‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 6 sur 226 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LA DUCHESSE, TRONCHIN, appuyé sur une longue canne aussi haute que lui, vieux, voûté, portant une perruque à la Voltaire.

LA DUCHESSE, gaiement.

Ah! voilà mon bon vieux docteur!

Elle se lève et court au-devant de lui. Allons, appuyez-vous sur votre malade.

Elle lui prend le bras et le conduit à un fauteuil.

Quelle histoire allez-vous me conter, docteur? quelle est l'anecdote du jour?

TRONCHIN

Ah! belle dame! belle dame! vous voulez savoir les anecdotes des autres, prenez garde de m'en fournir une vous-même. Donnez-moi votre main, voyons ce pouls, madame... Mais asseyez-vous... mais ne remuez donc pas toujours, vous êtes insaisissable.

LA DUCHESSE^ s'asseyaut.

Eh bien, voyons, que me direz-vous?

TRONCHIN, tenant le pouls de la duchesse.

Vous savez l'histoire qui court sur la présidente, n'est-il pas vrai, madame?

LA DUCHESSE

Eh! mon Dieu, non, je ne m'informe point d'elle.

TRONCHIN

Et pourquoi ne pas vouloir vous en informer? Vous vivez par trop détachée de tout, aussi. — Si j'osais vous donner un conseil, ce serait de montrer quelque intérêt aux jeunes femmes de la société dont l'opinion pourrait vous défendre, si vous en aviez besoin un jour ou l'autre.

LA DUCHESSE

Mais j'espère bien n'avoir nul besoin d'être défendue, monsieur.

TRONCHIN

Ah ! madame, je suis sûr que vous êtes bien tranquille au fond du cœur; mais je trouve que vous me faites appeler bien souvent depuis quelques jours.

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