve des millions pour se bâtir un palais superbe, n'a pas de subsides pour restaurer les tombeaux de ses anciens rois; le fanatisme protestant ne le permettrait pas. Il veille sur ces ruines qu'il a faites, on dirait que c'est hier qu'il a passé là le marteau à la main. Ah ! ne louez plus cette nation de son respect pour le passé, aucune n'a poussé plus loin la haine et le mépris du passé chrétien : elle ne s'est attachée avec tant d'opiniâtreté à la tradition dans les affaires politiques, dans celles qui changent, qu'en abandonnant la tradition dans les choses éternelles. Nous avions cru pendant vingt ans à leur tolérance et à leurs lumières; mais le vieux préjugé protestant n'était que muselé, les hommes d'État se réservaient de le lâcher quand il en serait temps, et vous voyez ses fureurs.
Il faut avouer que les emportements du protes-
4. Le P. Lacordaire, dans sa notice sur Ozanam, raconte le trait suivant : « Un jour, dit-il, qu'il visitait l'église de Westminster, mêlé à une foule d'étrangers et d'inconnus, il arriva derrière le chœur, en face du tombeau de saint Edouard. La vue de ce monument mutilé par le protestantisme le saisit de douleur, et, tombant à genoux devant les reliques telles quelles du saint Louis de l'Angleterre, il pria seul en expiation de tout ce peuple qui ne connaît plus ses saints, et au mépris de l'assistance qui le prit sans doute pour un idolàre, sinon pour un fou. »
tantisme s'expliquent, s'ils ne se justifient pas, par les progrès de la vérité catholique. Chaque jour compte des conversions nouvelles, et l'exemple de ces deux grandes âmes, Newman et Manning, continue d'ébranler les cœurs les plus religieux du clergé anglican, Rien n'est plus touchant que de voir cette Église de Londres menacée présentement, mais pleine d'espérance, cette belle cathédrale de Saint-Georges, glorieux témoignage du progrès des catholiques trop nombreux pour se contenir dans les chapelles obscures où la persécution les avait relégués; aux offices divins, le recueillement, la ferveur des fidèles, le grand nombre des communions; enfin, le cardinal Wiseman, cetévêque éloquent qui fait entendre aux Anglais le langage depuis longtemps oublié de saint Anselme et de saint Thomas de Cantorbéry; et autour de lui un groupe de prêtres et de laïques zélés, qui me rappelaient votre Église de Genève, moins considérable, mais non moins florissante. Toutes deux prouvent, d'une manière admirable, que le catholicisme n'a pas besoin du bras séculier pour faire la conquête des consciences. Et là-dessus, cher ami, quand il importe si fort aux églises opprimées d'Angleterre, de Suisse, d'Allemagne, de Pologne, de revendiquer le principe de la liberté civile, je vous conjure d'éviter que votre excellent journal se rende l'allié poli-
tique de ceux qui combattent ce principe en France et en Italie. Il faut choisir entre la liberté pour nos contraditeurs ou des chaînes pour nos frères.
Je m'aperçois que le plaisir de raconter m'a entraîné au delà de toutes les bornes ; il me reste à peine la place de vous demander où en est votre œuvre, pour laquelle ma femme a encore glané quelques écus. Avez-vous de l'argent? les fondations commencent-elles à sortir de terre? Donnezm'en l'assurance; rappelez-moi au souvenir de vos deux familles et ne m'oubliez pas auprès de M. le curé de Genève et de M. l'abbé Mermillod, que nous nous réjouissons de revoir l'hiver prochain. Recevez pour vous-même, cher ami, l'assurance de ma fraternelle affection.
LXXÏ A M. CHAULES OZANAM.
Dieppe, 5 septembre 1851.
