MEMOIRES 1)K CASANOVA
Vous otcs-Aous qiiek|uefois arrèlc à regaider j)ar un temps de pluie le cheval d'une voiture de louji^'e à l'heure, lorsqu'en dépit de la fureur des vents cet être pileux, résigné, attend patiemment à la porte d'une maison? Le coup de fouet du maître peut seul le déterminer à reprendre son pas tardif, jusque-là il est immobile. La tête basse, il subit tristement l'injure des gouttières; peut-être, à ce spectacle, vous vous êtes rappelé malgré vous le cheval de course, superbe, à l'œil de feu, qu'on ne peut retenir et qui se balance sur ses jambes flexibles comme le roseau, jusque sur la paille de sa litière. Ces deux animaux sont-ils les mêmes? Un sang différent anime en eux des muscles de structure pareille.
L'un ressemble à un moine qui souffre et gémit en silence pendant quarante ans sur la même pierre, laquelle est celle de sa tombe; l'autre est pareil à l'aventurier, au spadassin qui porte moustache etépée, et qui livre sa vie au hasard, comme son phmiet au vent. Lequel des deux a raison? C'est ce que personne ne décidera. Poui'(juoi?
Chacun d'eux peut servir de type à une chasse énorme d'individus dans l'espèce humaine. La première, formée
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d'éléments timides, effrayée de ce qui l'entoure, laisse ses rames oisives sur la mer de cette vie; la seconde, au contraire, les agite d'un bras audacieux, et fend Fonde ; mais souvent elle néglige le gouvernail pour regarder sa voile s'enfler au souffle des vents propices. Dans l'une naissent les savants, les hommes de robe, les gens de plume, les prêtres, les femmes de ménage, les poètes médiocres; dans Tautre, les gens d'épée, les roués, les aventurières, les artistes sublimes : qu'on fasse l'application.
Jacques Casanova, Vénitien, vécut en Europe dans le dix-huitième siècle. Le docteur Gall eût trouvé sur son crâne quelques-unes des bosses qui distinguaient le cerveau de l'empereur. L'activité, la vigueur, l'invention, l'intrépidité étaient ses éléments. Non-seulement jamais il n'hésita, mais jamais il ne pensa qu'il pût hésiter. Malheureusement, né sur un échelon trop bas, il ne lutta avec la fortune que dans des circonstances trop petites, et ne fut jamais qu'un particulier. Une qualité qui lui manqua en fut peut-être l'unique cause, l'esprit de conduite. D'ailleurs, sans dignité, aujourd'hui officier, demain séminariste, après-demain joueur de violon, qu'aurait-il fait, s'il avait su résister à sa fantaisie? Malgré tout, c'est le premier des aventuriers.
Vouloir analyser son livre, ce serait vouloir analyser sa vie, et elle échappe au scalpel. Jamais un grain de raison, peu de religion, de conscience encore moins» Dupant les sots avec délices ; trompant les femmes avec