A MON AMI ADOLPHE DITTHER
douce voix de la faiblesse!
Dans le cœur le plus dur vous entrez sans effort. Honte à qui vous entend et lâchement s'endort! Pour Fenfance pitié ! pitié pour la vieillesse ! Le fort cache souvent Tépine qui le blesse.
Hélas ! pitié pour le plus fort!
« Vous étiez sans pain, sans asile, « Quand- sur la rue on vous a pris; « A toutes les lois indocile, « Que faisiez-vous seul à Paris?
« — Hélas ! je cherchais de Touvrage !
« Pars, Job, m'avait dit un ancien':
<r Avec des bras et du courage «r On ne manque jamais de rien.
« Mais la misère est la plus forte.
« Que ne suis-je en notre maison !..,
♦î^ HISTOIRES POÉTIOUES.
ff — Vous mendies de porte en porte^ a Et vous méritez la prison. »
A.h ! juge, voyez cet œil cave Et œ front de pâleur couvert.
Si jeune avec un teintai hâve ! L'innocent, comme il a souffert!
Quoi 1 la pauvreté, c'est un crime !
Loi sans cœur, fille de l'argent !
Ce qu'il faut plaindre, on le réprime :
Le malfaiteur vaut l'indigent.
Ce corps déjà vieux et sans flamme Vous a laissé voir tous ses maux ; Sondez aussi cette bonne âme, Prèle à s'ouvrir aux premiers mate.
•0 discours vrais et pleins de charmep !
Croyance, bonne foi, candeur Qui des yeux fait jaillir les larmes, Germer la pitié dans le cœur!
« Parlez, Job! Par un soir d'aiiitomiie, « Quand vous erriez sur le ptvé « En secret demaadiuBt l'a^mÔBe, « Sous vos habits qu'a-t-on trouvé?
a ^^ De Vtmvrier dam îa méèr^ « C'était le Guide et le devoir; « Monsieur, c'était une prière « Que je lisais matin et soir..,* »
* Historiée.
douce voix de la faiblesse!
Comme au cœur le plus dur vous entres $«ns effort! Honte à qui vous entend et lâchement s'endort ! Pour Venfance pitié! pitié pour la vieillesse! Le fort cache souvent Tépine qui le blesse.
Hélas! pitié pour le plus fort!
Au seuil d'un cachot d'Italie, Sur un marbre j'ai vu la Mère de Douleurs ; J'ai vu son beau visage inondé de ses pleurs ; Elle ouvrait au passant une main qui supplie , Et sa bouche disait avec mélancolie :
Ayez pitié de leurs malheurs !
Pour tous ceux que leur sort enlace Pitié! cœurs sans espoir, corps usés de travaux, Tous pareils en misère à ces pauvres chevaux Qui, sous réquarrisseur, mornes, la tète basse. Attendent qu'on leur donne enfin le coup de grâce,
Signal de l'éternel repos.
Le voilà couché dfims la rue, Jô-Wenn, le noble et bon cheval 1 Alentour la foule se rue.
Un amas stupide et brutal.
Le mords a déchiré sa bouche , Le brancard écorôhé se$ reins.
Plaie où vient bourdonner la «louehe :
Les enfants arrfte)i^nt ses cnn#.
LasI Jô-Wenn, toi qui sur la lande, Du point du jour à son déclin, Tondais les pousses de lavande, Près de ta mère heureux poulain I
Et quand Jobic, ton jeune garde, Couché sur le palus fleuri , Te jouait un air de bombarde.
Tu bondissais comme un cabri.
Mais passe, un jour, dans ce domaine, Un Normand, effroi des troupeaux, Et jusqu'à Paris on t'emmène, Paris, cet enfer des chevaux.
Adieu la lande I adieu la grève I Les prés où Ton broute au hasard t Tu resteras sans paix ni trêve Dans les tenailles d'un brancard.
Hélas ! sans paix et saiis relâche Bien d'autres malheureux, crois-moi.
Comme toi vivent à la tâche.
Au travail meurent comme toi...
Mais chut I l'heure de l'agonie Soulève et fait battre son flanc.
Jô-Wenn, ta souffrance est finie!
Dors, Jô-Wenn, le bon cheval blanc!
Pourtant une rumeur confuse Éveille encore l'agonisant.
L'air lointain d'une cornemuse De quelque noce d'artisan.
A cette voix la pauvre bête Tente un mouvement convulsif , Puis, laissant retomber sa tète, Ferme son œil doux et pensif.
Pour tous ceux que leur sort enlace Pitié! coeurs sans espoir, corps usés de travaux, Tous pareils en misère à ces pauvres chevaux Qui sous Téquarrisseur, mornes, la tète basse, Attendent qu*on leur donne enfin le coup de grâce.
Signal de Fétemel repos.