SCÈNE XII
LE DUC, brusquement, en homme, et comme quittant
le masque.
Ah çà! voyons, mon enfant, touchez là.
LA DUCHESSE, étounée.
Quoi donc?
LE DUC
Touchez là, vous dis-je! une fois seulement donnezmoi la main, c'est tout ce que je vous demande.
LA DUCHESSE, pleurant pvesque.
Comment! monsieur...?
LE DUC
Oui, vraiment, touchez là bien franchement, en bonne et sincère amie ; je ne veux point vous faire de mal, et toute la vengeance que je tirerais de vous (si vous m'aviez offensé), ce serait cette frayeur que je viens de vous faire.
Asseyez-vous. — Je vais partir.
// reprend son chapeau et son épée.
Voici le jour qui vient! il me faut le temps d'arriver à Versailles.
Debout, il lui serre la main, elle est assise. Ecoutez bien. Il n'y a rien que je ne sache... A vrai dire, je ne me sens nulle colère et nulle haine pour vous.
Avec émotion et gravité.
N'ayez, je vous prie, nulle haine contre moi non plus.
Nous avons chacun nos petits secrets. Vous faites bien, et je crois que je ne fais pas mal de mon côté. Restonsen là! Je ne sais si tout cela nous passera, mais nous sommes jeunes tous les deux, nous verrons. — Soyez toujours bien assurée que mon amitié ne passera pas pour vous... Je vous demande la vôtre, et...
En riajit.
N'ayez pas peur, je ne reviendrai vous voir que quand vous m'écrirez de venir.
LA DUCHESSE
Etes-vous si bon, monsieur? Et je ne vous connaissais pas!
LE DUC
Pardonnez-moi cette mauvaise nuit que je vous ai fait passer. Dans une société qui se corrompt et se dissout chaque jour comme la nôtre, tout ce qui reste encore de possible, c'est le respect des convenances. Il y a des occasions où la dissimulation est presque sainte et peut même ne pas manquer de grandeur. Je vous ai dit que je tenais à notre nom... En voici la preuve : — vos gens et les miens m'ont vu entrer, ils me verront sortir,et, pour le monde, c'est tout ce qu'il faut.
LA DUCHESSE, à SCS gejioux, liU baise les mains et pleure en se cachant le visage. — Silence.
Ah! monsieur le duc, quelle bonté! et quelle honte pour moi! Votre générosité m'écrase! Où me cacher, monsieur? J'irai dans un couvent.