ACTE IV, SCÈNE X
OTHELLO, d'tm ton féroce.
Quelle es-tu?
DESDEMONA
Votre femme, attachée à vos pas Comme une esclave; oui, oui, votre fidèle femme.
OTHELLO
Viens me jurer cela! Jure, et damne ton âme; Car en voyant tes traits célestes, je le croi. L'enfer hésiterait à s'emparer de toi.
Viens donc pour te damner, et, par un double crime. Dis que tu t'es conduite en femme légitime, Fidèle à son serment.
DESDEMONA
Le Ciel le sait, seigneur.
OTHELLO
Le Ciel sait que TEnfer est moins noir que ton cœur.
DESDEMONA
Moi! qu'ai-je fait, seigneur, et par qui condamnée? Envers qui criminelle? O fatale journée!
OTHELLO, s'appiiyant contre le mur, puis tombant sur un fauteuil.
Ah! Desdemona' va loin de moi!
Il fond en larmes.
DESDEMONA
Vous pleurez;
Et pourquoi pleurez-vous? Qu'ai-je fait? Vous croirez, Oui, vous croirez peut-être, hélas! que c'est mon père Qui vous fait rappeler; il n'en est rien, j'espère : Mais ne m'accusez pas; s'il vous poursuit ainsi, Je ne dois plus le voir, et je le perds aussi.
OTHELLO^ paillant sajis la regarder.
Si le Ciel, me frappant d'une plaie inconnue, D'une grêle de maux chargeant ma tête nue, Eût fait pleuvoir sur moi chagrins et pauvreté, M'enlevant à la fois l'honneur, la liberté. L'espoir lui-même... alors, dans mon expérience, Dans ma raison, j'aurais cherché la patience. Mais en butte au mépris railleur, qui toujours là Vous désigne du doigt... Eh bien, encor cela. Oui, cela même encore, en frémissant de rage. De l'endurer longtemps j'aurais eu le courage. Mais l'asile adoré, le tabernacle d'or Où j'avais de mon cœur déposé le trésor, La source où je puisais et rapportais ma vie, M'en arracher moi-même et me la voir ravie, Ou bien la conserver lorsque son flot d'azur Est tout empoisonné comme un marais impur! Lequel de vous. Esprits de gloire et de lumière, Lequel de vous, quittant sa pureté première. Et, comme je le fais, s'armant d'un cœur de fer, N'en deviendrait plus dur et plus noir que l'Enfer?
DESDEMONA
Du moins, vous me croyez vertueuse^