ACTE III, SCENE IX I9I
OTHELLO, poursuivant sans l'entendre.
J'étais heureux hier. Et maintenant, adieu, A tout Jamais, adieu le repos de mon âme ! Adieu, joie et bonheur détruits par une temme ! Adieu, beaux bataillons aux panaches flottants! Adieu, guerre, adieu, toi dont les jeux éclatants Font de l'ambition une vertu sublime!
Adieu donc, le coursier que la trompette anime, Et ses hennissements, et le bruit du tambour. L'étendard qu'on déploie avec des cris d'amour! Appareil, pompe, éclat, cortège de la gloire. Et vous, nobles canons qui tonnez la victoire Et qui semblez la voix formidable d'un dieu!
Avec un sourire amer.
Ma tâche est terminée ! à tout jamais, adieu !
YAGO
Est-il possible, hélas ! que...?
OTHELLO, avec une fureur subite.
Misérable, écoute!
Je ne souffrirai plus ni faux-fuyants ni doute; Tu prétends que ma femme a profané son lit! Songe bien qu'il me faut la preuve du délit. Ou, par la dignité de mon âme, je jure Que, si tu ne pouvais me prouver son parjure. Il vaudrait mieux pour toi, malheureux, être ne Sans pain et sur les mers du Nord abandonné.
YAGO, effrayé d'être saisi au collet.
En ctes-vous donc là?
OTHELLO
Fais-moi voir tout son crime Comme je vois le jour, ou bien si ta victime...
YAGO
Seigneur !
OTHELLO
... Si ta victime est ma Desdemona, Si l'esprit délié que le Ciel te donna Te sert à méditer ma mort et ma torture, Si tu mens, assassine, offense la nature, Étouffe les remords et renonce à prier; Qu'on entende les cieux et la terre crier A l'aspect des horreurs par toi seul inventées; Qu'à cette calomnie elles soient ajoutées; Pour ta damnation que tout soit réuni!
Va, tu n'en seras pas plus ni plus tôt puni.
Après l'avoir saisi et tenity il le lâche brusquement et tombe abattu sur un siège.
YAGO
Ciel! grâce! qu'ai-je fait ? avez-vous votre tête? Ah! reprenez ma charge! oui, ma retraite est prête. Malheureux que je fus de m'attacher à lui, Pour me voir accuser de mensonge aujourd'hui! O des hommes du temps perversité profonde! Jette les yeux sur moi, vois ma disgrâce, ô monde! Vois l'honneur et le bicMi, le dévoùment perdus. Avec la calomnie et le mal confondus ; Monde! vois le danger d'être honnête, et contemple