‹ Œuvres complètes de Auguste Brizeux. Précédées d'une noticeChapitre 118 sur 268 · INSOMNIES · texte numérisé non relu

INSOMNIES

Tout dort dans le village et dans le cimetière,

Les vivants dans leur lit, et les morts dans leur bière;

Lui seul il veille encore, et, bien loin dans la nuit.

Le passant attardé voit sa lampe qui luit :

Si la lumière enfin décline faute d'huile,

Il ouvre sa fenêtre et, longtemps immobile.

Là, devant son logis, il contemple, envieux,

Ceux qui sous le gazon tiennent fermés leurs yeux ,

Dont nul amer soupir ne desserre la bouche ,

Heureux dormeurs, toujours tranquilles dans leur couche.

iU HISTOIRES POÉTIQUES.

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LAVEU6LE A ALFRED DB COURCT

J'ai voulu dans ces lieux trouver un ami sûr^

C'est un aveugle, assis tristement contre un mur,

Et qui, là, tout le jour, solitaire, immobile,

Lorsqu'arrive un passant agite sa sébile :

On croirait que de loin il recoonatt mes pas, (

Car, retournant la tête, il se parle tout bas;

£t quand je dis , laissant mon denier dans sa tasse :

« C'est ton nouvel ami , c'est ton ami qui passe t »

Tout son front s'illumine , il semble que ses yeux

Sous leurs voiles épais ont découvert les cieux.

Puis, tout en m' éloignant, au coin de cette rue Je vois sa lèvre bonne et douce qui remue :

Pour son ami du bourg il prie, et je le vois Faisant avec lenteur un grand signe de croix... Martyr, jusqu'à sa mort cloué sur une borne.

Qui, moi ne passant plus, m'attendra seul et morne ; Ami qui n'aura su de moi que ces trois mots.

Qui m'aima pour bien peu, que j'aimai pour ses maux Et vers lequel je viens souvent, dans ma misère. Moi-même mendiant de lui quelque prière.

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