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Oeuvres complètes de A. F. Ozanam

De même qu'autrefois l'hommage des œuvres de votre défunt époux Nous a été très agréable, ainsi Nous recevons affectueusement aujourd'hui les Lettres, récemment publiées, où se peignent, retracés de sa propre main, ses sentiments religieux, sa piété solide, la douceur de son caractère, et sa charité pour les pauvres. Nous avons la confiance que les exemples d'un tel père ne sauraient être perdus pour les enfants de votre fille, et Nous appelons sur eux, sur leurs parents, sur vous-même et sur votre mère, les secours abondants de la grâce divine.

Comme gage delà faveur d'en haut, et en témoignage de Notre gratitude et de Notre bienveillance paternelle, Nous accordons, avec une entière affection, à vous et aux vôtres, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 18 avril 1869, dans la xxive année de Notre pontificat.

Le Pape, PIE IX.

Notre temps a le goût des Correspondances , il aime à surprendre l'homme dans la simple intimité de sa vie. Les mémoires nous montrent celui qui les écrit tel qu'il veut bien s'y laisser voir; mais les Lettres, au contraire, prennent l'homme à l'improviste et nous répètent à l'heure même jusqu'aux battements de son cœur.

Quels que soient les événements, ils mesurent sans se tromper une âme à sa juste taille : s'ils sont grands, et qu'elle soit petite, elle ne s'élèvera pas au-dessus de sa médiocrité ou de son égoïsme. Si elle est belle et généreuse, il n'est pas de vie si obscure et si monotone où l'occasion ne la montre un jour dans toute sa beauté.

C'est le fond de l'âme que l'on cherche dans les Lettres et l'on a raison, car on l'y trouve.

Mais s'il y a un attrait incomparable à pénétrer Fàme de celui qui nous fut inconnu, que sera-ce si nos souvenirs peuvent évoquer son image, si en

le lisant, nous entendons encore le son de sa voix, et enfin, si nous l'avons aimé?

Après de longues années d'attente, d'essais et d'hésitations, cette pensée a décidé la publication des Lettres d'Ozanam. C'est à la prière de ses amis et de ceux qui Font connu qu'elles ont été recueillies; c'est à eux qu'elles sont adressées. Ne pouvons-nous pas avoir la légitime espérance que ce livre sera accueilli et conservé comme l'on accueille et conserve le portrait d'un ami?

Nous avons encore un a; rire désir. Ozanam a toujours vécu entouré àv jeunes* gens. Écolier, étudiant, ses camarades lui faisaient un cortège d'affection et presque de respect. Plus tard, il se donnait généreusement à la jeunesse qui, de tous les pays, lui était chaque année recommandée, ou qui venait d'elle-même Fentendre et lui demander des conseils. C'est à ces nouvelles générations, qui ne connaîtront jamais Ozanam, qui respectent son nom, qui lisent ses livres, mais qui ne peuvent comprendre le charme fécond et toutpuissant qui attachait à sa personne, c'est à ces jeunes inconnus que nous offrons aussi ses Lettres, ou pour mieux dire sa vie.

En effet, la vie d'Ozanam se retrace elle-même par ses Lettres, et elles la disent si bien jusqu'au bout que nous n'avons besoin de faire connaître au lecteur que ses dix-sept premières aimées qui précèdent le commencement de ce recueil, et de lui rappeler en peu de mots un si court espace de temps.

Antoine-Frédéric ôzananr est né le 28 avril 1813 à Milan pendant l'occupation française. « Dieu me fit la grâce, dit-il, de naître dans la foi, il me mit sur les genoux d'un père chrétien et d'une sainte mère, il me donna pour première institutrice une sœur pieuse comme les anges qu'elle est allée rejoindre. »

En 4" 816, ses parents, ne voulant pas élever leur jeune famille sous la domination autrichienne, revinrent à Lyon leur patrie. Le jeune Frédéric avait quatre ans, il y passa son enfance et sa jeunesse et y devint complètement Lyonnais de cœur.

Son père )e prépara lui-même à entrer au collège : « Mon père, disait Ozanam, aimait les scier. ces, les- arts, le travail; il nous inspirait le goût du grand et du beau. En quittant les hussards, il avait lu d'un bout à l'autre la Bible de Dom

Calmet, et il savait le latin comme nous autres professeurs nous ne le savons plus. » Ainsi bien préparé, le jeune enfant fit ses classes avec les plus grands succès. D'une nature affectueuse et sympathique, il étudiait avec ardeur, aimait beaucoup ses maîtres, et, quoiqu'il s'accuse d'avoir échangé bon nombre de coups de poing avec ses camarades, c'est là que se forma ce groupe d'amis choisis dont il était presque toujours entouré et qui lui sont demeurés fidèles au-delà de la vie.

C'est pendant le cours de sa rhétorique et jusqu'à sa philosophie, c'est-à-dire de quinze à seize ans, que commença pour sa jeune âme la lutte la plus douloureuse qu'elle eut à subir. La crise fut cruelle mais courte, et la victoire décida sa vocation. Il le rappelait souvent mais jamais avec une émotion plus vive que dans l'avant-propos de son dernier ouvrage.

((... Les bruits d'un monde qui ne croyait point vinrent jusqu'à moi. Je connus toute l'horreur de ces doutes qui rongent le cœur pendant le jour, et qu'on retrouve la nuit sur un chevet mouillé de larmes. L'incertitude de ma destinée éternelle

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