ACTE II, SCÈNE XIV ibg
OTHELLO
Cassio! vous oublier ainsi!
CA ssio.
Faites-moi grâce!
Je ne saurais parler!
OTHELLO
Ce silence me lasse.
Vous, digne Montano, que Ton dit juste et bon, Vous dont personne ici ne prononce le nom Sans y Joindre un éloge et dont la vie est pure, Comment avez-vous pu perdre toute mesure Et mériter le nom de batailleur de nuit?
MONTANO, soutenu par deux soldats.
Noble Othello, Je suis blessé; Je suis réduit A garder malgré moi le plus profond silence. Parler me fait souffrir. Lorsque la violence Vient assaillir un homme et le frapper, il doit Défendre sa personne, et certe en a le droit.
OTHELLO, avec une chaleur croissante.
Ah! par le ciel, mon sang se révolte et s'enflamme Au point que la fureur va gouverner mon âme ! Si je lève le bras, le plus fier de vous trois Pourra bien se sentir écrasé de son poids; Je veux de tout ce bruit connaître l'origine; J'en punirai l'auteur. Je Jure sa ruine, Fussions-nous tous les deux sortis du même sein.
l60 LE MORE DE VENISE
Quoi! réveiller au cri de meurtre et d'assassin
Une place de guerre agitée, une ville
Toute craintive et prête à Témeute civile,
Au poste de la garde! au fort! c'est monstrueux!
Yago, qui commença? Nommez-le. Je le veux.
MO NT AN o.
. Si par quelque amitié vous altérez la chose, Vous n'êtes pas soldat.
YAGO
Mon général, je n'ose M'expliquer. Je voudrais dire la vérité. Vous me serrez de près. Mais, d'un autre côté. Je ne voudrais pas nuire à Cassio. Je préfère Qu'on me rende muet. Pourtant voici Taffaire : Comme avec Montano Je causais : « Au secours! » Crie un homme en fuyant devant Cassio. Je cours Pour empêcher ses cris ; mais il allait plus vite Et m'échappe; arrivant de ma vaine poursuite. Je vois, l'épée en main, ce digne cavalier Résister à Cassio sans rompre et sans plier, Et Cassio le poussait en jurant (car il jure A m'étonner). Je crois que quelque grave injure L'irritait. Montano pourtant n'avait voulu Qu'apaiser notre ami, qui de coups Fa moulu. C'est tout ce que je sais. Mais l'homme le plus sage Est homme, général. Pour un geste, un outrage...
OTHELLO
Yago, votre bon cœur et votre honnêteté