‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 53 sur 226 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

RODRIGO et YAGO restent seuls.

RODRIGO

Yago !

YAGO

Quoi ?

RODRIGO

Savez-vous le coup que Je médite?

YAGO

D'aller au lit dormir?

RODRIGO

Mon âme soit maudite, Si je ne vais demain me noyer!

YAGO

Croyez-moi, Vous serez moins aimable ensuite. — Mais pourquoi Vous noyer?

RODRIGO

C'est que vivre est une maladie Dont le seul médecin est une main hardie.

YAGO

O lâche! sur ce monde et sous ces larges cieux, Depuis cinq fois sept ans je promène mes yeux, Et je n'ai pas encor résolu ce problème De trouver un mortel qui sût s'aimer soi-même. Si jamais une femme a causé mon trépas, J'approuve de grand cœur qu'on ne m'enterre pas.

RODRIGO

Que faire? Je rougis d'être épris de la sorte; Mais j'ai beau l'exciter, ma vertu n'est pas forte.

YAGO

La vertu! mot oiseux. C'est de soi qu'on dépend, Comme un sillon du grain que la main y répand. Nous récoltons ainsi l'orge pure ou Tivraie. Écoutez, Rodrigo, ma parole est la vraie. Ce que vous appelez amour n'existe pas;

Page 1