‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 136 sur 226 · ACTE IV, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE X

OTHELLO, ^e levant et la contemplant avec une mélancolie profonde.

O misère!

Comment t'es-tu flétrie? ô toi, fleur solitaire! O fleur si belle à voir et dont le pur encens A ton approche seule enivrait tous les sens! Je voudrais que le Ciel ne t'eût jamais fait naître!

DESDEMONA

Hélas! j'ai donc fait mal sans le savoir peut-être?

OTHELLO

Ce que vous avez fait, ô femme sans honneur, Il faudrait pour le dire être aussi sans pudeur! Le jour en le voyant se détourne de honte, Et votre ange effrayé vous maudit et remonte.

DESDEMONA

Ah! vous m'injuriez, seigneur, et par quel nom^

OTHELLO

Eh quoi! n'êtes-vous pas une adultère?

DESDEMONA

Non!

Comme je suis chrétienne !

Elle retombe à genoux en élevant les mains au cieL

OTHELLO

Est-il vrai?

DESDEMONA, îoujours u geiioiix .

Sur mon âme!

Sur mon salut! si c'est être une honnête femme Que chérir ses devoirs et les accomplir tous!

OTHELLO, ironiquement.

Vraiment?

DESDEMONA, effrayée.

Hélas! seigneur, que Dieu veille sur nous!

OTHELLO, avec le plus profond mépris en la relevant.

Pardon! je me trompais, et ma vie abusée M'avait montré dans vous cette femme rusée. Courtisane à Venise et fille sans raison. Qui, pour suivre Othello, déserta sa maison.

A Emilia qui rentre.

Vous dont la mission est honnête et secrète, Recevez cet argent et soyez bien discrète. // lui jette une bourse, rit amèrement en regardant

Desdemona à demi évanouie, Emilia interdite, puis

il sort.

Page 1