Mon cher frère,
Mille remerciements des soins que tu as pris. Mon livre et mes notes me sont arrivés hier sans accident. Je n'en travaille pas beaucoup plus pour cela; mais je me dis que je puis travailler, ce qui est déjà une assurance contre l'ennui. Ensuite je parcours mes notes, j'ouvre mon livre, je donne carrière à mon imagination, je fais des plans, jusqu'à ce qu'Amélie m'emmène à la jetée où le vent du Nord emporte mes plans, et je me mets à regarder pour la vingtième fois jusqu'à quelle hauteur s'élèvera la mer, ou combien l'on compte de voiles à l'horizon. Tu vois que l'étude ne me tue point. Lundi nous passâmes une des plus charmantes journées. Le ciel était d'une sérénité parfaite; la mer argentée, étincelante, venait se jouer sur le sable; à droite et à gauche les blanches falaises se courbaient pour former un bassin immense. Au milieu, Dieppe
et la belle vallée qui s'étend derrière la ville; sur une hauteur, le château avec ses vieilles tourelles et ses meurtrières, puis la grande tour de l'église Saint-Jacques, un fort bel édifice gothique. Après les bains nous passâmes presque tout le jour à nous promener, en nous reposant de temps à autre sous de beaux arbres, au bord de la petite rivière qui court dans la vallée. Cependant nous avons poussé nos explorations savantes dans les environs. Jeudi nous visitions le château d'Arqués; nous étions quatre, l'un portant l'autre, c'est-à-dire avec un âne pour Amélie et Nini. L'excellente créature (je parle de l'âne) paraissait comprendre l'honneur qu'on lui faisait, car jamais bête n'avait mieux marché. Petite Marie était enchantée, tour à tour elle occupait la selle, ou bien, armée d'un petit bâton, elle courait après l'âne qui avait d'elle une peur extrême, et qu'elle faisait trotter à toutes jambes. Nous qui avons des plaisirs moins folâtres, la vue d'Arqués et du château nous a ravis. La beauté si vantée des campagnes d'Angleterre n'a rien qui dépasse la verdure de cette vallée où paissent de belles vaches de Normandie; avec cela d'imposantes ruines, une grande forêt sur les mamelons voisins, et dans le lointain la mer.
Ta visite au cirque de Gavarnie a bien achevé ton voyage des Pyrénées, et ce que tu nous en racontes
n'est pas propre à diminuer cette curiosité qui fait des Ozanam une véritable famille de juifs errants. Et nous aussi nous aurions beaucoup à te raconter. Je ne sais si Alphonse t'a laissé une lettre dans laquelle je lui exprimais mon sentiment de Londres et de l'exposition. Pour ne pas trop me répéter, je dirai seulement que Londres est la ville la plus imposante du monde au premier aspect, lorsqu'à travers la brume qui l'enveloppe et l'agrandit encore, on la voit s'arrondir en demi-cercle au bord de la Tamise avec cette multitude de clochers, de colonnes, de portiques, au-dessus desquels plane le dôme de Saint-Paul. Mais de près, et si on les étudie l'un après l'autre, ces monuments noircis et disproportionnés ne témoignent plus que l'impuissance;: l'impuissance de la richesse à se procurer ce que l'or ne paye pas, à transplanter sur une terre ingrate le goût et l'inspiration de la France et de l'Italie. Au milieu de ces imitations malheureuses, il faut faire deux grandes exceptions pour la vieille abbaye de Westminster, et pour le nouveau palais du Parlement. Ici l'architecte a eu la sagesse de retourner au style national, au gothique fleuri du xive siècle, et il en a tiré d'admirables effets. Pour V exhibition, mes dernières visites n'ont rien ajouté à la première impression que j'en ai ressentie. Rien n'est plus beau que l'ordre avec lequel on a rassemblé dans
un seul édifice la variété infinie des richesses humaines. Les savants y sont ravis de tous les prodiges que la mécanique fait voir et de tous ceux qu'elle promet. Mais si l'on met à part l'exposition indienne et chinoise, je suis désenchanté par cette uniformité sous laquelle la civilisation matérielle menace d'envelopper le monde. Il y a là des chapiteaux de carton-pierre pour les colonnes d'une nouvelle banque qu'on bâtit à Adelaïde-Town, en Nouvelle- Hollande. Il y a des pianos fabriqués au Canada et des tables venues de la terre de Van-Diémen. Cette exhibition n'est guère que celle des objets de luxe, des produits que demande