‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 54 sur 226 · ACTE I, SCENE X I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE X I

C'est un bouillonnement du sang impur et bas

Qui nous emporterait jusques à la démence,

Sans la volonté. — Là, notre règne commence.

Soyons hommes. — Devant une femme ployer!

S'arracher les cheveux et pleurer! se noyer!

Ce sont de jeunes chats aveugles que l'on noie.

Mais vous ! levez la tête ; allons, que je vous voie

Agir en gentilhomme. Emportez de l'argent,

Embarquez-vous; un temps de guerre est exigeant.

Je le répète encor : de l'argent dans la bourse.

Avant peu vous verrez se tarir dans sa source

Leur grande passion. Un violent début

Se ralentit; bientôt vous atteindrez le but.

Mais de l'argent ! — L'amour d'un More est très frivole,

Et sa flamme brûlante au bout d'un mois s'envole.

Pour sa femme, elle est jeune; elle devra changer.

Elle le doit. Un fou peut donc seul s'affliger.

Vous voulez vous damner? Du moins, allez au diable

Plus gaîment que par eau. L'enfer est supportable

Quand on a fait son coup. — Mais de l'argent ! — Allez.

Déshonorez, trompez, désolez, accablez

Le noir hideux. Je vois que tout dans cette proie

Sera bonheur pour vous, pour moi vengeance et joie;

Mais cherchez de l'argent! Donnez-moi votre main.

Jurez-moi de vivre.

RODRIGO

ui.

YAGO

De partir

l30 LE MORE DE VENISE

Oui.

YAGO

Demain.

RODRIGO

Oui, je vendrai mes biens; j'y vais.

YAGO

Plus de noyade !

RODRIGO

Non; à demain.

YAGO

Surtout de l'argent, camarade !

Rodrigo sort.

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