LA FÊTE DU ROI
La fête du roi, c'est la fête du peuple : voilà ce qui est une belle chose à voir. Qu'il se presse aux marches d'un théâtre dont les portes sont ouvertes et les bureaux fermés; qu'il se couche, ivre et joyeux, sur les balustrades de velours cramoisi habituées aux coudes aigus des demoiselles de bon ton ; qu'il rie, crie, boive et chante : c'est ta fête, bon peuple.
Aux siècles à venir est réservé un spectacle nouveau, dont le siècle présent lève la toile. Contre les prétentions rétrogrades de l'aristocratie, les rois et les peuples se donnent la main. C'est à cette fête, ô rois ! qu'il
82 MÉLÂi>'GES DE LITTÉKATUUE.
faut convier vos peuples; le prince de la Grande-Bretagne vous en donne un exemple plein de force, et le nôtre l'a déjà, donné; imitez-les. Les portes du Palais- Royal étaient ouvertes aussi à tout le monde hier, comme celle des théâtres. Lorsque madame la marquise de *** envoya le matin demander au suisse si Sa Majesté recevrait, on lui répondit : « Oui, madame, tout le monde. »
La première fois que je vis Versailles, comme je n'étais pas encore romantique, je trouvai le palais, l'escalier et les jardins dignes d'un roi, mais je ne pus m'empècher de penser en même temps que quiconque voudrait être digne du titre, devait habiter dans ces jardins et dans ce palais; hors de là, point de royauté, pensais-je; c'est là que la majesté de Louis XIV respirait à l'aise, et tenait ses courtisans à vingt pas de distance lorsqu'elle se promenait dans ces allées magnifiques ; c'est du haut de ces perrons massifs que le maître apparaissait quelquefois au regard des curieux que des piques dorées écartaient des grilles ; c'est dans ces salles immenses, sur ces parquets superbes que craquait le talon rouge, que glissaient silencieusement quinze aunes de satin vert, ce qui signifiait une robe du matin; c'est là qu'est l'empire, la dignité; là aurait dû se promener, au cœur du royaume de Charlemagne^ Bonaparte en cheveux blancs.
Si un peintre voulait aujourd'hui nous représenter Louis XI^ il faudrait qu'il le fit, non à genoux^ comme