ACTE I, SCÈNE V
ANTONIO
— Je n'y souscris jamais.
Vous avez des raisons que je ne sais pas; mais, Quand Jacob autrefois chez Laban faisait paître Les brebis de son oncle et le choisit pour maître... Or, ce Jacob était troisième possesseur
Se découvrant en s'inclinant.
Des biens de notre saint Abraham par sa sœur. Oui, ce fut le troisième...
ANTONIO
Eh! qu'en voulez-vous faire?
Était-il usurier?
SHYLOCK
Non. — Voici son affaire.
Laban l'avait voulu : les moutons bigarrés Qui seraient en naissant doublement colorés Devaient appartenir à Jacob. — La nature Ne pouvant varier à son gré leur teinture. Il les peignit en rouge et gagna, oui, d'honneur! Toujours un gain honnête est béni du Seigneur.
ANTONIO
Pensez-vous que la Bible ait écrit cette histoire Pour vous justifier et pour nous faire croire Qu'il faut qu'en vos marchés un énorme intérêt Enchaîne injustement les libertés du prêt? Vos ducats ne sont pas des troupeaux qu'on allie.
294 SHYLOCK
Aussi vite, du moins, Shylock les multiplie.
ANTONIO, à Bassanio,
Yoyez comme le diable use des livres saints Et fait servir leur texte à ses mauvais desseins.
A Shylock, Eh bien ! que voulez-vous enfin pour votre peine?
SHYLOCK
Moi? — Seigneur Antonio, bien souvent votre haine
Me vint injurier sur mes humbles profits.
La réponse qu'alors aux insultes je fis.
Fut de plier Tépaule avec la patience
Qui toujours est d'un juif la première science.
Maintenant, il paraît qu'il vous faut mon secours.
C'est bien. — Vous m'abordez, vous changez de discours,
Vous dites : Bon Shylock, je voudrais telle somme!
Vous qui m'avez toujours mis au-dessous d'un homme,
Vous qui m'avez chassé du seuil et du chemin.
Qui m'avez repoussé du pied et de la main.
Comme un chien étranger venu sur votre porte.
Vous voulez de l'argent? Faut-il que j'en apporte
Et dise : Bon seigneur, qu'on m'humilie encor;
Tene:{^frappe:{ ma joue, et prene^ mon trésor?
ANTONIO
Oui, je suis prêt encore à te traiter de même. Prête-moi cet argent; non parce que je t'aime. Car la sainte amitié ne sert pas à demi