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!)8 MÉLANGKS DE LITTKRATL HE.
comniencé par un pauvre pelil couinicrraiil de mes amis, qui se trouve ruiné par les événements de juillet. (( Eh ! mon cher, lui disais-je hier au soir en arrivant de Pithiviers, pour faire un pareil livre il vous faudra dix ans de travail; le pul)lic ne lit plus les in-({uarto, et les ouvrai»es in-octavo restent dans la poussière des magasins, si les volumes passent le nomhre de deux; d'ailleurs, mon cher, voire lihraire vous payera en billets; la révolution l'a fraj)[)é, dira-l-il, comme les autres, et ses effets iront chez l'huissier, le seul être qui s'engraisse des plaies de la société, comme le corbeau des corps d'un chanij) de bataille. »
Ce dernier argument découragea complètement le malheureux auteur. Il posa sa plume, ferma son canif à coulisse, et me demanda d'un air piteux ce qu'il pouvait faire pour gagner sa vie. a S'il ne me faut toucher, ajouta-t-il, ni à la politique, ni à la littérature, ni au commerce, s'il ne me faut pas louer une boutique, de peur de ne pouvoir en payer le second terme, il ne me reste qu'à peindre des paravents ou à dessiner des festons pour les marchandes de modes. — Faites plutôt cela, lui dis-je, (juc de vous embarrasser d'entreprises nouvelles. Vivez au jour le jour, sans souci. Vous êtes gardon; un homme ne meurt jamais de faim; j'ai donné cet hiver à un honnête mendiant une pièce de; quarante sous avec laquelle il a vécu dixsept jours. — Mêlas! mon chei' ouvrage! répéta plusieurs fois l'auteur, vn jelaiil un <(iu|) d'(pil paternel
sur ses paperasses. — Ecoulez, mon ami, après le plaisir de voir son œuvre imprimée, il n'est rien de plus doux, dit-on, pour un auteur, que d'en faire la lecture. Eh bien! j'aurai la patience de vous écouler : lisezmoi quelques passages de votre effrayant manuscrit, et conlez-moi ce ([ue vous aviez encore le projet d'y ajouter. » Le pauvre auteur me rc'^'^arda avec attendrissement, il rapprocha sa chaise de la mienne, et, après avoir posé son doigt sur sa manche, il me parla ainsi :
(c Dans mon ouvrage, je commençais par démontrer la sottise des hommes, qui, depuis trois mille ans (et peut-être bien plus) ont toujours été gouvernés, et qui cependant n'ont pas encore pu trouver un mode de gouvernement qui les contente. Ils ont commencé par choisir entre eux un homme et lui donner tout pouvoir, même sur leur propre vie; ensuite ils ont voulu être conduits par plusieurs hommes. Ils se sont aussi lassés d'obéir aux caprices de plusieurs, et ont formé des institutions; après des essais de toute espèce, ils ont renversé le trône et ont mis à sa place la pierre de la constitution, puis ils ont demandé à grands cris un homme. Enfin il y a, dit-on, trois mille ans que cette comédie se joue. Ce qu'il y a de cruel ou de risible, c'est que jamais un de ces tours de roue ne peut s'effectuer sans que la terre s'engraisse de sang et de larmes. Après ces considéralions générales, j'en venais aux effets de la révolution sur ces Irois classes principales
de la société dans la capitale, la noblesse, la linancc et la petite bourgeoisie.
« Chez la noblesse, les fêles et la dépense onl cessé tout à coup. La marquise qui donnait des bals ne fait plus danser, parce que son fils n'est plus capitaine dans la garde royale, et que son mari, qui a perdu pouisoixante mille francs de sinécures, ne possède plus que cinquante mille livres de rente.
(( Le banquier cache son or; il ne prête plus, même avec usure; il compte avec désappointement ses écus qui végètent sans intérêts dans sa caisse. 11 est désœuvré; il se promène, engraisse et soupire douloureusement; sa face blêmie par l'air du cabinet reprend quelque apparence de vie; ses cheveux ne tombent plus; il accoste ses amis et passe volontiers, en leur parlant, une minute qui valait de l'or avant la révolution; il perd son temps et ennuie son monde.
a Le petit marchand était jadis le plus heureux homme de la terre; il allait dîner tous les dimanches à Romainville, tenant d'un bras sa femme et de l'autre un pâté de Lesage; il avait un débit assuré de gants, de pommade et d'eau de Cologne ; son banquier lui escomptait ses billets; mais, hélas! depuis la révolution personne ne veut plus de son papier. Le banquier qui l'écorchait autrefois ne voudrait plus prendre la chair de sa chair.
a Et pourtant il n'y a pas un seul de ces maux qui ne pût être évité, si les hommes voulaient se donner la
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main. La marquise, qui possède cinquanle mille livres de rente, ne pourrait-elle faire danser comme autrefois? Le banquier ne ferait-il pas mieux de prendre les billets du pauvre marchand que de bâiller sur le boulevard? Quaul au petit bourgeois, Dieu est témoin qu'il ne demanderait pas mieux que de continuer à payer son loyer, qu'il aurait fait volontiers crédit au commis qui venait souvent à quatre heures acheter des gants pour causer avec la petite fille de comptoir. Ce n'est pas par sa faute que les scellés ont été mis sur sa boutique. La marquise crie à tue-tête qu'elle est ruinée, le banquier vocifère comme si sa caisse était vide, et le petit marchand n'a réellement plus un sou. Tout ce monde-là dit : c'est la révolution. Et qu'est-ce donc que la révolution? où est-elle? redemandons-lui votre argent. La révolution, est-ce une espèce de Briarée qui parcourt toutes les rues de Paris, en retournant de ses cent bras toutes les poches? Ce qu'ils appellent la révolution, n'est-ce pas plutôt la peur? et le croquemilaine qui les épouvante, n'est-ce pas ce bon peuple que jadis les insolents seigneurs avaient baptisé Jacques Bonhomme? Ils craignent que l'instrument des fureurs populaires ne vienne encore à jouer de ses terribles mâchoires sur la place de Grève; ils ne songent pas que jamais les choses n'arrivent deux fois de la même manière, que cet être taciturne qui nous regarde du haut des nuages, et qui compose lui-même son spectacle, ne se fait jamais jouer deux fois la même pièce.
a Des trois classes dont j'ai parlé quelle est la plus malheureuse et la plus louable? Ce n'est pas la noblesse, qui s'expatrie, qui emporte son bien pour aller conspirer sur une terre étrangère ; ce n'est pas le banquier, qui n'est plus qu'un puits où sont enfouis les écus, et d'où il ne sort que de fades paroles; c'est encore le petit marchand : il donne à ses créanciers son dernier sou; il se soumet à toutes les corvées de la garde nationale. Sa femme lui fait des guêtres blanches pour la revue, la veille du jour où sa boutique sera fermée. »
Ici, j'interrompis l'auteur, ce Mon ami, lui dis-je, ce matin je passais avec notre ami Charlet dans la rue de Sèvres. Youlez-vous voir, me dit-il, par qui le faubourg Saint-Germain est mis i^n fuite? Regardez. »
Il me montra deux polissons de dix ou douze ans qui marchaient devant nous. Le plus jeune disait à l'autre : « Je te parie quatre sous tout de suite que c'est moi qui a le premier proclamé la république et demandé la tête des tyrans!
— C'est pas vrai, répondit le plus grand, c'est pas toi, c'est petit Panotet. »