‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 220 sur 226 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Changement de scène.

Belmont. — Palais de Portia.

On aperçoit ce palais au fond d'une avenue. — Bâtiment italien.

La nuit.

LORENZO et JESSIGA entrent se tenant sous le bras et viennent s'asseoir sur un banc de ga^on, Loren^o tient un livre à la main.

LORENZO

Vois, que la lune est belle, et que son disque est pur !

Ce fut dans un tel soir, avec ce ciel d'azur,

Tandis qu'un vent léger caressait la feuillée,

Des larmes de la nuit encor toute mouillée.

Que Troïlus de Troie escalada les murs,

Pour venir doucement, par des chemins obscurs.

Adresser les soupirs de son âme brûlante

A Cressida la Grecque et la voir dans la tente.

JESSICA

Ce fut un soir pareil que vint, d'un pied léger, Thisbé, prête à mourir pour le moindre danger. Et qui, d'un grand lion ayant aperçu l'ombre. Se sauva.

LORENZO

Oui, ce fut par un soir non moins sombre,

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Que Jessica la juive, à travers plaine et mont, De Venise, avec moi, courut jusqu'à Belmont.

JESSICA

Et ce fut, m'a-t-on dit, dans une nuit pareille

Que le beau Lorenzo lui glissa dans Toreille

Des contes de jeune homme et des serments d'un jour.

LORENZO

Et dans un soir pareil, calomniant l'amour, De son ami fidèle elle fut pardonnée.

Quoiqu'elle ait mérité d'en être abandonnée.

// lui baise les deux mains.

jESSiCA, lui montrant le doigt.

Je vous ferais passer cette nuit même ici

Pour me venger de vous, si vous m'aimiez, et si...

Mais on vient.

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