ACTE V, SCÈNE IV
LODOVICO
Si le bourreau ces. t De lui briser le corps, j'aiderais la torture Dont il sera bientôt la hideuse pâture. Qu'il sorte! allez!
Yago sort, emmené par les gardes.
CASSio, qui est entré avec Lodovico, et s'est tenujus^ que-là à l'écart, s'avance appuyé sur deux soldats et blessé à la jambe.
Hélas ! que vous avais-je fait, Mon général?
OTHELLO
Ami! nulle offense, en effet.
Et J'avais ordonné... Votre main et ma grâce... Pardonnez-moi.
Cassio lui baise les mains en sanglotant.
CASSIO
Seigneur, est-il rien que n'efface Tant de malheur?
LODOVICO, à Othello,
O vous! vous! si grand et si doux Autrefois! à présent, que dira-t-on de vous!
OTHELLO
A présent? Que m'importe! Écrivez tout au Doge, Ou partez pour Venise et, s'il vous interroge. Dites : « C'est par honneur qu'il lui perça le sein. »
276 LEMOREDEVENISE
Nommez-moi hardiment honorable assassin*!
On lira dans ma vie un crime, et non des vices. J'ai peut-être à l'Etat rendu d'heureux services, N'en parlons plus jamais : racontez seulement Que je n'aimai que trop cette femme, et comment. Dans un piège infernal lentement enlacée, Jusqu'à l'assassinat mon âme fut poussée. Racontez qu'un soldat qui ne pleura jamais Vous a montré des yeux vaincus et, désormais, Versant des larmes, plus que les palmiers d'Asie De leurs flancs parfumés ne versent d'ambroisie.
// cherche à tirer son poignard sans être vu.
Parlez ainsi de moi; puis racontez encor Que dans Alep un jour, dérobant un trésor, Un Turc au turban vert profanait une église. Insultait un chrétien; le More de Venise L'arrêta; vainement il demanda merci.
Il le prit à la gorge en le frappant ainsi*.
// se poignarde et tombe à la renverse,