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moins jusqu'à ce jour. Mou père élail joaillier à Venise; il l'ut ruiné par un naufra<^c; j'ai un frère qui est riche et qui fait le commerce à liassora. Ma famille ne remonte pas bien haut; cependant quand le [)ère de mon père est mort, il occupait dans l'armée un grade distingué.
JULIE
C'est ton nom, Mariani, qui est trop noble pour moi.
J'étais sûr que vous l'efuseriez, et cependant il faut que je parte.
JULIE
Non, non.
Est-ce le nom d'un assassin que vous ne voulez pas [)orter? Songez que, si je ne disparais, je change de rôle demain et je deviens victime.
JULIE
Et que te donnerais-je en échange?
M ARIAM.
Un souvenir qui me suivra comme une sœur fidèle dans les plus lointaines contrées.
JULIE
Tu es jeune, Maiiani, et le jour où tu aimeras?... Ne ferme pas ton c(eur imprudemment; que diras-tu alors?
M ARIA M
Je dirai (pie j'ai laissé mon nom à une femme que
les profondes mers séparent de moi, et que j'ai fini sur la terre.
JULIE
Tu ne me connais pas, cependant?
MA FÎIANI.
Réponds-moi; il l'aut que je parte.
JULIE
Va dans cette chambre; prends une cassette que j'ai apportée et qui contient quelques diamants; elle est à toi.
J'accepte.
Il sort. — Une voix on dehors.
Je vous dis que c'est ici, je reconnais la porte.
On frappe.
C'est toi!
Entre Fiorasanta.
JULIE, ouvrant.
l'abbé,
Oui, belle Julie, c'est moi ; j'ai reçu la nouvelle bien fâcheuse de la mort du comte Appiani ; savez-vous ce que j'ai fait? J'ai tout appris à mon oncle le cardinal.
JULIE
Eh bien?
l'abbé.
Eh bien! tout est au mieux; il consent à payer à Sa Sainteté tout ce qui est nécessaire pour avoir notre pardon; il exige seulement que nous quittions la ville pour quelque temps. Nous irons à Naples, oi^i je quitte
510 AIKLANGES DE LITTKH ATI' nF.
les ordres et où je vous épouserai. Mou oncle le cardinal a écrit à votre mère pour assoupir l'affaire, et lui demander votre main pour moi ; la réponse a été que votre frère en mourant a exigé qu'on pardonnât votre fuite. Les derniers instants de cet homme, autrefois inflexible, ont été consacrés à prier pour vous et pour lui-même. Vous ne me répondez pas? J'amène avec moi vos porteurs, qui vont, s'il vous plaît, vous reconduire à votre palais, où mon oncle le cardinal s'est lui-même fait transporter; à moins que vous ne jugiez convenable d'indiquer tout autre lieu qu'il vous plaira.
Mariani rentre.
JULIE
Mariani, j'ai le pardon de ma mère.
l'abbé.
Monsieur, je vous remercie pour tous les soins que vous avez pris, et vous engage à venir avec moi. Mon oncle le cardinal ne laissera pas vos services sans récompense.
JULIE
Kcoute-moi, Mariani, je veux ([ue lu me jures de m'accorder ce que je vais te demander
MABIANi.
Je te le jure.
JULIE
Sur la foi de ton Ame?
MA i;i ANI,
Oui.
JULIE
Je me nomme Julie, comtesse Appiani. Je suis pu- ])ille du cardinal Grimani, qui m'a laissé son bien par testament, après sa mort; je veux que mon nom soit rayé de ce testament, et le tien écrit à la place. Maintenant, prends cette bague,
Elle se coupe une mèche de clieveux.
et mets cela dedans.
Elle fait ouvrir la porte, et monte dans sa chaise.
l'abbé.
Où ordonnerai-je à ces porteurs de vous mener, madame?
JULIE
Chez les sœurs de la Visitation; prêtre, lu diras à ma mère que j'ai pris le voile.
Ce proverbe a été écrit pour le Dodécaton, publication composée de douze morceaux de littérature par douze écrivains dilTérenls. (Paris, 1857.) Nous le réimprimons aujoiircVliui pour la première fois.