UNE MATINEE DE DON JUAN
votre pitié, ô charmante inconnue, vous vous retournerez à la messe. »
C'est fait.
DON JUAN
c( Et VOUS suivrez le confident discret qui se trouvera derrière votre chaise, ma très-chère vie, idole de mon âme. » Plie et mets le cachet.
Et puis.
DON JUAN
Prends-le, butor, bien délicatement avec tes doigts de serrurier; suspend le poulet au-dessus de la fenêtre; et, puisque tu vois tant de beautés, laisse-le tomber sur le plus petit pied que tu apercevras.
LEPORELLO, à la fenêtre.
Yoici une grosse, ronde, rebondie poulette; son œil l)abille, son chien frétille, son bonnet rond s'envole au vent.
DON JUAN
Hélas! je vous connais, mesdemoiselles. Ne lacho pas le billet, Leporello.
LEPORELLO
Yoici une petite cendrillon qui trottine à côté d'un chanoine; il y a écrit sur sa modestie qu'elle est nièce d'un curé. Ses mains sont bien gantées, sa jupe la pince, elle est habillée tout à neuf.
124 HIKLANGES DE LITTÉ RATIJRK.
DON JUAN
Tiens ferme.
LEPORELLO
Mais monsieur ne trouvera rien qui lui plaise.
DON JUAN
Peut-être.
Levez-vous donc alors et regardez vous-même.
DON JUAN
Non, je connais la fortune, laisse-moi attendre au lit cette belle prostituée.
LEPORELLO
Voici une duchesse d'antichambre, escortée de son duc, laquais et petit chien assortissants.
DON JUAN
Comme les polissons s'accrochent aux carrosses de louage qui passent, c'est ainsi que les gens de cour s'agrippent aux hommes en faveur. Triste engeance! Je n'en aime rien, Leporello, pas même les femmes...
LEPORELLO
Oh ! oh ! goddam ! Voici une prude.
DON JUAN
Point de ceci.
LEPORELLO
.l'aperçois un pfde narcisse, la démarche à l'anglaise et les yeux ballus.
DON JUAN
Pas davantage; celui cpii sent son corps ])rùlor par