SCÈNE XII
LA DUCHESSE, lui prenant Id main avec plus de confiance.
Hélas! à vous dire vrai, monsieur, si je les sais, un peu, comme vous les savez beaucoup, il me semble, j'en souffre plus que je n'en suis heureuse, et je ne devine pas quelle fin peut avoir un monde comme le nôtre.
LE DUC
Eh! bon Dieu, madame, qui s'en inquiète à l'heure qu'il est, si ce n'est vous? Personne, je vous jure, pas même chez ceux que cela touche de plus près. Respirons en paix, croyez-moi! respirons^ tel qu'il est, cet air empoisonné, si l'on veut, mais assez embaumé, selon mon goût, de l'atmosphère où nous sommes nés, et dirigeons-nous seulement, lorsqu'il le faudra, selon cette loi que, ma foi, je ne vis jamais nulle part écrite, mais que je sentis toujours vivante en moi, la loi de l'Honneur.
LA DUCHESSE, un pcu effrayée et reculant.
L'Honneur! oui! mais cet Honneur, en quoi le faitesvous consister, monsieur le duc?
LE DUC, très gravement.
Il est dans tous les instants de la vie d'un galant homme, madame; mais il doit surtout le faire consister dans le soin de soutenir la dignité de son nom... et...
LA DUCHESSE, à part.
Encore cette idée! ô mon Dieu! mon Dieu!
LE DUC
Et, en supposant qu'on eût porté quelque atteinte à la pureté de ce nom, il ne doit hésiter devant aucun sacrifice pour réparer Tinjure ou la cacher éternellement.
LA DUCHESSE
Aucun sacrifice ne vous coùterait-il, monsieur?
LE DUC
Aucun, madame, en vérité.
LA DUCHESSE
En vérité?
LE DUC, sur un ton emporté.
Sur ma parole! aucun! fallût-il un meurtre!
LA DUCHESSE, à part.
Ah! Je suis perdue! ah! mon Dieu!
Elle regarde sa croix.
LE DUC, sur un ton passionné.
Fallût-il me Jeter à vos pieds et les couvrir de baisers, et m'humilier pour rentrer en grâce !
// lui baise la main à genoux.
LA DUCHESSE, à part.
Ah! pauvre chevalier! nous sommes perdus! Je n'oserai plus te revoir!
Elle baise le portrait du chevalier.