LA LICORNE
PQRTaAIT DE LA {.IGORNE
Merveilleux animaux, cerfs aux ramures d'or.
Vous, dragons écaillés veillant sur un trésor,
Oiseaux devins, poissons dont la voix étouffée
Éclatait pour répondre à la voix d'une fée,
Êtres évanouis, chers aux bardes anciens.
Vous viviez dans leurs vers, renaissez dans les miens !
AU féerique troupeau je mêle la licorne,
Cette fille des monts d'où sortit pour TArvor
L'idiome sacré que nous parlons encor :
Là, sur l'Himalaya, près du Gange sans borne,
Celle qui sur le front a pour arme une corne
Errait libre, sauvage, hostile à l'éléphant.
La trompe en vain bravait le glaive triomphant,
Car l'animal subtil, près de se mettre en guerre,
Aiguisait avec art son arme sur la pierre.
Puis elle revenait 'soùs le rameau bénit
Où le ramier paisible avait posé son nid.
Et, fermant ses yeux clairs, se couchant sur la mousse ,
Heureuse elle écoutait roucouler la voix douce.
Belle innocence, tu charmais Celle que le méchant n'épouvanta jamais; Ta faiblesse domptait seule la noble bête :
Sous la main d'un enfant elle courbait la tête. La vierge qui pleurait sous d'odieux soupçons S'écriait : « Chassez-moi des temples, des maisons! Sous l'arbre où le ramier gémit est mon refuge,
La^ licorne sera mon juge :
Coupable, de son glaive elle ouvrira mon cœur; Pure elle me suivra comme on suit une sœur. »
De la jeune Vali pareille fut l'histoire :
Vierge à la peau dorée, à la prunelle noire.
Ses cheveux reluisaient blondis par les safrans. Couleur que l'Inde envie à la terre des Franks.., Et sous ses lèvres de l'ivoire I
HlStOlREâ POETIQUES. i6î
LE AOI ET VâLI
Or dans Madras vivait un roi pleid de savoir; Le grand poëte indou le peint avec délice :
Un prince hospitalier, ami de la justice, Ayant sur tous ses sens un absolu pouvoir,
Esprit dénué d'artifice.
Sa promesse, toujours ce roi l'accomplissait; Les pauvres le nommaient Père lorsqu'il passait; Aimé des ignorants, des lettrés et des prêtres. Il soignait l'animal, il relevait la fleur ; Ce sage avait mis son bonheur Dans le bonheur -de tous les êtres.
Au brahmane Asava le roi disait un jour :
« Dans la jeune Yali j'ai placé mon amour, Et, si son cœur est pur, je la veux pour épouse. » L'ermite souriant dit : « Pour Tâme jalouse.
Un défaut apparaît dans le plus pur cristal , Il s'exhale un poison des parfums du santal.
Un roi juste est tombé dans ces craintes amères ; Mais la licorne est forte et combat les chimères ; Son œil clair et serein voit le bien, voit le mal. »
Où la licorne fait son gtte, Voilà comme Yali vers le soir fut conduite.
l'épreuve de la LiGORIfE
Sous un tertre dont le jasmin D'une neige de fleurs la parfume et l'inonde, Elle faisait briller des pierres de (rolconde
A ses doigts effilés tout roses de carmin :
Au-dessus de son front, dans les feuilles nouvelles, Près d'un ramier chantait un bengali :
« Oh ! je t*aime, Vali I Vali î »
Pour lécher ses deuic mains accouraient le^ ^teHes, Et Je soleil couchant, le radieux soleil La montrait toute d'or dans un réseau vermeil.
Le brahmane et le roi , couchés dans la verdur», En silence attendaient la fin de l'aventure.
Sur les pics d'alentour, terrible, aigre, perçant. Un long hennissement est sorti de la nue ,
Et la licorne, s' élançant, Tombe les pieds en l'air et sur sa corne aiguë.
Bientôt elle aperçoit Vali
Sous les rets d'or du crépuscule :
Le poil tout hérissé, d'abord elle recule, Puis sous son corps tremblant ses jarrets ont Dadbli. Pareille au lévrier qui voit trembler k verge, Bampante elle s'approche, elle s'approche en rond ;
Enfin aux genoux de la vierge ,
Amoureuse et soumise, elle pose son front.
Et le ramier, l'ami fidèle.
Le ramier, messager d'amour, Sur la corne venant s'abattre à tire d'ailev . Boucoulal... Dans l'air bleu disparaissait le jour.