SCÈNE XIV
Les Pri^:ckdents, OTHELLO entre avec sa Suite et des flambeaux.
OTHELLO
Eh ! qu'est-ce donc?
MONTANO, continuant à se battre avec Cassio.
Qu'il meure!
Mon sang coule. Brigand! Je suis blessé.
OTHELLO, à Cassio.
Demeure, Sur ta vie!
YAGO, courant de Montano à Cassio, par-devant Othello^ pour être remarqué.
Arrêtez!... L'honneur!... Votre devoir!
Montano!... Lieutenant!... Voulez-vous émouvoir L'île et le port?... Voyez!
l58 LE MORE DE VENISE
OTHELLO, impérieusement.
Bas les armes !... Silence!
D'où naît donc ce désordre infâme en ma présence? Etes-vous, en dix Jours de guerre et de travaux, Des Barbares sans lois devenus les rivaux? Vous croyez-vous déjà des Turcs*? Quoi! des querelles Comme on n'en voit jamais parmi les infidèles! De par la sainte Croix! séparez-vous, ou bien Qui croisera le fer rencontrera le mien. La ville, à ce tocsin, d'épouvante est glacée ; Faites taire au plus tôt cette cloche insensée. —
Quelques soldats de la suite d'Othello se détachefit et vont ve?^s la ville en faisant signe de faire cesser le bruit des cloches. — Un moment de silence.
Que Ton m'explique tout. — Yago, plein de douleur, Consterné, dites-moi votre tort ou le leur; Au nom de l'amitié, parlez-moi, je l'exige.
YAGO
Hélas! je ne sais rien, seigneur, c'est un prodige;
Ils sont restés unis jusques à ce moment
Comme une fiancée avec son jeune amant.
Dans la salle de garde et dans celle où nous sommes;
Puis tout à coup j'ai vu se battre ces deux hommes :
J'en ignore la cause encore; mais je sais
Que j'ai cru voir deux fous l'un sur l'autre élancés.