‹ Œuvres complètes de Auguste Brizeux. Précédées d'une noticeChapitre 109 sur 268 · AUX POETES PROVENÇAUX · texte numérisé non relu

AUX POETES PROVENÇAUX

( A leur réimion da SI août I8S3 )

S'il me vient un appel de ma terre natale,

Soudain j'accours, pieux chanteur; Ainsi parmi vos rangs, convié, je m'installe.

En esprit du moins, et de cœur.

Oh ! quand F Art réunit ses enfants magnanimes .

Dans un synode harmonieux.

Avec des flots de vin coulent des flots de rimes :

On dirait un banquet des dieux.

Ici chantons d'abord LUI, la cause des causes;

Puis les juges du Gai-Savoir, Les Dames, l'Art enfin, qui mène aux grandes choses

Et les reflète en son miroir.

Le rameau d'olivier couronnera vos têtes , Moi, je n'ai que la lande en fleurs :

L'un , symbole élégait de la paix et des fêtes , L'autre, symbole des douleurs.

161 fliSrOIftfeS POfitlQtJES.

Unissons-lés, imiâ! •*- Les fiiis qui nous tont suivre De ces fleurs n'ornent plus leurs fronts;

Aucun ne redira le son qui nous enivre Quand nous, fidèles, nous mourrons...

Mais peut-elle mourir, la brise flrafcbe et douce?

L'aquilon l'emporte en son vol.

Et puis elle revient légère sur la mousse :

Meurt-il , le chant du rossignol ?

Non! tu ranimeras l'idiome sonore,

Belle Provence, à son déclin; Sur ma tombe longtemps doit soupirer encore

La voix errante de Merlin.

Mères, tout en filant, apprenez à vos filles

Les mots antiques du pays ; Dans les champs, sur les flots, prudents chefs des ^milles,

A ce miel nourrissez vos fils.

La langue du pays, c'est la chaîne étemelle Par qui sans efibrts tout se tient ;

Les choses de la vie, On les âipprend par elle, Par elle encore on s'en souvient.

Un mot dit en passant vous fait trouver un frère,

Joyeux on s'aborde en chemin :

— « Vous êtes démon bourg ! Vous connaisseis ma mère ! »

Et la main vieut serrer la main.

Nature, oh! quels accords sous tes bois, sur les plages,

Pour célébrer le Roi du ciel î L'homme aussi doit avoir mille et mille langages

Dans le concert universel. —

Sur ce thème mes vers sans fin voudraient éclore, Mais aux savants rimeurs leurs tours :

Assez qu'ils aient admis sur la terre de Laure Le barde près des troubadours.

Pftris.

Page 1