‹ Œuvres complètes de Auguste Brizeux. Précédées d'une noticeChapitre 117 sur 268 · LE COLPORTEUR · texte numérisé non relu

LE COLPORTEUR

Courbé sous un ballot et traînant son bâton.

Quand l'Auvergne vit-elle arriver un Breton ?

Mais toujours le vieux Jean nous vient de sa montagne,

Sans plaindre son chemin et son labeur, s'il gagne.

Sous la neige laissant sa femme et ses enfants,

Plus vieilli , plus cassé , Jean revient tous les ans ,

Et, bravant les refus faits à sa barbe grise.

Il va de porte en porte offrir sa marchandise :

Vie errante dont rêve un Breton étonné ,

Lui, dans le sol natal, dur chêne, enraciné.

LA MÈRE DU CONSCRIT A l'instituteur, m. jeati le bek

Les uns gais et chantant et les autres en larmes, Tous encor dans l'habit du pays et sans armes, Ils passaient ; mais on fit halte sur le chemin , Un d'eux était du bourg : or, lui serrant la main , Ses parents l'entouraient et tous ceux de son âge , Qui lui versaient à boire en lui disaht : Courage î

HISTOIRES POétlQUB^. i75

Et, le cœur attendri par ces derniers adieux,

Vers des maisons, plus loin, comme il tournait les yeux,

Une femme sortit, folle, de sa chaumière.

En lui sautant au cou... C'était sa vieille mère!

pleurs I sanglots! baisers! et deuil morne, étouffant,

De celle qui perd tout en perdant son enfant!...

Mais quand partit la troupe ! Alors la pauvre femme

Dans un nouvel élan n'écouta que son âme.

Elle suivait. « Ma mère, allons, ma mère, adieu !

— Non, mon fils, mon enfant! Encore, encore un peu!»

Et toujours elle va. Lui , tendre , il la querelle.

« Pour la dernière fois jusque-là, disait-elle. »

Enfin, et par pitié, de force il se sauva. •

« Ah ! mon enfant, mon fils ! Je meurs. . . mon cœur s'en va ! »

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