ACTE III, SCÈNE VI
Il prend le livre de la loi.
Regarde. Il est porté dans les lois de Venise Que lorsqu'un étranger aura fait entreprise, Par indirecte voie ou par quelque moyen. Quelque projet direct, aux jours d'un citoyen, La moitié de ses biens doit être abandonnée A ce Vénitien, l'autre à l'Etat donnée : C'est ta position. Comme, en outre, la loi Prescrit la mort, approche ici, prosterne-toi. Viens aux pieds de la cour crier miséricorde.
GRATIANO
Va donc t'agenouiller et demande une corde! Pour en acheter une, il ne te reste rien.
LE DOGE
Afin de te montrer quel est l'esprit chrétien.
Et de combien nos mœurs l'emportent sur les tiennes,
Je suis libre, d'après nos coutumes anciennes,
De t'accorder la vie, et je le fais avant
Ta prière à la cour de te laisser vivant.
J'ajoute que tu peux nous faire la demande
De restreindre ta perte au montant d'une amende.
SHYLOCK
Eh bien, prenez ma vie, et tout, car puis-je encor
Soutenir ma famille, ayant perdu mon or?
Et puis-je vivre encor, perdant ce qui fait vivre?
PORTIA
Que votre ordre, Antonio, l'accable ou le délivre;
Ses biens vont être tous par vous seul départis : Que lui laisserez-vous?
GRATIANO
Une corde gratis, Et rien de plus!
ANTONIO
Seigneur, pour moi, nulle exigence Ne retiendra son or; je borne ma vengeance. Et je désire aussi borner votre pouvoir A retrancher moitié de son immense avoir Pour le rendre demain au mari de sa fille, Sous les conditions qu'en père de famille Il lui donne à l'instant cette part de son bien. Et que, dès ce jour même, il se fasse chrétien.
LE DOGE, aiL juif.
Tu souscriras, ou bien je révoque ta grâce.
PORTIA
Es-tu content, Shylock, de l'acte qui se passe?
SHYLOCK
Je suis content : oui, oui; mais laissez-moi partir, Je ne me sens pas bien, j'ai besoin de sortir; Vous enverrez chez moi pour signer votre pacte.
LE DOGE
Va-t'en, je le veux bien; mais tu signeras l'acte.