‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 213 sur 226 · ACTE III, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VI

C'est bien ; tu peux la prendre, et la loi te la livre. Mais, si tu fais couler un peu de sang chrétien, Au profit de Venise on confisque ton bien.

GRATIANO

Grand juge! vois-le donc, juif! le juge équitable!

SHYLOCK, laissant tomber ses balances et son couteau. Est-ce la loi?

PORTIA

Tu peux la voir sur cette table Et la lire. Ah! tu veux qu'on soit juste avec toi! Plus que tu ne voulais nous le serons, crois-moi.

SHYLOCK

J'accepte donc ton offre, et veux que Ton me compte Au moins trois fois la somme où le billet se monte. Relâchez ce chrétien.

BASSANIO

Prends, voici ton argent.

PORTIA

Non, le juif eut raison, seigneur, en exigeant Justice; mais il faut qu'il n'ait pas autre chose Que ce qui fut écrit. Ainsi, qu'il se dispose A couper cette chair; mais, en coupant, s'il sort Une goutte de sang, une goutte! il est mort, Et ses biens confisqués.

GRATIANO, riant et se moquant du juif.

Un Daniel! un grand juge!

356 SHYLOCK

Juif! un second Daniel! reçois ce qu'on t'adjuge, Infidèle! Es-tu pris maintenant, juif subtil?

Eh bien, que fait Shylock? pourquoi balance-t-il?

SHYLOCK

Donnez mon principal, et puis que l'on me laisse Sortir.

BASSANIO

Le voici prêt.

PORTIA

Non, c'est une faiblesse.

Il Ta refusé ; donc, il ne peut obtenir Que sa dette.

GRATIANO

Un Daniel! ah! je veux retenir Cet éloge de juif.

SHYLOCK

Ne puis-je avoir la somme Pure et simple?

PORTIA

Non.

SHYLOCK

Non? Eh bien donc, que cet homme Aille chercher l'argent au diable; moi, je sors.

PORTIA

Non. Arrêtez ce juif. Ah! tu n'es pas dehors!

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