et paye la classe des riches. Les besoins factices de cette classe se ressemblent d'un bout à l'autre du monde; une parure destinée à la reine d'Espagne est précisément la jumelle de celle qui doit orner le front d'une impératrice de Russie. Dieu avait fait la terre d'une variété infinie qui la rendait agréable à ses yeux; l'industrie menace d'y mettre une monotonie qui entraînera à sa suite la lassitude et l'ennui. Pour moi, après avoir vu cet abrégé de la puissance humaine au bout de soixante siècles tout à l'heure, je me disais : « Quoi ! l'homme ne peut rien de plus? Le dernier effort de son génie sera de croiser for sur la soie, de mêler des feuilles d'émeraudes à des fleurs de diamants? » Et au sortir je me réjouissais
de voir les gazons verts du parc, les groupes de grands arbres, les moutons qui paissaient audessous, et tout ce que l'industrie n'avait pas fait.
Mais à la vérité, Y exhibition n'est qu'un vain spectacle donné aux désœuvrés du siècle, si Ton ne voit pas ailleurs les grands moyens qui ont permis à l'Angleterre de réunir ainsi sous sa tente les trésors des deux mondes. Ce n'est pas dans cet édifice fragile et éphémère qu'il faut chercher le secret de la grandeur anglaise.
Pendant qu'au-dessus des ponts se déploie la ville du luxe, la grande capitale, où se pressent les étrangers ravis; c'est au-dessous des ponts, en descendant la Tamise, que s'étend une seconde ville de Londres qui fait la vie de la première. Celle-là n'a de monuments que ses vaisseaux, dont les mâts plus pressés et plus sveltes que toutes les colonnades, vont porter sous toutes les latitudes le drapeau britannique. Celle-là a le Tunnel, où l'on marche sous un fleuve immense sans entendre même le bruit de ses eaux. Celle-là a des docks, ces bassins où s'abritent vingt-cinq mille bâtiments. Tout autour s'élèvent des magasins innombrables : nous y avons cheminé durant des heures, dans des rues entières composées de boîtes de thé, ou de balles de sucre, ou de laines d'Australie. Au-dessous, la lampe à la main, nous avons parcouru des caves gigantesques,
où viennent s'ensevelir les vendanges de l'Espagne et du Portugal. Ce sont de véritables catacombes, mais les catacombes de Mammon, bordées non de sépultures, mais de tonneaux qui valent de l'or. Voilà l'exposition véritable, et une matinée passée dans ces lieux sombres et opulents m'a peut-être plus frappé, plus instruit que les élégantes galeries du Palais de Cristal.
Cependant je ne sais encore prendre mon parti : d'un côté on ne peut refuser une juste admiration à tant d'activité, de travail et d'intelligence. Évidemment le progrès de l'industrie est légitime, il entre dans la vocation de l'humanité, et toutefois je ne saurais m'empêcher d'y sentir quelque chose de dangereux, de tentateur et de satanique. Assurément ces merveilles éblouissantes ne s'étalent pas sans péril devant les yeux déjà trop épris des biens de la terre. Il me semblait toujours voir au seuil de l'exposition le démon qui transporta le Sauveur sur la montagne, et qui disait encore : a Je vous donnerai tout cela si, vous prosternant, vous m'adorez. » Puis, ce qui semble un signe de réprobation, c'est que ces richesses ne servent pas, au bout du compte, à rendre meilleur le sort de l'humanité, le sort du grand nombre. C'est que la ville la plus riche de l'univers est aussi celle qui traite le plus rudement ses pauvres. Pendant que l'étranger erre avec en-
chantement dans la fastueuse rue de Regent-Street, derrière cette rue même il y a des quartiers affreux où croupit une misère dont nous n'avons pas d'exemple. J'ai visité, avec un membre de la Société de Saint-Vincent de Paul, quelques-uns de ces réduits, et j'ai su qu'il fallait aux Anglais beaucoup de vertu et de courage pour secourir personnellement ces affreuses misères, non qu'ils soient avares de leur argent, mais dans ce pays aristocratique le contact de l'indigent souille et compromet. On ne recevrait pas la monnaie d'un cocher, s'il ne la pliait dans dupapier. Gomment se résoudre à presser la main d'un mendiant irlandais? Cependant nos confrères de Saint-Vincent de Paul ont su vaincreles préjugés de leur naissance, ils font beaucoup de bien, et c'est avec joie que j'ai passé une soirée au milieu d'eux.
