‹ Œuvres complètes de A. F. OzanamChapitre 2 sur 43 · XI · texte numérisé non relu

XI

ne me laissait pas de repos. Je m'attachais avec désespoir aux dogmes sacrés, et je croyais les sentir se briser sous ma main. C'est alors que l'enseignement d'un prêtre philosophe me sauva. Il mit dans mes pensées l'ordre et la lumière ; je crus désormais d'une foi rassurée, et, touché d'un bienfait si rare, je promis à Dieu de vouer mes jours au service de la vérité qui me donnait la paix. . . »

Promesse généreuse que Dieu accepta, et qu'il bénit de cette bénédiction toute-puissante qui centuple le grain de blé. Faut-il rappeler ici qu'Ozanam est mort jeune, — il avait quarante ans, — et qu'après une vie si brève il a laissé des œuvres qui suffiraient à l'honneur d'une longue earrière. On le voit, cette fécondité de cœur et d'intelligence vient d'une source cachée, du vœu d'un enfant, de la promesse d'un jeune homme. Promesse qu'il n'oublia jamais, pas même un seul jour. « Nul chrétien en France et de notre temps n'aima davantage l'Église * . d II l'aima avec amour, et il l'aima avec soumission, qui est la plus sûre manière de lui demeurer fidèle. Dans

\. Père Lacordaire.

les derniers mois de sa vie, se sentant mourir, il écrivait à Pise :

ce ..... J'ai connu les doutes du siècle présent, mais toute ma vie m'a convaincu qu'il n'y a de repos pour l'esprit et pour le cœur que dans la foi de l'Église et sous son autorité. Si. j'attache quelque prix à mes longues études, c'est qu'elles me donnent le droit de supplier tous ceux que j'aime de rester fidèles à une religion où j'ai trouvé la lumière et la paix. » Puis, jetant un regard affligé sur les temps néfastes qu'il ne devait pas voir, mais qu'il sentait proches, l'âme remplie des plus sombres présages, il ajoutait : «... Ma prière suprême à ma famille, à ma femme, à mon entant, à mes frères, à mon beaupré, à tous* ceux qui naîtront d'eux, c'est de persévérer dans la foi, malgré les humilmtions, les< scandales, les désertions dont ils seront témoins. »

Il fallait que le lecteur connût ceci pour comprendre la suite de ces lettres et la première particulièrement, écrite par Ozanam à dix- sept ans, et qui explique sa vocation.

B&ns cette correspondance de vingt-deux années, vous, ses amis, vous retrouverez, au milieu de chers el aimables souvenirs, toutes les promesses et les luttes de votre jeunesse mêlées aux promesses et mx luttes de la sienne. 11 avait, vous vous en souvenez, le don très rare de savoir se donner, privilège des âmes généreuses, et, ce qui est rare aussi, en aimant beaucoup ses amis, il savait le leur dire.

Il aimait les grandes idées et savait en inspirer lai passion. Il aima encore plus les pauvres et, vous ne l'avez pas oublié, il sut un jour associer les dévouements pour les servir, « II faut, disait-il, enlacer la France dans un réseau de charité. » Et il communiquait par un ascendant irrésistible ses nobles aspirations; personne ne sut mieux que lui soutenir l'effort difficile, réchauffer les bons désirs,, et pousser les courageuses résolutions à leur accomplissement, tant était grande la confiance qu'il inspirait par ce charme indéfinissable qui attire vers la bonté.

Vous, jeu nés* gène, vous verrez un homme jeune comme vous, qui vécut dans des temps aussi périlleux que le vôtre. Qu'il soit un instant- votre

guide; pourquoi pas votre ami, comme il l'a été de tant d'autres? Vous ne verrez pas l'âge refroidir son cœur ni glacer ses conseils, il a été enlevé tout jeune encore et bouillant d'ardeur. Suivez les traces de ses affections, pour régler et embellir les vôtres. Suivez les traces de ses joies et de ses douleurs, pour rester modestes dans l'éclat des succès, fermes et soumis aux approches de la mort.

Comme vous, il aimait la vie; il l'embellissait de poésie, et son imagination ardente et pure lui faisait admirer avec une sorte de joie enthousiaste les belles œuvres du génie et décrire avec la passion d'un artiste les merveilles que Dieu a répandues sur la terre, comme une vision du ciel pour nous charmer.

c Je suis passionné, disait-il, pour les conquêtes légitimes de l'esprit moderne; j'aime la liberté et je l'ai servie. » En des temps si troublés et qui virent tant de défaillances, il demeura jusqu'au bout fidèle à lui-même, et ses doctrines, par sa constance à les servir, firent l'honneur de sa carrière.

Enfin, vous retrouverez ce qu'il mit au-dessus

de toutes choses en ce monde, ce qui lui lit entreprendre d'immenses études, écrire de grands et savants ouvrages, parler d'une voix éloquente, accomplir un nombre infini de bonnes œuvres, ce qui a marqué d'un sceau ineffaçable toutes ses actions et toutes ses paroles : sa grande foi catholique, la souveraine maîtresse de toute sa vie.

1865 et 1873.

DE

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