ACTE III, SCÈNE XIV Byj
Deux cœurs brûlants percés d'un trait! Je ne sais quoi!... Et c'est pour cela...
NERISSA.
Non, c'est une bagatelle; Mais vous aviez juré jusqu'à l'heure mortelle De conserver ce gage, et vous l'avez donné.
GRATIANO
Mais à qui donc ? Un clerc sans barbe, un nouveau-né. Une espèce d'enfant, pas plus haut que vous-même, Un petit bavard blond, d'une finesse extrême, Qui m'a tant demandé cet anneau, que, ma foi...
Franchement, Gratiano, c'est un manque de foi. Une atteinte au serment de l'amour conjugale. Je perdrais la raison pour une offense égale! Demandez à celui que j'aime s'il voudrait Renoncer à ma bague, et s'il la donnerait.
BAS s AN 10, cachant sa main denHère le dos de Portia, comme pour la caresser.
Je voudrais à présent que ma main fût coupée. Ce serait une excuse.
ipORTiA^ prenant la main de Bassanio malgré lui.
Eh! me suis-je trompée?
Ne l'avez-vous plus?
BASSANIO
Non. Si vous pouviez savoir
372 SHYLOCK
Quel homme a votre bague, et voulut recevoir La bague seulement, et quelle fut ma peine A lui céder ma bague, et combien était vaine Ma lutte pour garder ma bague, vous verriez Que ce n'est pas ma faute, et vous vous calmeriez.
PORTIA
Si vous eussiez connu la valeur de la bague. Vous sentiriez l'excuse insuffisante et vague; Si la bague pour vous confirmait le bonheur, Vous porteriez la bague, et cela par honneur... Nerissa, nous verrons ma bague à quelque femme.
NERISSA.
C'est certain.
Non, vraiment, sur l'honneur, non, madame^ Il Ta fallu donner, c'est un juge qui l'a.
PORTIA
C'est un Juge, monsieur? Eh bien, ce juge-là, Croyez que ce n'est point une vaine menace. Puisqu'il a votre anneau, va prendre votre place.
NERISSA, se totirnani vers Gi^atiano.
Son clerc prendra la tienne, et ce sera bien fait.
GRATIANO
Si je l'y vois jamais, je lui dirai son fait.
i TE III, aCÈNE XIV 073
PORTIA, à Bassanio.
Je l'invite ce soir à m'apporter ma bague.
BASSANIO
Je l'invite ce soir à rencontrer ma dague.
NERissA, à Gratiano.
J'ai pour lui donner l'heure un billet de bon ton.
GRATIANO
Moi, pour papier son dos, et pour plume un bâton.
ANTONIO
Que je suis malheureux de causer des querelles!
PORTIA
Ne vous affligez pas trop gravement pour elles; Vous qui savez si bien servir de caution. Donnez-lui cet anneau. Plus de précaution Et plus d'art à juger les traits de mon visage, C'est à quoi maintenant cette bague l'engage.
C'est la mienne !
ANTONIO
Eh quoi !
PORTIA
Oui, la vôtre; car Je fus Le juge, et Nerissa le cler^.
SHYLOCK
BAS SAN 10, lui baisant la main droite Je suis confus !
C'était vous, Portia?
ANTONIO, lui baisant la main gauche.
Trompeuse bienfaisance!
JESSICA
Absence bienheureuse!
GRATIANO
Adorable présence!
LORENZO
Céleste ruse!
Ange sauveur!
PORTIA
Quel embarras!
Chacun dit son injure... Où les fuir?
BASSANIO
Dans mes bras!
Elle se penche sur son épaule.