Nous avons trouvé un autre asile contre le bruit, le faste et les misères de Londres en allant passer un jour à Oxford. Là une paix profonde, une ville du quinzième et du seizième siècle, toute debout, avec ses grands collèges qui ont conservé l'architecture gothique ou celle de la Renaissance. On peut errer dans leurs cloîtres, dans leurs beaux jardins, sans que rien vienne rappeler la différence des temps. Les deux collèges surtout de Christ-Church et de Sainte-Madeleine nous ont charmés, et peu
s'en est fallu que nous y prissions notre demeure, car si le célibat est la règle commune de ces communautés, il y a exception pour les Chanoines de Christ-Church , J'ai vu aussi avec un plaisir bien grand la bibliothèque Bodleienne. Dis bien à Daremberg que son ami, M. Coxe, nous a fait le plus gracieux accueil. Il nous a montré les célèbres marbres d'Arundel, les salles de l'Université, et il nous a beaucoup plu par un mélange de science, d'urbanité et de naïveté qui en fait le digne habitant de ces vieilles demeures.
Adieu, cher frère, nous t'aimons tous, mais personne plus que moi.
AU R. P. LACORDA1RE.
Sceaux, lundi soir, 29 septembre 1851.
Mon révérend Père,
Vous m'avez fait ce matin une question d'ami, et j'y ai répondu comme un étranger, comme un
homme à qui vous ne donneriez pas l'affectueuse liberté de tout dire. J'en ai du remords, et vraiment je suis trop tendrement attaché à votre personne, je suis un admirateur trop passionné de votre prédication, pour ne pas vous répéter les observations que j'entends faire, quand vous me les demandez et qu'elles peuvent servir au bien des âmes.
Il est donc vrai que les classiques, puristes de leur métier, ne vous trouvent pas toujours assez sévèredans le choix des expressions. On vous querelle, par exemple, pour cette certitude translumineuse que vous avez hasardée quelque part. On critique aussi les hardiesses de certains rapprochements, et dans un sujet sacré, le retour trop fréquent des allusions profanes. Mais qu'est-ce que ces pailles au milieu du flot de vfotre inspiration? Quelle merveille, au contraire, que le premier jet de votre pensée trouve aussitôt une forme belle, harmonieuse et telle que souvent l'art le plus exquis n'y pourrait rien ajouter! Je trouve d'ailleurs que vous devenez toujours plus rigoureux pour vous-même, et que vous secouez toujours davantage ce peu de poussière romantique. Personne assurément, depuis Bossuet, n'a prêché comme vous. S'il vous restait quelque chose à faire, ce serait tout au plus de châtier encore vos Conférences en les imprimant, pour leur donner l'irréprochable perfection qui achèvera de les rendre
immortelles. Car, mon Révérend Père, ce grand auditoire de Notre-Dame est encore bien petit, en comparaison des absents et des générations futures que vous forcerez de vous entendre.
Adieu, pardonnez-moi l'extrême liberté que vous jn'avez donnée, et croyez, mon Révérend Père, à la reconnaissance d'un homme à qui vous avez fait beaucoup de bien.